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Le séchage en grange : pour un foin et un lait de qualité

Amaury et Hélène Beaudoin, éleveurs laitiers en bio dans le pays de Bray (Oise), sèchent du foin en grange solaire depuis 2007, date à laquelle ils ont imaginé et fait construire ce bâtiment, un des tout premiers de la région.

« Le principe est simple : le bâtiment présente un double toit, de couleur noire, qui stocke la chaleur solaire et, grâce à des ventilateurs, l’air chauffé est réparti dans trois cellules où le foin récolté est déposé sur des caillebotis bois, répartissant la chaleur et assurant son séchage », explique l’agricultrice. C’est un calcul qui détermine la surface de toit nécessaire, en l’occurrence 800 m2, en fonction de la quantité d’herbe à sécher et des conditions météorologiques de la région. « Ce séchage solaire est vertueux car seuls les ventilateurs sont actionnés par de l’électricité, on utilise le pouvoir calorifique du soleil. » Le bâtiment mesure 450 m2 au sol et il a été agrandi il y a quelques années suite à l’augmentation du cheptel laitier, passé de 65 vaches laitières en 2007 à 110 aujourd’hui.

Fonctionnement

À l’époque de sa construction, cette technique était surtout utilisée dans le sud de la France mais Yann Charrier, ingénieur indépendant auteur du séchage solaire, essaie de développer le concept dans des régions plus septentrionales. « Nous avons été séduits par la démarche vertueuse du séchage, qui ne requiert aucune énergie fossile. Le bâtiment a été construit à proximité de la stabulation et un système de rails en hauteur permet à l’opérateur de manipuler la griffe. Elle sert au printemps à déposer l’herbe dans les cellules puis, l’hiver, à charger le foin depuis la grange pour le laisser tomber sur la table d’alimentation. Cette dernière reste propre car nous ne pénétrons plus en tracteur dans la stabulation », précise Hélène Beaudoin.

Investissement

L’investissement total a été de 300 000 euros à l’époque, amorti sur 15 ans pour le bâtiment et 7 ans pour le matériel, essentiellement la griffe et les deux ventilateurs qui nécessitent un entretien régulier.
Le foin est réalisé sur les 125 hectares actuels de prairies exploitées en pâturage tournant dynamique, avec changement de paddock quotidien. La fauche se réalise à un stade équivalent à celui de l’enrubannage, plus de 55 % de matière sèche. Le foin est retourné une ou deux fois puis ramené par autochargeuse au pied de la grange-séchoir. Il est ensuite entreposé de façon régulière dans les cellules. Le volume de la première coupe ne doit pas dépasser 1,5 mètre de haut sur les caillebotis (des repères sur les parois permettent de visualiser) et le foin est séché 24 heures/24 pendant un minimum de 6 jours. Il atteint alors plus de 85 % de matière sèche. Au fur et à mesure, le temps de séchage diminue, limité aux heures chaudes de la journée. Il faut surveiller le taux d’humidité.
Avec deux coupes par an (contre trois à l’installation du séchoir en 2007), environ 400 tonnes de foin sont séchées et assureront l’alimentation hivernale des vaches laitières. « Nous gardons environ 4 mètres pour l’été, répartis entre les 3 cellules, en cas de sécheresse estivale, si nos vaches n’avaient pas assez d’herbe à pâturer », ajoute l’éleveuse. Du foin est quand même pressé pour assurer l’alimentation des génisses.

Gains en qualité

Tous les jours, le foin est distribué aux vaches laitières grâce à la griffe. « Une fois coupé, notre foin ne stagne pas au sol longtemps, il ne subit pas le rayonnement solaire direct. De ce fait, il reste vert et garde ses teneurs en acides aminés et vitamines », assure Hélène Beaudoin. La qualité s’en trouve améliorée, notamment la teneur en oméga-3 et oméga-6, et comme une partie de la production (150 000 litres) est vendue et transformée par un fromager, Jean-Marie Beaudoin, ce dernier note une meilleure fromageabilité du lait.
À leurs débuts, installés hors cadre familial, Amaury et Hélène Beaudoin faisaient de l’enrubannage et depuis qu’ils sont passés au foin séché en grange, la qualité du lait s’est améliorée. « C’est simple, dès que l’on modifie l’alimentation, Jean-Marie le voit tout de suite dès la formation du caillé. C’est un indicateur fiable ! Nous avons même fini par abandonner la distribution du concentré de production, méteil au début, puis aliment bio acheté ensuite. Cela a même amélioré la production fromagère puisque Jean-Marie fait plus de fromage avec la même quantité de lait », se réjouit Hélène Beaudoin.
Contrairement aux aliments conservés en système anaérobie (ensilage, enrubannage), le foin séché évite une acidification du lait, néfaste à sa transformation fromagère. « Nos animaux s’en portent mieux et le lisier et le fumier, moins acides, n’abîment pas l’aire bétonnée de la stabulation. Épandu après le pâturage, le lisier n’acidifie pas non plus les sols, c’est un cercle totalement vertueux sur l’ensemble de l’exploitation et du troupeau. »

Obtention d’un label

Aujourd’hui, leur fils David est installé avec eux et son frère Hugues est salarié sur l’exploitation. Hélène et Amaury ne regrettent pas leur séchage en grange dont ils apprécient tous les bénéfices en termes de bien-être animal, qualité laitière pour la transformation et équilibre des prairies. Ils ont obtenu le label “Lait de foin”, une spécialité traditionnelle garantie, qu’ils aimeraient développer auprès d’autres éleveurs laitiers. « La vache est physiologiquement faite pour manger de l’herbe, en pâturage ou sous forme de foin, et maintenir nos pâtures est vital pour la préservation de nos paysages et de la biodiversité. Tout cela est possible grâce au séchage en grange », sourient-ils.•

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