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Reynald Fréger, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves de la Seine-Maritime
« Avoir les mêmes moyens de production que nos collègues européens »

Le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves de la Seine-Maritime (CGB 76), Reynald Fréger, demande que les agriculteurs français bénéficient des mêmes produits que leurs voisins européens pour lutter contre les pucerons, vecteurs de la jaunisse virale.

Reynald Fréger, président de la CGB 76
Reynald Fréger, président de la CGB 76
© Simon Huet

Où en sommes-nous sur les semis de betteraves ?

« Nous sommes habitués à semer nos betteraves début avril. Mais la date moyenne de semis pour cette année est à la mi-avril dans le département, avec des journées de semis intensives du 11 au 15 avril et ce dernier week-end des 20 et 21 avril. Au 25 avril, il doit rester 5 à 10 % de betteraves à semer, soit environ 1 000 hectares. Les premières betteraves de la fin mars ou début avril sont au stade 2/4 feuilles quand les dernières semées sont en train de germer. »

Quel est le risque jaunisse cette année ?

« Au regard des outils de prédiction et des prévisions de l'Institut technique de la betterave (ITB), l'arrivée des premiers pucerons était programmée autour du 28 avril. Dès les premières betteraves levées stade cotylédons au 10 avril, on observait déjà les premiers pucerons. Le risque jaunisse est donc très fort avec des betteraves qui peuvent incuber le virus à un stade très peu développé de la plante, alors plus fragile. »

Apparemment vous avez été entendu par le ministre de l'Agriculture qui permet aux betteraviers 3 à 5 passages d'un insecticide à base de spirotétramate...

« Effectivement il y a une prise de conscience du risque fort pour cette campagne, et Agnès Pannier-Runacher, ministre délégué à l'Agriculture, nous répond avec cette possibilité d'étendre à 2 passages supplémentaires de Movento, voire un quatrième et cinquième en cas de forte infestation. Mais ce n'est pas une réponse à la hauteur du risque ni de nos demandes. D'ailleurs en 2020 nous l'avions déjà et cela n'a pas été suffisamment efficace dans les situations de forte pression pucerons. De plus la répétition de passages de la même molécule induit potentiellement des risques de résistance avec une accoutumance du puceron. Et n'oublions pas que le coût d'un passage de ce produit est de l'ordre de 45 euros/hectare. Vient s'ajouter l'insecticide Teppeki qui présente également une limite d'efficacité en forte pression. »

Quelles sont donc vos demandes ?

« Les néonicotinoïdes (NNI) en traitement de semences sont interdits en Europe par une décision de la Cour de justice de l'Union européenne. Cette décision est discutable car la technique de traitement de semences dans l'enrobage n'impactait que les pucerons piqueurs-suceurs alors que les traitements foliaires sont moins sélectifs. L'utilisation NNI en traitement de semence était donc la solution qui offrait le meilleur compromis "bénéfices/risques" par rapport aux programmes insecticides actuels. »

« Nos demandes sont claires : pas de distorsion de concurrence au sein des pays de l'Union européenne. C'était d'ailleurs un engagement du président de la République. Depuis 6 mois nous demandions à pouvoir utiliser des molécules plus efficaces contre les pucerons et notamment l'acétamipride, un produit de la famille des néonicotinoïdes utilisé en pulvérisation en Belgique, Allemagne, Espagne, Italie, Autriche et Pologne, ou encore la flupyradifurone, qui n'est pas un NNI mais avec un mode d'action similaire. Cette molécule également autorisée en Hongrie, Autriche, Roumanie, Finlande et Suède. Nous demandons donc au président de la République de passer des paroles aux actes et le respect de son engagement donné aux planteurs de betteraves. »

Cette dérogation peut-elle encore être donnée pour cette année ?

« On continue de la demander au gouvernement et qu'il se décide le plus vite possible. Certes les semis sont bien avancés et le risques pucerons est déjà là. Il est évident que si nous devions revivre une jaunisse destructrice de nos rendements en 2024, c'est un nouveau plan d'indemnisation pour pertes de rendement que nous irons chercher au ministère de l'Agriculture ou à Matignon. »

Concernant les importations de sucres ukrainiens, les planteurs de betteraves peuvent être rassurés ?

« Les importations de sucre ukrainien étaient, avant la guerre, de l'ordre de 20 000 tonnes de sucre dans l'Union européenne (UE). Elles sont passées à 300 000 tonnes en 2023 et pourraient atteindre 700 000 à 1 million de tonnes en 2024. Nous sommes solidaires des Ukrainiens mais il ne faut pas que ce soit à l'agriculture et aux agriculteurs de payer la note. Le sucre UE cotait plus de 1 000 euros/tonne au cours de l'été 2023. Dès octobre 2023, avec les premières importations massives, le sucre UE a chuté de plus de 350 euros/tonne pour atteindre 650/700 euros/tonne sur le premier trimestre 2024. Pour donner suite aux multiples demandes de la profession et de la CGB sur le besoin de limiter les importations ukrainiennes, nous avons été partiellement entendus. Une proposition de texte du 8 avril sera soumise au vote du Conseil et du Parlement, avec un contingent de 230 000 à 260 000 tonnes de sucre à l'importation ukrainienne avec certes une mise en application en juin 2024. Ce calendrier n'est pas totalement satisfaisant car de janvier à juin 2024, les volumes de sucre ukrainiens rentrent en UE à raison de plus de 100 000 tonnes/mois et viennent concurrencer nos sucres français à l'export sur nos destinations habituelles comme l'Italie. Rappelons que ces sucres importés sont produits selon des standards éloignés des nôtres et là personne ne vient s'inquiéter d'un risque quelconque sur la santé... »

Quel sera le prix des betteraves 2024 ? Devons nous craindre une baisse de prix ?

« Pour la campagne betteravière 2023, les premiers prix de betteraves communiqués par les groupes sucriers sont de l'ordre de 50 euros/tonne tout compris (indemnités de campagne, valorisation des pulpes...). Ceci est un prix moyen incluant des ventes de sucre mais également d'éthanol pour nos groupes coopératifs, qui était un marché moins rémunérateur cette année. Un groupe sucrier 100 % sucre devrait pouvoir rémunérer les betteraves 2023 à au moins 55 euros/tonne à 16°. Tous les prix 2023 ne sont pas encore sortis à cette date. Rappelons que le rendement moyen 2023 était de l'ordre de 83 tonnes/hectare à 16°, ce qui permet de dire que la culture de la betterave a été rémunératrice en 2023. Nous en avions besoin après plusieurs années difficiles. Dans le même temps nos coûts de production sont passés en moyenne de 2 200 euros/hectare à 3 100 euros/hectare. Pour 2024, au regard des marchés actuels en UE, le prix de nos betteraves devrait rester rémunérateur même si nous subissons une baisse en conséquence de la diminution des cours des sucres européens en 2024. Tablons sur 40/45 euros/tonne dans les conditions actuelles que nous connaissons. Nous nous apercevons que notre commodité, le sucre, est néanmoins très réceptive au contexte géopolitique au-delà du bilan production/consommation. »

Un nouvel accord interprofessionnel vient d'être signé. C'est une autre bonne nouvelle pour la filière ? 

« Après plus de 6 mois d'échanges avec les fabricants de sucre, un consensus a été finalement trouvé entre Tereos, le SNFS (Cristal Union, Saint Louis Sucre - Ets Lesaffre et Ets Ouvre), et la CGB sur la rédaction d'un accord interprofessionnel (AIP) pour les campagnes betteravières 2024-2025 et 2025-2026. Par rapport à la version précédente de l'AIP, l'article 3, relatif à la commission "Répartition de la valeur" a été modifié : son contenu est clarifié et enrichi, il répond ainsi aux demandes de la CGB. Avec cet accord, notre filière se donne de la visibilité quant aux conditions de livraison des betteraves pour les deux prochaines campagnes. »•

Propos recueillis par Simon Huet

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