Aller au contenu principal

Agriculteurs - consommateurs : les raisons du désamour

Pour réconcilier le monde agricole et les citoyens, encore faut-il comprendre ce qui a motivé la rupture, et trouver des moyens pour recoller les morceaux. Pas vraiment une mince affaire.

file-alt-64678
« Agriculture-société, je t’aime, moi non plus », était le thème des débats des 26es Assises de l’association « Sol et Civilisation », le 23 novembre à Paris.
© Pixabay

« Agriculture – société : je t’aime, moi non plus », tel était le sujet des 26e assises du think tank Sol et Civilisation qui se sont tenues le 23 novembre à Paris. Alors que les États généraux de l’alimentation tentent de renouer le dialogue entre des agriculteurs excédés de se voir pointés du doigt et des consommateurs qui disent avoir perdu confiance en la production alimentaire, Sol et Civilisation a cherché à comprendre comment les producteurs d’alimentation et ceux qui la consomment ont pu arriver à un tel point de rupture. Quant aux solutions, elles pourraient exister, si comme dans un couple, chacun est prêt à faire un pas vers l’autre.

Indifférence
Les agriculteurs et les citoyens se sont éloignés, au cours du XXe siècle, jusqu’à s’ignorer les uns les autres, analyse Bernard Chevassus-au-Louis, scientifique et président de l’association Humanité et Biodiversité. Le lien entre eux s’est érodé, d’abord du fait d’intervenants intermédiaires de plus en plus nombreux. « La transformation a éloigné les agriculteurs de ceux qui consomment le produit final », remarque le scientifique. Autre motif d’éloignement : la mondialisation. Aujourd’hui, « un producteur de céréales a les yeux plus rivés sur le prix du blé à Chicago que sur le prix de la baguette à Paris ! ».

Incompréhension
Pour Catherine Larrère, philosophe de la politique et du droit, la rupture résulte d’un rejet de la société vis-à-vis de ses agriculteurs. « Le désamour » a grandi avec le temps. Première étape : la surproduction dans les années 50-60. « Quand les producteurs de chou-fleur ont détruit leur marchandise à Saint-Pol-de-Léon, la société a perçu ça comme une atteinte à la fonction nourricière de l’alimentation », explique Catherine Larrère. Deuxième et troisième étapes : l’émergence des problématiques de pollution (cas des algues vertes en Bretagne) et de santé (produits chimiques, crises sanitaires). Face à ces épreuves qui ont entaché son image, l’agriculture, et notamment le syndicalisme, n’a su apporter que « des réponses techniques et économiques », alors que la société attendait « des symboles et des valeurs », constate la philosophe.

Attention aux clichés
Agriculteurs et citoyens ne se comprennent plus. L’incompréhension est d’autant plus grande entre les deux extrêmes : les citoyens les plus attentifs à la qualité alimentaire qui prônent un retour à une agriculture plus traditionnelle et les agriculteurs des très grandes exploitations adeptes avant tout de la productivité. Cependant, il faut veiller a « ne pas tomber dans les clichés des adorateurs de Gaïa face aux fanatiques de Prométhée », alerte Bernard Chevassus-au-Louis. Pour rouvrir le dialogue, les agriculteurs doivent admettre que les jugements des consommateurs peuvent être positifs : ils sont le signe du regain d’intérêt que les consommateurs portent à l’agriculture, estime le scientifique.

L’agriculture française bien perçue... depuis l’étranger
« Les questions environnementales et sociales, même si elles sont très importantes, ont accaparé les débats agricoles en France », regrette Sébastien Abis, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques. Ici, on débat sur le « sans gluten », « sans pesticides », « sans OGM », mais dans d’autres pays du monde, on est « sans alimentation », rappelle le chercheur. « Nous n’avons jamais expérimenté la faim, alors nous déplaçons le sujet sur la qualité ». Et pourtant, même à ce niveau, la France n’a pas à rougir, poursuit Sébastien Abis : « Vue de l’étranger, l’agriculture française est très bien perçue ! ».

Impatience
En réalité, les pratiques agricoles s’améliorent, la diversité alimentaire n’a jamais été si grande, et pourtant, le désenchantement des consommateurs ne semble pas s’éteindre. Pour Bernard Chevassus-au-Louis, il s’agit du « syndrome du père Noël »: comme l’impatience des enfants grandit au fur et à mesure que le 25 décembre approche, les consommateurs sont de plus en plus impatients d’atteindre le « zéro pesticide », à mesure que l’on se rapproche de ce fameux taux zéro.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Les JA du canton d'Yvetot en charge de cette édition 2026.
Festival de la terre : J -1

Boostés par l'organisation l'année dernière des Terres de Jim à Vieux-Manoir, les Jeunes agriculteurs seinomarins vont…

Le service juridique se tient à votre disposition pour tout renseignement.
Fermage 2026 : une augmentation plus mesurée

L'arrêté du 11 août 2026, publié au JORF le 13 août 2026, fixe l'indice national des fermages à 127,04, soit une…

Grâce à l'arrivée de nouvelles machines, près de 13 000 hectares ont pu être écapsulés sur le territoire de la coopérative Terre de Lin.
Récolte de semences de lin 2026 : une campagne inédite

La saison d'écapsulage est terminée pour Terre de Lin. Elle est inédite à plusieurs titres. Explications.

La réforme concerne pratiquement toutes les entreprises et exploitations assujetties à la TVA.
Facture électronique : l'AS 76 mobilisée aux côtés de ses adhérents
La mise en place de la facture électronique constitue une évolution importante au sein des exploitations agricoles. Pour…
Maïs touchés par la sécheresse dans le pays de Bray.
« Si l'urgence est au court terme, il va vite falloir penser aux échéances plus lointaines

La violence de cet été caniculaire va nécessiter un accompagnement rapide des exploitations les plus en difficulté. La rentrée…

Pour répondre à la demande, le local doit pousser les murs.
Les Petites L'Ouches s'équipe pour répondre à la demande d'un nouveau gros client

L'atelier de transformation et la plate-forme logistique pour les agriculteurs locaux a lancé des travaux et des achats pour…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole