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L’Europe doit remettre la souveraineté alimentaire au cœur de son ambition

Le 13 mars dernier, la FNSEA 76 organisait lors de son assemblée générale une table ronde centrée sur l’Europe et le syndicalisme agricole européen mené par le Copa et incarné par sa présidente, Christiane Lambert, invitée de marque de la fédération pour l'occasion. 

À quelques semaines des élections européennes, et alors que la fronde agricole s’installe dans plus de 20 pays de l’Union, organiser un débat sur l’Europe est vite apparu comme une nécessité pour le conseil d’administration au moment d’acter le thème central de l’assemblée générale 2024 de la FNSEA 76. Et quoi de mieux que la présidente du Copa, Christiane Lambert pour parler d’Europe, de son fonctionnement, de ses positionnements politiques mais aussi pour évoquer le rôle du Copa, l’organisation syndicale qu’elle préside depuis 2014. Parce que l’Europe peut parfois paraître un peu lointaine, la première séquence de cette table ronde avait justement pour objectif de comprendre comment la décision politique était construite. Christiane Lambert a alors pris le temps de rappeler la place de chaque institution, de la Commission européenne, du Conseil de l’Europe et du Pparlement dans l’élaboration des politiques (cf infographie ci-dessus), en soulignant que « le Copa-Cogeca était la seule organisation professionnelle à prendre part aux réunions du conseil "agriculture et pêche" qui réunit les ministres de l'Agriculture des États européens ». Dans ce lieu où se discutent notamment les propositions législatives de la Commission européenne, le Copa a quelques minutes pour avancer ses positions et ainsi tenter de faire évoluer les textes. Car pour Christiane Lambert, l’action auprès du Parlement est essentielle pour rééquilibrer les débats, parfois fortement orientés par la Commission. En prenant en exemple le Pacte vert, guidé par un emballement né de la poussée des écologistes lors des dernières élections européennes, la présidente du Copa a souligné que seule l’action auprès des élus, et donc du Parlement, pouvait être un levier efficace pour faire évoluer la Commission. Cette stratégie, certes appuyée par un contexte européen et mondial nouveau, a permis de faire changer le discours de la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen. En septembre 2023 puis plus récemment, elle a ainsi pris conscience de la radicalité intenable des positions de la Commission et que l’opposions entre environnement et production agricole devait cesser. Elle a alors, explique Christiane Lambert, lancé un dialogue stratégique pour l’avenir de l’agriculture, en refaisant de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, une priorité européenne. 

Pour Jocelyn Pesqueux, éleveur laitier et président de la section laitière de la FNSEA 76 présent à cette table ronde, la politique européenne du Pacte vert, qui a conduit des milliers de producteurs européens dans les rues, témoigne de cette déconnection des institutions européennes de la réalité du terrain. « Il était temps que l’Europe, elle aussi, arrête de marcher sur la tête », constate-t-il.

Changement de logiciel en cours

Car effectivement, l’Europe, si dogmatique ces dernières années, semble décidée à aborder la question agricole différemment. Certes les manifestations agricoles y sont pour quelque chose mais les crises Covid, et plus récemment les conflits armés ont eu pour effet de rappeler aux États membres, et à l’Europe, que la capacité de chaque pays à nourrir ses populations prime sur le reste. « Le Pacte vert doit s’adapter à l’aune de ces changements », rappelle Christiane Lambert. Pour le Copa, il faut rééquilibrer le discours et le rapport de force entre agriculture et environnement. « On est capable de produire plus, tout en réduisant notre impact. On a montré qu’on savait le faire en France en réduisant l’utilisation des phytos et des antibiotiques. À nous de convaincre que c’est la voie à suivre », ajoute la présidente du Copa. Outre le discours volontaire de la présidente de la commission, plusieurs aménagements à la conditionnalité, proposée par la Commission ces derniers jours, montrent qu’elle semble avoir entendu le message agricole. 

Pour Christiane Lambert, le travail du Copa et la pression des manifestations dans toute l’Europe ont permis de faire évoluer la Commission en « un temps record. Jamais on n’avait réussi à faire bouger les lignes, en si peu de temps et en pleine programmation Pac. Saluons le travail du Copa », lance Christiane Lambert, alors chaleureusement applaudie par l’assistance. Jocelyn Pesqueux en a alors profité pour saluer le travail mené au Copa, d’abord pour trouver des consensus entre producteurs européens et ensuite pour défendre les positions agricoles devant les différentes instances du l’Union. « Bravo », lance-t-il alors à Christiane Lambert, en guise de remerciement collectif.

Les élections européennes en ligne de mire

Pour clore cette table ronde, les intervenants se sont projetés sur les élections européennes. Le Copa porte quelques ambitions pour l’agriculture européenne, et notamment un budget revalorisé, une politique davantage basée sur la science, mais aussi des accords commerciaux en cohérence avec les standards de production européens. « Nous avons besoin que l’agriculture redevienne un enjeu majeur », martèle Christiane Lambert. Elle souligne aussi qu’au-delà des enjeux agricoles, il faut savoir mesurer ce qu’apporte l’Europe aux citoyens. « Pour moi, l’Europe est d’abord synonyme de paix, de solidarité, tout en étant un espace de développement économique dans un marché et avec une monnaie uniques. On ne gagnera rien en se repliant sur nous-mêmes », prévient-elle. 

De son côté, Jocelyn Pesqueux appelle les « gens à voter », et souhaite aussi que l’Europe de demain soit plus « pragmatique, marquée par le bon sens »

Enfin, et pour conclure, Christiane Lambert, en européenne convaincue, milite, elle aussi pour une « Europe qui écoute et qui décide » et appelle les agriculteurs à l’optimisme, en leur lançant « en avant, il y a un boulevard pour l’agriculture », convaincue que la production alimentaire, mais aussi la production énergétique et de biomasse constitueront les atouts de l’Europe de demain.•

 

Le Copa, la représentation agricole à l’Europe

Le Copa (Comité des organisations professionnelles agricoles) est le syndicat des agriculteurs européens. Aujourd'hui, le Copa est composé de 60 organisations de pays de l'Union européenne et de 36 organisations partenaires d'autres pays européens, dont l'Islande, la Norvège, la Suisse et la Turquie. Pour la France, sont membres du Copa, la FNSEA, Chambre d’agriculture de France et la MSA. Le Copa travaille de concert avec la Cogeca, la Confédération générale des coopératives agricoles, qui représente les intérêts généraux et spécifiques des coopératives agroalimentaires, forestières et de pêche européennes. Le Copa, structuré en groupe de travail thématiques, et en instance politiques, représente les agriculteurs européens auprès des institutions, et notamment de la Commission et du Parlement européen. Christiane Lambert préside le Copa depuis 2014. Elle est secondée par six vice-présidents.•

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