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Des brebis laitières pour le terroir oisien

Depuis février 2022, Charles Gransar élève des brebis sur 6 hectares de pâtures au hameau du Ménillet, à Bornel, dans l’Oise. Producteur de lait et transformateur, ses yaourts et ses fromages ont été récompensés lors de plusieurs foires.

Voilà plus d’un an et demi que Charles Gransar s’est installé au Ménillet, un hameau de Bornel (60), pour y élever des brebis et transformer des produits à base de lait. Pur produit d’UniLaSalle Beauvais dont il est sorti ingénieur agricole, ce trentenaire originaire du Nord connaît d’abord plusieurs expériences à travers le monde. Il réalise un stage de six mois en Nouvelle-Zélande sur une exploitation de vaches laitières. « C’était pendant la Coupe du monde de rugby. Je suis passé à la télé en plan de coupe pendant la cérémonie des hymnes avant le match France-Japon ». De là, il prend goût au voyage. « Je suis ensuite parti en volontariat international en entreprise pour Lactalis au Kazakhstan, où j’ai travaillé pendant un an et demi sur un ancien kolkhoze comme chef d’un élevage de 1 000 vaches pour 3 600 hectares ». Charles travaille ensuite dans l’exportation de matériel agricole, où il peut cultiver son attrait du voyage. « C’est toujours intéressant de voir ce qui se fait ailleurs, d’avoir un peu d’ouverture d’esprit ».
Il revient en France, dans le Pas-de-Calais, en intégrant la coopérative laitière La prospérité Fermière. « Après avoir longtemps été salarié j’ai voulu avoir plus de liberté, de contact avec l’animal et maîtriser toute la chaîne. » Il décide donc de devenir son propre patron. 

Changement de production 

« Je me suis rendu compte assez rapidement que s’installer en vaches laitières en partant de zéro allait être compliqué. Ça représentait des investissements trop lourds et une charge de travail conséquente pour moi seul. » Le hasard fait qu’il donne déjà des coups de main sur l’exploitation en grandes cultures de son épouse Marie à Bornel, et qu’une pâture pour chevaux de 6 hectares est mise en vente. 
En février 2022, il devient éleveur de brebis en prairie permanente et fait construire un bâtiment de 720 m², financé à hauteur de 50 % par le Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE), pour abriter sa bergerie, son atelier de transformation et sa boutique. « La saisonnalité de la brebis laitière me facilite les choses. Fin septembre, je peux me rendre disponible pour les semis. Et ce n’est pas désagréable d’avoir une période de coupure qui me permet d’avancer sur toutes les choses qui n’ont pas pu être faites pendant la saison. »
Ses brebis sont traites une fois par jour et Charles transforme leur lait dans le laboratoire situé juste à côté du quai de traite en yaourts nature ou aux fruits dans des pots de verre, en fromage frais ou en fromage affiné et en tommes. « C’est le plus beau des métiers, on maîtrise tout de A à Z, de la fourche à fourchette comme on dit, de la mise-bas jusqu’au produit final, au contact avec le client. C’est hyperenrichissant. »

Distinctions

Une voie qui lui réussit, puisqu’il peut maintenant se targuer de plusieurs récompenses obtenues lors de foires régionales : médaille d’argent pour le yaourt de brebis (catégorie sucrée), coup de cœur du jury et médaille d’or pour la tomme de brebis (catégorie salée) lors du Marché fermier de Beauvais en octobre dernier ; quelques semaines plus tôt, son fromage affiné, le saint-druon et son yaourt remportaient la médaille d’or lors de la Foire aux fromages de La Capelle (Aisne). « Druon est le saint patron des bergers et c’était le prénom de mon arrière-grand-père », souligne-t-il. « Il faut savoir jongler entre le métier d’éleveur, celui de transformateur et celui de commerçant, mais la mayonnaise est en train de prendre, c’est encourageant. »
Pas de secret pourtant dans la manière de faire. « Ma production est couplée avec la pousse de l’herbe. Mes brebis, des lacaunes pour leur productivité laitière, sortent à l’air autant que possible et ont une alimentation plutôt tournée vers l’herbe. J’achète très peu d’aliment sinon du maïs, de la luzerne et des betteraves fourragères. Le but est d’avoir un système qui soit simple. L’alimentation joue énormément sur le lait, ça se remarque lors de la transformation. »
L’éleveur va bientôt installer un distributeur automatique pour rattraper les ventes manquées en raison des horaires restreints d’ouverture de son point de vente (voir encadré ci-dessous). Il souhaite également participer à un marché hebdomadaire en région parisienne : « Les marchés ponctuels permettent de faire découvrir les produits mais pas de fidéliser la clientèle et il y a une forte attente sur ce genre de produits en région parisienne. » 
Autre projet : dresser un autre chien. « Un chien vaut sept bergers ! », sourit Charles, dont la chienne vient de donner naissance à une portée. « On cherche aussi à travailler notre communication. On a laissé ça un peu de côté. Mais les agriculteurs sont de manière générale de très mauvais communicants. Or, on le voit avec la clientèle, il y a un fossé entre le public et l’agriculture. Les consommateurs n’ont plus conscience de la manière dont sont fabriqués les produits ».•

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