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La fertigation, clé de la viabilité économique d’un système de micro-irrigation

La micro-irrigation est testée à la ferme pilote du Groupe Carré, à Gouy-sous-Bellone (62). Ce système onéreux peut s’avérer rentable lorsqu’il est associé à la fertigation, grâce à un rendement supplémentaire.

Les essais du Groupe Carré apportent des références pour une utilisation optimale de la micro-irrigation et de la fertigation.
© A. P.


La micro-irrigation suscite de plus en plus l’intérêt des producteurs, alors que les économies d’eau sont un sujet brûlant. « Cette technique permet d’apporter l’eau au plus proche de la plante, et donc d’être très efficient », présente Philippe Touchais, responsable de la ferme pilote du Groupe Carré, à Gouy-sous-Bellone (62). Ce 3 mars, il présentait à Amiens (80) les résultats des essais qui y étaient menés depuis deux ans. Il s’agit d’acquérir des références pour en tirer le meilleur profit. Car la technique présente un surcoût.
Cette année, l’essai était réalisé sur 0,25 ha de pommes de terre Fontane, avec trois objectifs : obtenir une courbe de réponse à l’eau, en comparaison avec celle de l’enrouleur, mesurer les bénéfices de la fertilisation azotée et des biostimulants. « C’est un avantage de la micro-irrigation. Elle permet de pousser ces produits. » Les pommes de terre ont été plantées le 25 avril, et les gaines l’ont été en même temps, à environ 5 cm en dessous de la surface du haut de la butte. La pose, comme l’extraction, est mécanisable. « Des systèmes adaptables sur la planteuse ou le buttoir existent. » Le but est d’apporter entre 3 et 4 mm d’eau par jour à une pression très faible (environ 0,55 bar) tout au long du développement de la pomme de terre. « Les conditions étaient parfaites pour un essais. Il est tombé 70 mm d’eau de pluie sur tout le cycle, dont 30 mm d’un coup, alors que la pomme de terre a un besoin de 400 à 450 mm », confiait avant récolte Léandre Desmis, qui gérait l’essai au Groupe Carré.

Des rendements supérieurs

Les résultats à la récolte parlent d’eux-mêmes : 40 t/ha pour le témoin non irrigué ; avec 100 mm d’eau, 50 t/ha au canon et 10 de plus en goutte-à-goutte ; avec 200 mm d’eau, 60 t/ha au canon et 15 de plus en goutte-à-goutte. « On estime qu’il faut 1 mm d’eau en plus pour produire 1 tonne de pommes de terre supplémentaire avec un système par aspersion, par rapport à la micro-irrigation», note Philippe Touchais. Ce système favorise aussi les gros calibres et le nombre de tubercules. En prime, l’économie de fongicides est possible. « On estime à 10 % de traitement fongicide en moins avec le système de micro-irrigation », pointait Léandre Desmis.
Pour les producteurs, le principal frein reste le prix, estimé à un peu moins du double d’un système classique de type enrouleur. Mais la fertigation peut rendre ce système compétitif. La Chambre de la Somme a pu le vérifier grâce à ses essais. « Nous avons comparé un témoin qui a reçu 200 points d’azote, a des pommes de terres micro-irriguées qui ont reçu 160 + 40 points. Résultat : 18 % de rendement en plus pour la fertigation », présente Pierre-Baptiste Blanchant, de la Chambre de la Somme. Au système arrosé pas canon, la marge brute s’élève à 5 200 euros/ha. En micro-irrigation seule, comptez 4 515 euros/ha, et avec fertigation, comptez 5 900 euros/ha. « La différence de rendement déplafonne la marge ». Au Groupe Carré, cette micro-irrigation a enfin permis de tester des biostimulants. Nutriphos (de la société SDP), a présenté le meilleur score, avec 6 à 10 t de plus en moyenne. «Mais il nécessite d’être apporté au bon endroit et au bon moment : pendant la tubérisation, au stade crochet de la pomme de terre», précise Philippe Touchais. •

 

Piloter l’irrigation selon la variété

Faut-il vraiment garder la pomme de terre en confort hydrique tout le long de son cycle ? N’y a-t-il pas des périodes où un stress hydrique n’altèrera pas le rendement et la qualité ? La Chambre d’agriculture de la Somme mène ses essais pour y répondre. «Nous avons mis en place des parcelles d’essais, dotées de serres mobiles pour protéger de la pluie et ainsi contrôler les apports en eau», présente Aurélien Dumenil, de la chambre d’agriculture. Deux variétés étaient choisies : Agria, plutôt sensible au stress hydrique, et Melodie, moins sensible. Celles-ci étaient irriguées au goute à goute. Quatre scénarios ont été étudiés : sans aucun stress hydrique (témoin), avec un stress hydrique constant, avec un stress hydrique descendant (de plus en plus d’eau), et un stress hydrique montant (de moins en moins d’eau).
Les résultats sont bien différents d’une variété à l’autre. «Ce qui prouve que le pilotage de l’irrigation doit prendre en compte la sensibilité variétale.» Pour Agria, la réponse à l’irrigation est très forte. «Le stress hydrique réduit le nombre de tubercules et le rendement.» Melody, elle, a confirmé son certain niveau de tolérance à un stress hydrique. «Un plafond est atteint avec la stratégie du stress hydrique descendant. 50 à 60 mm d’eau ont pu être économisés sans impact sur le rendement et la qualité.»

 

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