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Des agriculteurs ingénieux pour vendre en direct.

Le confinement va-t-il changer durablement le comportement des consommateurs ? Le CNRS se penche sur la question.


Le très sérieux centre national de recherche scientifique (CNRS) se penche sur les habitudes des Français pour leur alimentation, « au temps du corona ». A qui profite la crise ? Leur enquête met surtout en lumière l'ingéniosité dont ont fait preuve les agriculteurs qui se sont retrouvés parfois du jour au lendemain privés de marchés de plein air, ou de restauration collective. A l'inverse, à l'annonce du confinement, des stocks de certains produits ont été épuisés et les rayons des supermarchés vidés. Des foyers ont acheté jusqu'à 600 euros de courses par peur de manquer ! La vente des congélateurs a été multiplié par dix.
Les agriculteurs ont pu hésiter entre fournir leurs clients réguliers ou fournir de nouveaux arrivants. La chaine logistique semble avoir parfois eu du mal à suivre. Car les denrées ne manquent pas en France, l'agriculture est assez bien organisée pour pouvoir fournir de la nourriture origine France à tout le monde. Néanmoins, les drives sont saturés, il faut parfois une semaine entre la commande et la livraison. Les sites internet ne sont pas toujours faciles à joindre, ou alors à des horaires précises.
Les agriculteurs, pour éviter un gâchis, ont cherché des débouchés aux produits qu'ils destinaient aux cantines. Un producteur de yaourts s'est retrouvé avec  15 000 pots sur les bras. Il a réussi à en revendre la moitié en lançant un appel sur les réseaux sociaux. Des outils sont créés de toutes pièces. On peut citer cagette.net qui propose un outil de drive gratuit clés en mains. Certains ont eu des demandes de clients habituellement rencontrés sur les marchés mais qui étaient prêts à venir sur la ferme chercher les mêmes produits. Les agriculteurs doivent alors faire face à la protection de leurs salariés et de leurs clients. Il a fallu tout organiser. Certains se sont alors rapprochés pour lancer des drives fermiers. Nous en avons parlé longuement dans ces colonnes. Cela a plutôt bien fonctionné. Le plus difficile était de réorganiser son temps de travail, car celui passé à la vente est du temps en moins pour l'exploitation. Et parfois les agriculteurs ont des enfants à garder.
Des producteurs s'entraident. Une agricultrice de Saint-Vincent-Cramesnil (76) dont la spécialité, ce sont plutôt les fromages, propose la vente de paniers de légumes de son collègue maraîcher. Près de Gaillon (27), un maraîcher qui dispose d'un magasin à la ferme propose à un fromager de venir vendre sa production dans son camion réfrigéré dans sa cour. A Fauville-en-Caux (76), faute de marchés, un maraîcher va venir vendre sa production. Il sera seul, donc il est alors facile de respecter les gestes barrières. Les exemples d'aménagements ne manquent pas.
En même temps, les habitudes des consommateurs semblent changer. Pour la chambre d'agriculture de Normandie, « une évolution se fait sentir dans la consommation. L'urgence de manger laisse maintenant la place au « bien manger », à la proximité ; avec le souci de réduire le risque de contamination, en évitant les points de vente fréquentés ». Les épiceries de village semblent mieux fonctionner que d'ordinaire. Les gens se sont mis à cuisiner davantage car ils sont chez eux et ont du temps disponible. Ils redécouvrent les légumes, parfois la viande. La nourriture peut être source de réconfort face au stress du confinement. La farine est en tension car beaucoup se sont mis à fabriquer du pain. Les tutos pour en faire se sont multipliés sur internet, on s'échange les recettes comme des petits pains ! Cyril Lignac, célèbre cuisinier, a même lancé une émission de cuisine en direct en étant confiné à la télévision et cela cartonne !

Maires et préfets appelés à rouvrir les marchés.

Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a appelé le 12 avril les maires et les préfets à favoriser la réouverture des marchés alimentaires en France quand les mesures de sécurité sanitaires pour contrer l'épidémie de covid-19 sont respectées. « Je suis favorable à l'ouverture de tous les marchés en plein air et de toutes les halle alimentaires », a déclaré le ministre dans l'émission Dimanche en politique sur France 3. « J'appelle les maires de France et les préfets à inciter à rouvrir ces marchés [...] à condition qu'il y ait le respect des normes sanitaires. » Didier Guillaume a rappelé que le gouvernement avait été contraint de fermer les marchés en France « parce que les mesures de sécurité sanitaire n'étaient pas mises en application ».
Depuis, un tiers des marchés ont rouvert grâce à des dérogations accordées par les préfectures ayant jugé suffisantes les mesures de sécurité. « Le marché, c'est le lieu où les personnes âgées notamment vont acheter leurs poireaux, deux pommes de terre, une salade et ils mangent de belle façon, et puis, surtout, le marché c'est l'endroit où l'agriculture française passe 30 % de sa production de frais, de fruits et légumes », a affirmé le ministre.
Dans la même veine, Interfel avait demandé la veille « le soutien des préfets et des maires à la réouverture du plus grand nombre de marchés possible », sous réserve du respect des mesures présentées dans le guide gouvernemental. Interfel estime que la « situation crée une distorsion évidente entre les départements ». Rappelant que les marchés « contribuent à soutenir la capacité économique de l'offre en fruits et légumes », Interfel soulignent qu'ils aident par ailleurs à réduire « la concentration des achats et à améliorer la qualité des conditions d'accessibilité des produits frais ».
Sébastien Windsor, président de l'assemblée permanente des chambres d'agriculture et agriculteur en Seine-Maritime, a lui aussi lancé un appel aux maires de France pour qu'il rouvrent les marchés. « Nous avons proposé une charte avec des règles à respecter qui a été validée par le ministère de la Santé. Que les maires jouent le jeu et rouvrent les marchés de plein vent », a-t-il déclaré sur France Inter le 16 avril, lors d'une émission consacrée aux circuits courts.
La question de la réouverture des cueillettes à la ferme se pose aussi. La FNSEA 27, les JA de l'Eure et la chambre d'agriculture de l'Eure ont demandé au préfet de l'Eure leur réouverture sur le département. « Dans ces cueillettes, les clients viennent récolter fruits, légumes... pour leur alimentation quotidienne ordinaire. Ce sont des espaces d'achats de produits alimentaires et non pas des espaces de loisirs. Moyennant des conditions d'accueil du public respectant les critères de lutte et de prévention contre le covid-19, nous estimons que les cueillettes ont toute légitimité à être ouverts en cette période. », expliquent-ils dans un communiqué.

Rencontre avec Jean-Marie Lenfant, président de la Commission filières à la chambre        régionale de Normandie

Aider les producteurs à se rapprocher des consommateurs

Quel est le rôle des chambres d'agriculture depuis le début de la crise du Covid-19 ?
Les chambres d'agriculture se sont mobilisées sur l'accompagnement des producteurs qui travaillent en circuits courts. Des lettres d'information sont envoyées régulièrement aux producteurs normands. Les techniciens sont toujours disponibles au téléphone pour conseiller, orienter. Il y a beaucoup de questions d'ordre technique mais également des appels au secours de producteurs qui ne vendent plus leurs produits et qui n'ont plus aucune visibilité. Il nous faut repérer les producteurs qui ne vont pas bien pour pouvoir les accompagner, leur trouver des débouchés ou les aider à recevoir les aides de l'Etat. Il y a des situations dramatiques. Par exemple dans l'agritourisme, nous avons connaissance de pertes très importantes, pouvant aller jusqu'à 80 000 euros sur certaines structures. Les hébergeurs sont en grande difficulté, mais également les producteurs de fromage AOP tel que le Neufchâtel, la pisciculture, l'horticulture. A ce jour, 70 producteurs enregistrent une diminution de leur chiffre d'affaires de plus 50 % pour plus de la moitié d'entre eux.

Est-ce que l'engouement actuel pour les produits fermiers va durer ?
Personne ne sait le dire. Il y avait déjà un intérêt grandissant pour les produits fermiers et les circuits courts avant la crise du covid-19. Il est sûr qu'il faudra poursuivre les initiatives. Les producteurs devront être entreprenants, ingénieux et les chambres d'agriculture seront là pour les aider. Certains ont monté des drives en un temps record. D'autres, des points de vente à la ferme en accueillant les produits des producteurs voisins. Les drives explosent. En Normandie il y a des dizaines d'initiatives. Les commandes y ont été multipliées par quatre. Certains ont également mis en place des distributeurs automatiques. J'espère que les consommateurs qui auront goûté à un yaourt fermier sauront faire la différence et s'en souviendront. Son champ de déplacement étant fortement réduit, le consommateur a découvert qu'il existe des fermes près de chez lui. Cela c'est plutôt bien

Les outils numériques sont plutôt aidants pour les producteurs qui pratiquent les circuits courts ?
Oui. Cela permet aux chambres de diffuser des informations d'ordre réglementaires ou techniques aux agriculteurs. Mais cela permet aussi de mobiliser les consommateurs sur toutes les initiatives. Je citerai la page Facebook de Mangez local-Bernay terres de Normandie qui a aujourd'hui 4 500 abonnés. De plus, une grande solidarité s'est mise en place entre les agriculteurs et j'espère que tout cela va rester. Il y a également les outils numériques mis en place par les départements, par exemple mon panier76 ou C'est fait dans l'Eure, qui recensent les producteurs locaux sur leur territoire. La Région Normandie et l'association de la monnaie normande le RolloN ont aussi mis en place une plateforme numérique pour faciliter les circuits courts .

Il y aura forcément une leçon à tirer de cette crise ?
Je suis très attaché à la diversité des débouchés et je crois que cette crise nous fait prendre conscience qu'il est très important d'avoir différents circuits de commercialisation.  Il est risqué d'avoir 20 % de son chiffre d'affaires réalisé avec un seul client. Pour les producteurs qui livrent à la restauration collective, c'est très difficile. Je pense par exemple à ceux qui font de la frite fraîche. Notre structure « Local et Facile » qui travaille beaucoup avec la restauration collective, est d'ailleurs en difficulté aujourd'hui. Nous avons un savoir-faire, les professionnels et le personnel compétent, il ne faut pas que les collectivités nous oublient. Il nous faudra être prêt pour la réouverture. C'est également très compliqué pour ceux qui ne font que les marchés. Aujourd'hui, avec cette crise, nous mesurons aussi le poids énorme de la restauration hors domicile dans la consommation au quotidien. Demain, il sera important de réfléchir à la distribution de ses produits. Tout est à construire.

« Bienvenue à la Ferme » a un rôle à jouer dans le développement du circuit court ?
Oui. Nous travaillons activement au développement de magasins Bienvenue à la Ferme sur le territoire national. Il y a déjà un magasin test près de Pacy sur Eure et un magasin à Lantic en Bretagne. Une autre ouverture est prévue en Octobre et nous souhaitons très vite monter à une quarantaine de magasins en France. L'objectif est de rapprocher les producteurs des villes.  C'est un projet qui permettra de continuer à mettre les produits fermiers à disposition des consommateurs après la crise du Covid-19 .
Propos recueillis par Catherine Hennebert

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