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Prairiales 2023 :
Au Pin, la prairie à la loupe

Le rendez-vous des Prairiales Normandie s’est déroulé au Pin-au-Haras (61), jeudi 1er juin. Les visiteurs ont abordé la prairie sous différents angles : fourrage, animal, climat, sol et eau. Retour sur quatre ateliers.

Bien-être des animaux et réchauffement climatique : vache à l’herbe, vache heureuse ?

Lydiane Aubé et Isabelle Veissier, de l’Inrae de Clermont-Ferrand, étudient le bien-être des vaches à l’herbe. « Il existe un protocole, mais en bâtiment. Nous voulons en créer un au pâturage. » Une étude est en cours à l’Inrea du Pin-au-Haras pour lister les critères efficaces et les valider. En pratique, les vaches sont équipées de thermobolus, des capteurs ressemblant à une gélule, qui informent sur la température interne de l’animal en continu. Le suivi de la température corporelle permet de détecter les buvées (l’eau ramène du froid) et d’évaluer le stress thermique. Les données sont couplées à la production laitière. « Quand la vache a chaud, elle adapte son comportement. On s’attend à ce qu’elle passe plus de temps debout, que le temps d’ingestion diminue ou qu’il change d’horaire, et à des buvées plus fréquentes. »

Le pâturage hivernal : une opportunité à saisir dans le contexte climatique

Raphaël Boré, de l’Idèle, et Flore Lepeltier, de la Blanche Maison, ont présenté une étude conduite à la ferme expérimentale de la Manche : pendant deux hivers, une quinzaine de bœufs ont pâturé de début décembre à début février, répartis en lots (l’un en pâturage libre, l’autre en tournant dynamique). Plusieurs questions ont été soulevées : les parcelles sont-elles pâturables en hiver, l’aspect sanitaire du troupeau, la repousse au printemps. Les GMQ, des deux lots et des deux hivers, montrent que l’on « peut faire grandir des animaux à l’herbe l’hiver, sans effet délétère sur la repousse » même si « la prairie temporaire a plus souffert du piétinement. Mais elle est bien repartie ». Tous les deux assurent que « le mode de pâturage n’a pas d’influence sur la repousse », mais ils alertent sur celui dynamique : « il faut un abri. Ce n’est pas facile à gérer ». Le pâturage hivernal permet des économies de fourrage et de paillage, précieuses lors d’étés très secs. •

Votre élevage, acteur de la protection de l’eau : la prairie dans la rotation

La protection de l’eau et la prairie – qu’elle soit temporaire ou permanente – vont de pair. « La prairie demande peu d’intrants et souvent pas de produits phytosanitaires », défend Bastien Ribot, conseiller agro-PV à la Cran. Un groupe d’éleveurs a testé l’intégration de prairie temporaire dans la rotation sur un bassin d’alimentation de captage. « Les légumineuses ne demandent pas d’apport d’azote, il faut surveiller le phosphore et le potassium. » La couverture du sol entraîne peu de lessivage et « un reliquat azoté de neuf unités, contre 33 unités en moyenne, toutes cultures confondues ». La prairie, intégrée dans une rotation de sept ans, reste en place pendant quatre ans. Bastien Ribot estime que « quatre à cinq coupes par an peuvent être faites, avec de bons rendements et de bonnes valeurs alimentaires. Et même meilleures en MAT que du maïs ». Avec un coût de semence de « 250 euros/ha, il faut soigner l’implantation. Mais aussi diluer les postes sur quatre ans ».

Traire autrement pour vivre mieux : le bien-être de l’éleveur

Et si traire, c’était souple ? C’est la question à laquelle Thierry Metivier, de la Cran, a apporté des éléments de réponse, dans un contexte d’enjeu de renouvellement des générations. Plusieurs études ont été menées. D’abord sur le passage en monotraite toute l’année. « La vache s’adapte. Il y a un petit risque cellulaire, mais 75 % des volumes de lait sont produits et les TB et TP prennent deux à trois points, car ils sont plus concentrés. Le bilan économique est de - 38 000 euros à effectif constant. » Pour compenser, une piste est d’augmenter le nombre de vaches. Il est aussi possible de ne traire qu’une fois, une journée par semaine. Pour se libérer le dimanche soir par exemple. Les résultats d’un troupeau en vêlages groupés, salle de traite fermée deux mois l’hiver ont ensuite été présentés : « il y a un pic de travail pendant les vêlages, l’élevage des veaux et la reproduction à surveiller. Il faut réformer au bon moment, sélectionner les vaches les plus fertiles via le système alimentaire, mais il n’y a pas vraiment de perte de volume de lait. Un autre frein à noter est l’organisation de la filière, basée sur une livraison homogène dans l’année. » Une autre façon d’aborder le travail est de réduire l’intervalle entre les deux traites journalières. « On a testé un intervalle de 6 h 30 à la ferme expérimentale de Trévarez, en Bretagne, en trayant à 9 h et à 15 h 30. » Thierry Metivier y voit plusieurs avantages : avoir une vie sociale, aller chercher ses enfants à l’école ou faciliter l’embauche d’un salarié. Il note des pertes de production de « - 1,3 kg de lait/jour le premier mois, - 1 point de TP toute l’année, mais pas d’effet sur le TB ni les cellules. Le bilan économique est de - 3 000 euros par an, ce qui est peu par rapport au confort de vie gagné ». •
 

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