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Le bilan fourrager : un levier essentiel pour sécuriser l'autonomie des élevages

La cohérence technique et la rentabilité des systèmes d'élevage reposent avant tout sur l'optimisation des surfaces fourragères, notamment la valorisation de l'herbe.

Les aléas climatiques de ces dernières années (printemps plus ou moins précoces, sécheresses estivales ou excès d'eau) rappellent combien la sécurisation de l'alimentation du troupeau est devenue stratégique. Dans ce contexte, le bilan fourrager s'impose comme un outil incontournable pour anticiper, ajuster et piloter les stocks.

Anticiper plutôt que subir

Face à la succession d'épisodes climatiques contrastés, les systèmes fourragers sont mis à rude épreuve. Par exemple, certains éleveurs ont déjà été confrontés à des déficits précoces, les obligeant soit à entamer leurs stocks dès l'été, soit à recourir à davantage d'achats extérieurs ou encore à vendre des animaux précocement.

Ne pas anticiper ses besoins peut rapidement conduire à des situations délicates : hausse des charges alimentaires, baisse de production ou dégradation de l'état des animaux. Le bilan fourrager répond précisément à cet enjeu. En comparant les ressources disponibles aux besoins du troupeau, il permet de gagner en visibilité et d'adapter ses décisions en amont.

Un équilibre à trouver entre stocks et besoins

Réaliser un bilan fourrager consiste à mettre en regard les stocks disponibles, exprimés en matière sèche, et les besoins alimentaires des animaux. De cette comparaison découle un diagnostic clair : bilan excédentaire, équilibré ou déficitaire.

Les exploitations présentent des systèmes et des productions variés : bovins lait, bovins viande ou ovins. Le bilan fourrager permet d'adapter finement les stratégies à chaque contexte. Un excédent peut être valorisé ou stocké en prévision d'une année plus difficile, tandis qu'un déficit nécessite des ajustements rapides.

Plus ce diagnostic est posé tôt, plus les marges de manœuvre sont importantes.

Un outil à faire vivre tout au long de l'année

Le bilan fourrager ne peut plus être considéré comme un simple rendez-vous annuel. Il doit au contraire devenir un outil dynamique, actualisé régulièrement pour s'adapter aux évolutions de la campagne.

Réalisé à l'automne, il permet d'évaluer si les stocks constitués seront suffisants pour couvrir les besoins hivernaux du troupeau. Cette étape conditionne directement l'organisation des rations et les éventuels achats à prévoir.

En sortie d'hiver, un inventaire des stocks est nécessaire pour évaluer un éventuel déficit. Le cas échéant, un éleveur pourra mettre en œuvre des actions correctives comme l'emblavement de surfaces de maïs supplémentaires, l'achat d'herbe sur pied, un sevrage plus précoce...

Le printemps constitue ensuite une période charnière pour arbitrer les surfaces dédiées au pâturage et celles nécessaires à la constitution des stocks. Le bilan doit être de nouveau réalisé à la fin du printemps à l'issue des fauches pour situer la quantité et la qualité des fourrages. À titre d'exemple, un exploitant pourra prendre la décision d'implanter des cultures dérobées ou de commander des co-produits supplémentaires.

À la fin de l'été, parfois marqué par des épisodes de sécheresse, le bilan fourrager permet de quantifier les consommations imprévues liées à l'affourragement estival. C'est à cette période que s'arbitre le choix entre les différents modes de récolte du maïs, ou l'achat de maïs sur pied.

À noter que, tout au long de l'année, rester attentif aux opportunités d'achat peut aussi constituer un levier intéressant pour sécuriser ses stocks à moindre coût.

Des besoins variables selon les animaux

L'évaluation des besoins constitue une étape clé. La diversité des ateliers implique de bien prendre en compte les spécificités de chaque catégorie d'animaux. Comme le résume le tableau, les besoins varient selon le format, le niveau de production, l'âge, le stade physiologique ou encore les objectifs de croissance.

Une évaluation des stocks à ne pas négliger

L'autre pilier du bilan repose sur un inventaire rigoureux de la qualité et de la quantité des stocks. Pour cela il convient d'identifier et d'analyser les fourrages, de les classer, de compter les boules, de cuber les silos, et d'en estimer la densité et la matière sèche.

Un outil pour orienter les choix

Une fois le bilan établi, les décisions peuvent être prises de manière éclairée (voir illustration).

Un outil incontournable de sécurisation des systèmes

Simple dans son principe mais stratégique dans ses applications, le bilan fourrager s'impose comme un outil indispensable pour piloter l'alimentation de tous les troupeaux :

  • en élevage allaitant

Qu'il s'agisse de systèmes naisseurs ou naisseurs-engraisseurs, il est recommandé de disposer d'environ huit mois de stocks afin de couvrir les périodes où le pâturage devient insuffisant. Cette durée peut toutefois être ajustée en fonction du chargement et de la qualité des surfaces pâturées.

  • en élevage bovin lait

Il s'agit le plus souvent de sécuriser l'équivalent d'une année complète de ration hivernale. Cette sécurité permet de garantir la continuité de la production laitière.

  • en élevage ovin

Une autonomie proche d'une année de stock est aussi recherchée. Néanmoins, elle varie fortement selon les systèmes (plein air intégral, semi-bergerie ou bergerie), la disponibilité des surfaces pâturables (y compris de cultures dérobées) et les conditions climatiques de l'année.

Le bilan fourrager apparaît donc comme un outil de gestion de trésorerie fourragère dans les systèmes d'élevages modernes. Au-delà de la simple gestion des stocks, en intégrant maintenant les besoins sur 15 à 18 mois, il s'inscrit dans une démarche globale d'autonomie des exploitations. Il constitue aussi un levier d'amélioration des pratiques. Limitation des pertes, meilleure connaissance de la qualité des fourrages, optimisation du pâturage..., autant d'actions qui contribuent à renforcer la résilience des systèmes d'élevage.•

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