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Dephy : les prairies temporaires, un levier de poids pour la gestion des adventices


Joël Pitrel, éleveur laitier à Saornet (14) a rejoint le réseau Dephy en 2012. Dix années d’échanges et de tests aux champs plus tard, il a adopté un système plus autonome en intrants et augmenté la part des prairies temporaires.


Joël Pitrel est éleveur laitier sur la commune de Saonnet (14) depuis 1990. La ferme totalise 89 ha avec 90 vaches laitières et un objectif de production de 650 000 litres de lait. Soucieux de réduire l’impact environnemental de sa ferme, il intègre le réseau Dephy du Bessin en 2012. Après dix années d’échanges en collectif et de tests au champ, il s’est tourné vers un système plus autonome en intrants, aussi bien pour l’alimentation du troupeau que pour la conduite des cultures avec une réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. L’augmentation de la part de prairies temporaires a été la clé de réussite de cette transition.

Des motivations personnelles soutenues par un contexte territorial favorable à l’évolution des pratiques

L’agriculteur a intégré le groupe Dephy avec l’objectif principal de réduire les doses d’herbicides appliquées sur les cultures de blé et de maïs. « Dans mon système, ce sont les herbicides que j’utilise le plus et c’est le point sur lequel je voulais travailler en priorité. Les produits phytos n’ont jamais été ma tasse de thé. Quand on remplit le pulvérisateur, on sait qu’on est toujours plus ou moins exposé, d’autant qu’on ne prend pas toujours le temps de se protéger au maximum ».
Situé dans l’aire d’alimentation du captage d’eau de Saon, il a depuis longtemps été encouragé dans ces démarches de réduction de l’impact environnemental. Cela a commencé en 2002 avec l’adhésion au contrat territorial d’exploitation pour ne plus utiliser d’atrazine sur le maïs. Le tournant a ensuite eu lieu en 2016 : « On travaillait sur la valorisation des prairies avec le groupe Dephy et le syndicat d’eau nous a proposé de nous engager dans des mesures agroenvironnementales (Maec) visant à augmenter notre part d’herbe jusqu’à 75 %. Ces deux accompagnements techniques et financiers m’ont permis de sécuriser mon évolution de système ».

Les prairies temporaires au service du système de culture

L’assolement de Joël Pitrel est aujourd’hui réparti sur une SAU de 89 ha avec 53 ha de prairies permanentes et un système de culture en rotation sur 36 ha avec des prairies temporaires, du maïs et du blé (voir figure 1). Les prairies en rotation apportent un double effet pour la réduction d’herbicides :
• d’une part, elles ne nécessitent pas de désherbage tout au long de leur cycle de trois à cinq ans, mis à part éventuellement au démarrage ;
• d’autre part, elles permettent une réduction du stock semencier pour les cultures suivantes. En effet, un sol de prairie est occupé en permanence par une végétation couvrante et le sol n’est jamais travaillé, ce qui limite fortement la mise en germination de nouvelles adventices. Par ailleurs, les fauches successives réalisées (quatre à cinq par an) permettent d’exporter la biomasse avant la mise à graine d’une grande partie des adventices présentes.
Cependant, le labour est souvent nécessaire au moment de casser la prairie et l’agriculteur a fait le choix de conserver ce levier essentiel (voir figure 1). Il permet d’enfouir les graines produites entre les fauches pour des espèces rases et à cycle court comme le mouron des oiseaux, les véroniques ou le séneçon, mais aussi de limiter le risque de repiquage des espèces de la prairie. Enfin, il est essentiel pour la gestion des ray-grass car on considère que 99 % de ces graines ne sont plus en capacité de germer au bout de trois-quatre ans donc la partie de sol mise en surface par le labour après la prairie n’en contiendra presque plus.
Malgré les contraintes de gestion des prairies, notamment en termes de mécanisation, il estime que les avantages l’emportent : « Le principal point noir des prairies est de devoir les faucher toutes les cinq semaines en saison de pousse et la première fauche au printemps peut être délicate à sécher car les conditions sont souvent plus humides. Mais au final je m’y suis adapté, ça permet de mieux répartir mon temps de travail et ce fourrage ne me coûte pas plus cher que du maïs : les charges d’implantation et d’entretien sont plus faibles et en plus elles sont diluées sur trois ans ».
Voyant les atouts de cette rotation dans sa gestion des adventices et notamment du ray-grass, Joël Pitrel a décidé de dupliquer la méthode sur un îlot de 14 ha situé à 7 km de la ferme. « Je cultivais cet îlot avec une succession maïs-blé sans labour depuis plus de vingt ans. La distance assez importante me freinait pour implanter des prairies de fauche mais la proportion de ray-grass résistants a augmenté de façon importante avec des rendements en baisse ». Ainsi il a commencé à implanter une parcelle en luzerne associée à du dactyle en 2020 puis une seconde en prairie multi-espèces : ray-grass hybride, fétuque des prés, trèfle violet, trèfle blanc en 2021 (voir figure 2).

Fort de son expérience, Joël Pitrel partage trois conseils pour favoriser l’implantation d’une prairie sur une parcelle à forte pression ray-grass :
- implanter la prairie plutôt à l’automne sur le mois d’octobre pour limiter la concurrence exercée sur les espèces semées par des ray-grass trop forts pendant l’hiver ;
- réaliser la première fauche assez tôt au printemps pour redonner très vite de la lumière aux espèces semées ;
- aller faucher systématiquement avant épiaison des ray-grass, et notamment en été même si la biomasse à récolter est faible. En effet les ray-grass montent très vite en épis lorsque les températures dépassent les 25 °C. •
 

Maïs sur précédent prairie et désherbage mécanique : un duo gagnant pour gérer les adventices sans herbicides

Depuis deux ans, Joël Pitrel a renforcé la pratique du désherbage mécanique sur maïs grâce notamment à un investissement important de la Cuma locale dans deux matériels : une herse étrille de 12 m et une bineuse à 6 rangs équipée d’une caméra. L’objectif est de commencer la gestion du désherbage en mécanique avec la herse étrille en pré-levée puis de faire un diagnostic au stade 2-3 feuilles pour choisir de continuer en mécanique si la pression adventice est modérée ou de repasser avec un herbicide spécifique si besoin (voir figure 1).
Derrière les prairies, la pression adventice est en général modérée mais il peut rester notamment des vivaces telles que le rumex ou les laiterons, et l’utilisation du désherbage mécanique avec la bineuse permet d’assurer un bon contrôle de ces adventices.
Joël Pitrel est aujourd’hui satisfait de cette technique : « Les échanges avec le groupe Dephy m’ont permis de perfectionner la pratique du désherbage mécanique avec un semis plus profond du maïs (voir figure 3) sur un sol travaillé finement et nivelé. Je suis satisfait des résultats obtenus cette année où j’ai pu désherber une partie de mon maïs derrière ma prairie avec du binage seulement. Pour 2023, l’objectif est d’être plus vigilant pour passer la herse étrille avant que le germe de maïs ne sorte ».
 

Au final, des phytos en baisse et une marge brute sur l’atelier lait en progression

Joël Pitrel avait déjà des pratiques économes en phytos à son entrée dans le groupe Dephy, mais la combinaison de ces deux leviers, couplée au labour de façon ponctuelle lui a permis de réduire davantage son indice de fréquence de traitement (IFT). On constate une baisse de 47 % de l’IFT total entre l’entrée dans le groupe et la moyenne 2018-2022 et au niveau de l’IFT herbicide, une baisse de de 25 % sur le même pas de temps.
L’augmentation de la part d’herbe dans le système de l’agriculteur a eu un effet positif sur la gestion de ses adventices mais aussi sur la gestion de son atelier lait : la ration hivernale par vache a sensiblement évolué avec une réduction de la quantité de maïs de 12 kg de MS à 7 kg de MS et une augmentation de la part d’herbe de 5 kg de MS à 9,5 kg de MS. La valeur plus équilibrée de l’herbe (0,90 UFL et 15 % de MAT en moyenne) a également permis de réduire d’1 kg la quantité de tourteau apportée par vache (voir figure 4).
Les effets de ce changement de ration ont été plutôt positifs selon lui : « La productivité par vache a diminué légèrement (de 7 900 l à 7 200 l) mais mon coût alimentaire a diminué de 20 euros/1 000 l et le lait produit est de meilleure qualité avec un taux butyreux à 45 g/kg et un taux protéique à 35 g/kg contre 42 et 32 avec l’ancienne ration ». Et cette évolution coïncide avec les attentes de la laiterie d’Isigny-Sainte-Mère.
Au final, la marge brute sur l’atelier lait a progressé, passant de 280 euros/1 000 l, il y a dix ans, à 360 euros/1 000 l aujourd’hui. Ce résultat est lié en grande partie à l’augmentation du prix de vente du lait comme on peut le voir sur la figure 5 mais aussi à une réduction des charges en concentrés et en fourrages. En effet, à prix de vente du lait équivalent, la marge brute de l’atelier est supérieure de 30 euros/1 000 l par rapport à la référence locale regroupant 67 éleveurs, et le coût alimentaire est inférieur de 40 euros/1 000 l.
Avec un IFT total proche de 1 sur son système de culture, la question de l’éventualité d’un passage en agriculture biologique peut se poser, mais ce n’est pas son objectif : « La quasi-totalité de ma surface est dédiée à la production de fourrages et c’est le facteur limitant sur la ferme, donc je dois maintenir un rendement assez important pour atteindre mon objectif de production laitière (650 000 l de lait pour 90 vaches laitières). La fertilisation minérale reste un levier important pour y parvenir, ce à quoi je n’aurais pas accès en agriculture biologique. » •

 

 

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