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« Si on veut du fromage, il faut manger de la viande »

L'Association des vendeurs directs de produits laitiers de Normandie (AVDPL) a proposé une formation sur l'élevage des chevrettes et chevreaux pour les éleveurs qui envisagent une diversification.

L'AVDPL poursuit ses journées de formation. Après des sujets en lien avec l'hygiène, deux journées étaient proposées les 3 et 4 décembre à Bois- Guillaume, autour de l'élevage des chevrettes et des chevreaux.

Les participants, éleveurs de chèvres et producteurs de fromage, étaient demandeurs de données techniques car il n'existe pas d'accompagnement technique dans la région. Certains cherchent également des solutions pour valoriser les mâles. C'est le cas de Sandra, éleveuse dans l'Eure : « nous élevons 125 chèvres de race alpine, tout est transformé en fromage. On élève les chevrettes de renouvellement mais je n'ai aucun débouché pour les mâles. C'est pourquoi nous faisons des lactations longues pour n'avoir que 50 naissances par an ».

De son côté, Pascaline, installée en Seine-Maritime, élève 40 alpines. Elle aimerait pouvoir produire de la viande de chevreau sur sa ferme.

L'association avait sollicité Valérie Beroulle, technicienne élevage au sein du Syndicat caprin Drôme Ardèche pour animer ses deux jours. Elle a donné de nombreux conseils pour avoir des chevreaux en bonne santé. Elle a également abordé la problématique de la valorisation de la viande : « la communication auprès des consommateurs est très importante. Il faut leur dire : si vous voulez manger du fromage, il faut manger de la viande. Le chevreau n'est pas un déchet. Il faut faire connaître cette viande, dans les salons, les foires et la proposer à la dégustation. Ou alors organisez des portes ouvertes chez vous. Mais ce sont des actions à faire ensemble ».

La technicienne confirme que la valorisation des chevreaux marche : « pour la transformation, il existe des solutions mais je dirais que le seul point noir est de trouver un abattoir qui accepte les chevreaux. Dans la Drôme, nous avons travaillé durant 18 ans pour remettre une filière en route. Si vous n'êtes pas groupés, cela sera compliqué. Il vous faut vous unir ».

Mathilde Hie, animatrice d'AVDPL, rappelle que sur la Seine-Maritime et l'Eure, il y a une vingtaine d'éleveurs de chèvres.

1,5 m2 minimum par animal de plus de deux mois

Pour revenir sur des points plus techniques, il a été rappelé qu'une surface adaptée est primordiale pour élever des chevreaux dans de bonnes conditions. « Souvent les éleveurs ne savent pas vraiment la place qu'ils ont. Il est nécessaire de bien définir ses besoins. Il faut au moins 1,5 m2 par animal minimum pour des animaux de plus de deux mois. Plus c'est confiné, plus il y a des risques de problèmes ».

Un atelier a donc été proposé pour calculer la place nécessaire pour ses chevreaux. Cela peut être utile dans le cadre d'un projet de construction ou de réaménagement de bâtiment. Valérie Beroulle a distribué un outil de calcul (tableau ci-joint) à partir duquel chacun a pu déterminer la surface préconisée en fonction de son élevage. La technicienne a donné quelques références pour aider au calcul : une prolificité de 1,6, un taux de renouvellement de 25 %, une mortalité de 5 %.

Un tiers de concentré et deux tiers de fourrage sec pour les gestantes

La technicienne a ensuite rappelé l'importance de la préparation des mères, surtout le dernier mois de gestation : « Il est important d'apporter un aliment de qualité durant le tarissement, en respectant une base d'un tiers de concentré et deux tiers de matière sèche ingérée. Le foin doit être d'excellente qualité. Il faut savoir que la chèvre aime une alimentation variée. Donc en chèvrerie, il peut être intéressant de proposer différents types de fourrages ou différentes coupes si vous êtes dans la même espèce de fourrage. Il est également nécessaire de bien conduire la complémentation en minéraux, oligo-éléments et vitamines ».

Peser et alloter

Jusqu'à deux mois, femelles et mâles s'élèvent de la même façon. Dès la naissance, il est conseillé de peser les petits pour leur donner la bonne quantité de colostrum et toujours bien vérifier qu'ils tètent comme il faut. C'est beaucoup d'observation les deux premiers jours. En fait peu importe le type d'élevage. « L'important est que les petits boivent du bon colostrum ».

Ensuite l'allotement est la clé de tout au démarrage du chevreau pour la production de viande : « il faut constituer des lots homogènes pour améliorer les courbes de croissance. Il ne faut pas de concurrence. Même sur une semaine d'écart, il faut alloter et peser à nouveau à un mois pour réalloter. Cela permet de corriger rapidement ».

Les participants ont terminé leur session de formation par la visite de l'élevage de Marie Lejeune et Jérôme Lesueur à Servaville-Salmonville. Pour le couple qui s'est installé avec 55 chèvres au printemps de cette année, c'est une reconversion professionnelle. Ils viennent d'ouvrir une boutique à la ferme où ils vendent leurs fromages.•

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