Maraîchage : une météo qui compromet quantité et qualité
Une gestion de l'irrigation plus délicate, plus d'interventions manuelles, des semis en souffrance et des pertes de production importantes, les conditions extrêmes ont de lourdes conséquences pour les maraîchers. Témoignages.
Aurélien et Florian Humel sont maraîchers, installés sur l'exploitation familiale située à Saint-Denis-le-Thiboult. Les deux frères, aidés de sept salariés, cultivent principalement des légumes et un peu de fraises sur 15 hectares de pleine terre et de serres. Leur commercialisation se fait essentiellement sur les marchés et au magasin à la ferme*.
« Avec la sécheresse et les chaleurs extrêmes que nous connaissons cette année, la gestion de l'irrigation est très différente et nous prend beaucoup de temps. Sur les parcelles de pleine terre, il nous faut déplacer l'enrouleur sans arrêt. Sous les serres, il nous faut être très vigilants sur la gestion de l'arrosage car nous devons arroser tous les jours en ce moment alors que notre installation automatique est programmée pour arroser tous les trois jours », explique Florian Humel.
Une production de haricots verts divisée par trois
Il y a des cultures qui sont plus particulièrement touchées, en particulier les haricots verts et les tomates.
En conditions chaudes et sèches, des acariens attaquent les feuilles des haricots. Ils aspirent la sève des feuilles en perçant un trou dans les cellules foliaires. La plante est vidée de ses nutriments et s'affaiblit au point de mourir.
La tomate souffre aussi beaucoup : « Sur les grappes, au lieu d'avoir six tomates, il n'y en a que deux ! Les fleurs ont coulé, malgré l'irrigation et l'ombrage. La production va être divisée par deux ».
Des semis des cultures d'hiver incertains
Mais la grosse inquiétude vient des jeunes semis qui prennent beaucoup de retard. « On sème dans le sec, et même en arrosant, nous craignons que certains jeunes semis ne survivent pas ou bien donnent des produits dont la qualité sera inférieure et qui présenteront des soucis de conservation en frigo cet hiver : c'est le cas des semis de carotte, céleri, betterave rouge... J'ai un gros doute sur la survie du radis noir que nous venons de semer ».
Pour les aubergines et les salades, cela se passe à peu près bien. Également pour les poireaux et les carottes nouvelles. « Pour la pomme de terre primeur, l'arrachage ne peut se faire qu'à la main, et quotidiennement, alors qu'en général, l'arracheuse récolte deux fois par mois. Donc nous y passons beaucoup plus de temps ».
Des clients à l'écoute
Sur les marchés, les producteurs d'Au Panier de la ferme expliquent la situation à leurs clients et partagent leurs inquiétudes pour leurs productions de légumes d'hiver à venir. « Nous expliquons pourquoi nous n'avons pas d'autre choix que d'augmenter nos prix. Nous ne pouvons plus faire de promo sur nos tomates. Il nous faut rémunérer nos salariés, régler les factures de graines et plants déjà engagés, payer nos charges et nous ne savons pas si toutes nos cultures pourront être récoltées. Nous ne sommes pas assurés contre les aléas climatiques, cela coûte trop cher. Et la pluie n'arrive pas, cela est dramatique ».•
Au Panier de la ferme. Tél. : 02 35 23 21 53/06 85 53 86 02.
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