Les veaux sous nourrice, une méthode qui bouscule les pratiques d’élevage
L’élevage des veaux sous une nourrice, se développerait à bas bruit en France. Lors d’un webinaire que programmait Bio en Hauts-de-France en novembre, des chercheuses du FiBL France (Institut de recherche de l’agriculture biologique) présentaient cette pratique qui améliorerait le bien-être des bovins.
L’élevage des veaux sous une nourrice, se développerait à bas bruit en France. Lors d’un webinaire que programmait Bio en Hauts-de-France en novembre, des chercheuses du FiBL France (Institut de recherche de l’agriculture biologique) présentaient cette pratique qui améliorerait le bien-être des bovins.
Moins de problèmes sanitaires pour les veaux comme pour les vaches, une croissance rapide des génisses, un système plus autonome… L’élevage des veaux sous une nourrice présente de nombreux avantages, lorsque la pratique est bien maîtrisée. « Elle se développe à bas bruit en France. Nous avons donc travaillé à apporter des références techniques pour accompagner les éleveurs », présentent Caroline Constancis et Clara Robin, du FiBL France (Institut de recherche de l’agriculture biologique) lors d’un webinaire que proposait Bio en Hauts-de-France en novembre.
Cette pratique consiste à laisser le veau avec sa mère en moyenne 4,5 jours, puis de le faire adopter par une vache nourrice. « Cette étape est vraiment la clé de la réussite. Le veau peut être nourri avec du lait artificiel pendant cinq à dix jours pendant cette phase », explique Clara Robin. Une nourrice peut ainsi adopter deux ou trois veaux du même âge, du même gabarit, ce qui limite la compétition et garantit des buvées suffisantes pour tous.
Pour cette technique, le FiBL préconise de grouper les vêlages, au printemps et/ou à l’automne. « Pour l’éleveur, ces périodes de vêlage sont des pics de travail. Mais l’astreinte quotidienne est ensuite largement réduite lorsque les veaux sont adoptés. »
Des astuces sont livrées pour maximiser les chances d’adoption. La nourrice est souvent une multipare nouvellement vêlée avec de l’instinct maternel. Cela pourra également être une vache avec de petits problèmes sanitaires (cellules, boiteries…) ou de taux. Les veaux pourront être mis à la diète depuis la veille au soir, avec de l’eau à disposition. « On peut mettre du vinaigre de cidre ou des huiles essentielles de lavande sur le veau de la nourrice, et sur ceux à adopter. Ainsi, l’odeur lui est familière. Certains mettent du sel sur le veau pour l’encourager à le lécher. » Si la vache a des cornes, mieux vaut la bloquer dans un premier temps. « Si la vache n’a pas accepté le veau au bout de cinq jours, il faut changer de nourrice. »
L’autre phase délicate est celle du sevrage. « Ça peut engendrer un stress chez le veau. Il vaut donc mieux réduire le contact progressivement, avec une séparation physique mais un contact visuel dans un premier temps. » La transition alimentaire doit aussi se faire avec une diminution progressive du lait. Ce sevrage se fait à quelques mois, avant l’entrée au bâtiment des vaches pour les veaux de printemps, ou au moment de la mise au pâturage pour les veaux d’automne.
Meilleur GMQ pour le veau
Lorsque la technique est maîtrisée, les avantages seraient réels. Elle favoriserait notamment la croissance des veaux. « Les veaux sous nourrice ont une croissance moyenne de 817 grammes/jour, contre 654 grammes/jour lorsqu’ils sont au distributeur automatique de lait (Dal), durant leurs dix premiers mois », assure Clara Robin. Un veau né à 41 kg pèsera en moyenne 272 kg à dix mois lorsqu’il est allaité, contre 230 kg lorsqu’il est au Dal. « Pour les génisses, l’âge au premier vêlage peut être avancé à 24 mois. »
Ceci serait dû, tout d’abord, à des quantités de lait bu supérieures. « Une vache qui est traite retient une partie de son lait pour son veau. On estime la perte de l’ordre de 300 litres de lait sur 2 000 litres. L’hormone ocytocine qui est sécrétée lorsque la tête stimule l’éjection du lait. » Le fait d’avoir deux ou trois veaux à nourrir accroît ce phénomène. « Plus la mamelle est sollicitée, plus elle produit, et plus le taux de matière grasse est élevé. » Les veaux présenteraient aussi moins de diarrhées néonatales grâce aux vêlages groupés et aux saisons de vêlage courtes, ainsi qu’à la limitation des contacts entre eux. « Pour les vêlages de printemps, la mise à l’herbe rapide booste leur immunité face aux strongles intestinaux. »
Moins de mammites pour la vache
Des bénéfices existent aussi pour la vache nourrice. « Une vache tétée par un veau présente 1,6 fois moins de risque de présenter des symptômes subcliniques, et 1,6 fois moins de risque de faire une mammite. » Choisir une vache qui présente ce genre de problème peut donc être pertinent, avant une réintroduction dans le troupeau une fois le veau sevré. « Certains choisissent des vaches qui seront réformées ensuite. »
Le point d’attention est cependant l’alimentation de cette vache. « Physiquement, un tel allaitement sollicite les réserves de son corps. L’herbe doit donc être suffisamment riche pour la garder en état. Un complément peut être envisagé si ce n’est pas le cas. »
Autre inconvénient : les chaleurs seraient difficiles à détecter chez les nourrices. « On conseille donc de choisir des réformes, qui iront à l’abattoir, ou des vaches déjà gestantes. »
L’étude économique de cette pratique, elle, est encore en cours. « Ce qu’on a déjà établi, c’est que jusqu’à trois mois d’allaitement, il n’y a pas de différence économique. Mais un allaitement trop long a un impact négatif. »•