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La Quèvrerie Majéléan fourmille de recettes fromagères

Installés en élevage caprin depuis juin 2024, à Servaville-Salmonville, Jérôme Lesueur et Marie Lejeune travaillent désormais au rythme de leurs 60 chèvres alpines et transforment l’intégralité de la production laitière. La Quèvrerie Majéléan propose de nombreux fromages et à une clientèle amatrice de circuits courts.

Rien ne prédestinait Jérôme Lesueur et Marie Lejeune à devenir éleveurs caprins. Lui travaillait dans les transports, elle dans la restauration. Ensemble, ils ont décidé de se lancer dans une aventure agricole. « On a tout fait ensemble, du BPREA au lycée agricole d’Yvetot à l’installation », raconte Marie Lejeune. Grâce à un financement régional, ils ont pu suivre la formation adulte qui scellera leur projet de vie. En juin 2024 : ils reprennent une ancienne ferme du coin, propriété de la famille Lakièvre. « On a gardé le clin d’œil, et ajouté Majéléan, pour Marie, Jérôme, puis Léopold et Antonin, deux de nos cinq enfants, explique-t-elle. Les anciens exploitants étaient ravis que la ferme reste une vraie ferme. »

Conduite du troupeau

La ferme compte aujourd’hui 60 chèvres alpines, bientôt rejointes par une vingtaine de jeunes laitières. Robustes et productives, ces caprines offrent en moyenne 700 litres de lait par an et par tête.
Les animaux sont hébergés dans un bâtiment lumineux et ventilé. L’été, un courant d’air naturel circule sous le faîtage ; l’hiver, des bottes de paille isolent des courants d’air froids. « Le bien-être du troupeau, c’est la base », souligne Jérôme Lesueur.
Élevées principalement en bâtiment, les chèvres profiteront bientôt d’une aire de détente extérieure, pour sortir par beau temps. « Les chèvres n’aiment pas la pluie, rit l’éleveuse. On veut qu’elles puissent sortir quand il fait beau, mais rester à l’abri si besoin. »

Calendrier d’élevage

À La Quèvrerie Majéléan, le calendrier d’élevage suit le rythme des mises-bas et des lactations : la mise-bas est prévue entre début février et fin avril avec une lactation sur plusieurs mois et le premier lot est tari de mi-décembre à février, puis le second, de mi-janvier à mi-mars. Dans cet élevage, la reproduction se fait en monte naturelle : chaque bouc s’occupe d’un lot d’environ 20 chèvres. Quand le lot est plus grand ou que le bouc fatigue, l’éleveur le remplace. Il choisit ses reproducteurs pour leurs qualités (comme de bonnes mamelles chez les femelles).
L’année prochaine, pour des raisons de viabilité économique, il faudra scinder le troupeau en deux lots afin de maintenir une partie en lait. « C’est un compromis, reconnaît Jérôme Lesueur. Les chèvres ont besoin de repos, mais on débute : il faut que la ferme tourne. »
Les soins restent simples : huiles essentielles, ostéopathie animale, compléments minéraux. « On n’est pas en bio, mais on évite les antibiotiques quand on le peut », explique Marie Lejeune. Un espace d’isolement permet aussi aux bêtes affaiblies de se rétablir sans risquer d’être rejetées du troupeau.
L’alimentation, elle, reste raisonnée : foin, luzerne, minéraux, énergie spéciale chèvres et un peu de féveroles. « L’idée, c’est de rester simple et efficace », résume Jérôme Lesueur.

Le “Goûtu”, la création maison

« C’est notre petit phare à nous. Il marche bien », confie-t-elle. Ce fromage rond et fondant, créé à la ferme, est devenu le produit emblématique de La Quèvrerie Majéléan.
Tout est fabriqué sur place, à la louche, dès le lendemain de la traite. « Moins le lait attend, meilleur il est », souligne Jérôme Lesueur. Cette attention se retrouve dans la diversité de la production : crottins, bûches, pyramides, tommes, faisselles mais aussi yaourts et crèmes desserts. Le couple planche aussi sur de nouvelles créations : une tomme cuite, puis des variantes aromatisées aux fleurs ou aux épices.
« Chaque chose en son temps, mais on aime inventer. On veut des fromages qui nous ressemblent », résument-ils.
Une Commercialisation diversifiée en circuits courts
La Quèvrerie Majéléan mise sur la vente directe et les circuits courts. Elle écoule sa production sur trois marchés hebdomadaires – à Saint-Jacques-sur-Darnétal, Bihorel et Boos – ainsi qu’à la boutique de la ferme, idéalement située sur un axe passant, ouverte le mercredi et le samedi. « Les gens viennent pour nos fromages, mais on commence à proposer d’autres produits locaux avec des producteurs partenaires : miel, rillettes, beurre, crème, glaces… », raconte Marie Lejeune. « On ne se plaint pas, on commence à se faire un nom », rajoute l’éleveur.

Projets en vue

Entre les deux traites quotidiennes, la fabrication et la vente, les journées sont longues. L’un trait, l’autre moule. Le duo fonctionne à l’instinct et à la complémentarité.
Leur prochaine étape : investir dans une nouvelle machine à traire, plus performante. « On a celle des anciens propriétaires qui est vétuste. On voudrait passer à 10 ou 12 postes pour gagner du temps » et agrandir la boutique afin d’accueillir plus de visiteurs et de producteurs partenaires.
Tous deux ne manquent pas d’idées pour développer leur activité. Outre le projet d’agrandir la boutique, ils organisent aussi des animations à la ferme. Après Halloween, place au marché de Noël le samedi 13 décembre, de 15 h à 18 h à la ferme, avec d’autres producteurs, photo du père Noël et ambiance conviviale garanties.
Ils envisagent aussi de créer deux gîtes à la ferme, au-dessus de la grange. Le projet s’accompagnerait d’une offre de repas fermiers et de paniers prêts à être réchauffés. « L’idée, c’est de partager notre univers, sans perdre notre tranquillité. On veut que la ferme soit un lieu vivant, où les gens découvrent les animaux et les produits du coin.  »

Engagement et énergie

Ce qui frappe à la Quèvrerie Majéléan, c’est le discours franc du couple sur le métier. « En agriculture, il faut se battre avec tout le monde. Mais on aime ce qu’on fait. »
Entre la modernisation de leur salle de traite et la fidélisation d’une clientèle locale, Jérôme et Marie incarnent cette nouvelle génération d’agriculteurs inventifs et passionnés. Et à les entendre, pas de doute : leur pari de reconversion est déjà un succès.•

Plus d’information sur la page Facebook : La Quèvrerie Majéléan 

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