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La Normandie entend prendre toute sa part dans la reconquête 

« C'est tout à fait emblématique de ce que je veux faire. » En déplacement, à Luneray sur le site de l'entreprise Lunor, spécialisée dans la transformation de légumes cuits sous vide, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a loué le travail réalisé localement pour produire une feuille de route normande sur la souveraineté alimentaire.

Le 12 juin, après la visite de la ministre à la Scea de la Ferme du Pays de Pissy-Pôville (voir page ci-contre), les services de l'État ont organisé chez Lunor à Luneray la restitution de la contribution normande aux Conférences de la souveraineté alimentaire.

La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a loué le travail réalisé localement pour produire une feuille de route normande sur la souveraineté alimentaire. « Chaque région est appelée à répondre à ces enjeux de souveraineté et à s'atteler à cet exercice de planification ». Un exercice de concertation, lancé en décembre dernier, afin que chaque région puisse contribuer à diminuer la dépendance extérieure de la France en identifiant les productions que le pays devra développer demain. Après une phase nationale dont les conclusions ont été présentées fin février au Salon international de l'agriculture, ont suivi des "conférences régionales de la souveraineté alimentaire".

En Normandie, la concertation a été lancée le 26 mars avec la préfecture, la Région, les Chambres d'agriculture, l'Association régionale des entreprises agroalimentaires (Area), la Coopération Agricole et les principales interprofessions ou fédérations professionnelles.

Il faut se remettre à produire !

Devant un parterre de représentants du secteur agricole, Ludovic Spiers, coordinateur national des Conférences de la souveraineté alimentaire, a débuté par une synthèse des travaux déjà engagés au niveau national :« Nous avons une très bonne productivité au niveau des exploitations agricoles mais nous avons perdu notre compétitivité par rapport à d'autres pays proches de nous. En aval, nous avons également des pays voisins plus compétitifs. Nos importations augmentent et nos exportations déclinent. Ce constat nous a amenés à dire qu'il fallait se remettre à produire ».« Le réveil devra se faire surtout au niveau des productions animales, a-t-il ajouté. Nous baissons régulièrement depuis 2000 dans toutes les productions animales, nous manquons de lait, de viande. Dans ce domaine, je pense que la Normandie est la région qui coche le plus de cases. Nous avons tout pour réussir ».

Les volailles, la viande et la pisciculture, des filières à fort potentiel

La feuille de route du comité de pilotage normand vise à accroître la production dans sept filières d'ici trois à cinq ans. « En Normandie, on a pensé un plan de souveraineté dans les filières déficitaires », a expliqué Annie Genevard louant « quelque chose de tout à fait exemplaire » qui « va apporter les solutions concrètes évaluées en pourcentage ». Ces filières visées sont :

  • la volaille, chair et œufs, et lapin ;
  • l'engraissement de veaux laitiers et ovins ;
  • le maintien de la production porcine ;
  • la stabilisation de la filière laitière ;
  • le maintien de la production légumière ;
  • la résilience des systèmes céréaliers avec une diversification des rotations ;
  • le développement aquaculture-pêche.

Les volailles, la viande et la pisciculture sont les trois filières identifiées comme étant à fort potentiel. « Dans les cinq prochaines années, il est proposé la création de 19 nouveaux poulaillers standards et de 16 nouveaux poulaillers Label rouge chaque année durant cinq ans. Sur le merveilleux lait normand, 17 % de la production nationale est produite en Normandie et l'objectif est de produire la moitié du déficit qui nous manque pour être souverains en la matière, soit 1 milliard de litres de lait supplémentaires ! Pour la viande bovine, nous avons de grandes attentes concernant l'engraissement. Nous avons également énormément d'attente sur les produits de la mer », s'est réjouie la ministre.

Des contrats solides et rémunérateurs

Les céréales et la pêche sont des filières à consolider : il s'agit de moderniser les capacités de stockage et de restaurer la compétitivité, développer une pêche côtière et artisanale sur les espèces sous-exploitées. Le lait, les légumes, les pommes de terre, le porc, le lin et la mytiliculture sont des filières dont le développement est à poursuivre.

« Enfin on se préoccupe de la situation des agriculteurs ! Notre territoire est vraiment adapté pour le développement de la filière volaille mais celui-ci ne se fera pas sans des contrats solides et rémunérateurs », a précisé Laurence Sellos, présidente de la Chambre d'agriculture de Seine-Maritime.

Des freins à lever

L'accès au financement sera capital. Aujourd'hui il est considéré comme un frein à lever, au même titre que les délais administratifs (très longs), les contraintes réglementaires, la difficulté à trouver de la main-d'œuvre, les oppositions locales à certains projets d'élevage, et bien sûr la difficulté à embarquer les consommateurs pour qu'ils acceptent de mettre quelques euros de plus...

« Les acteurs bancaires ont compris l'enjeu, ils sont prêts à y aller. Ils ont compris que le coût de l'inaction serait considérable mais que le coût de la construction apportera de la confiance en l'avenir, en particulier pour les jeunes qui veulent s'installer », a souligné Annie Genevard.

Les Chambres souhaitent être des acteurs engagés

« À côté des obstacles à lever, les conditions du succès seront la capacité collective à accélérer et simplifier l'ensemble des procédures administratives. Je propose donc que le réseau des Chambres puisse s'engager sur la pré-inscription des dossiers pour permettre la complétude avant la transmission à l'administration, pour réduire les délais », a déclaré Sébastien Windsor, président de Chambres d'agriculture France, qui pense qu'une partie significative du second pilier de la Pac pourrait porter des projets de développement des exploitations. « Bien sûr il ne s'agit pas d'abandonner la partie environnementale mais utilisons ce deuxième pilier pour faire du développement économique ».

« Le temps est venu de bâtir »

« La Normandie est une terre exceptionnelle, des sols fertiles, des exploitants talentueux et des productions variées. Sous l'impulsion de la Chambre d'agriculture, avec l'engagement de la Région et les services de l'État, la Normandie a répondu présente au défi que j'ai lancé le 8 décembre dernier. Cela vous donne une grande responsabilité dans la reconquête de la souveraineté alimentaire », a conclu Annie Genevard. « Et je suis convaincue que produire ne veut pas dire le faire contre l'environnement. L'exemple de la réutilisation de l'eau chez Lunor montre que ces objectifs sont compatibles ».

Toutefois, la ministre n'entend pas occulter l'existence d'une complexité administrative, des délais d'instruction, des difficultés d'acceptabilité sociale. « C'est le sens du projet de loi d'urgence agricole que nous examinons : simplification des procédures ICPE, sécurisation juridique des projets, facilitation du stockage de l'eau, préservation de la terre agricole, renforcement de l'accompagnement territorial, toutes ces dispositions répondent à l'accélération de la sortie de terre de nos projets ». Un panorama complet de toutes les régions sera présenté à la conférence nationale qui aura lieu à l'automne prochaine « Je veux aller vite, très vite », a-t-elle assuré.•

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