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Analyse des coûts de production :  3 stratégies économiques à l'épreuve des années 2014 à 2024

Depuis plus de 10 ans, les éleveurs des groupes lait et leurs conseillers des Chambres d'agriculture de Normandie calculent le coût de production de leurs ateliers lait, selon la méthode nationale de l'Institut de l'élevage. Ainsi, chaque année depuis 2014 sont réalisés entre 200 et 300 coûts de production. Ceux-ci ne peuvent pas être considérés comme représentatifs de la moyenne normande, mais ils suivent la même trajectoire d'évolution.

Caractéristiques des 3 stratégies

Trois stratégies économiques différentes transparaissent pour obtenir un revenu issu de l'atelier laitier : une stratégie volume où l'éleveur dilue ses charges de structure grâce à l'importance du volume laitier produit, une stratégie valeur ajoutée où l'éleveur maximise ses produits (lait différencié, viande, aides) et une stratégie autonomie où l'éleveur limite ses charges opérationnelles en achetant très peu d'intrants.

  • La stratégie volume se caractérise par l'intensification de tous les facteurs de production : 8 600 litres/VL, 11 700 litres/ha SFP (43 % maïs et 2,01 UGB/ha), 500 000 litres/UMO. C'est une stratégie d'investisseur. Avec une forte quantité d'intrants, ces exploitations sont particulièrement sensibles à la conjoncture économique. Le principal point d'attention doit être d'éviter des dérapages de coût alimentaire. C'est la stratégie qui connaît la plus forte volatilité de revenu.
  • La stratégie valeur ajoutée, à l'opposé, est la plus stable dans le temps. Des 3 tendances stratégiques identifiées, c'est aussi la plus extensive : 5 100 litres/VL, 4 700 litres/ha SFP (17 % de cultures fourragères et 1,36 UGB/ha), 204 000 litres/UMO. Cette stratégie accorde une forte prépondérance à la qualité de vie par rapport à la rémunération. Le premier point d'attention est le coût du travail, en raison de sa faible productivité, suivi de près par le coût de mécanisation. Cette stratégie est particulièrement sensible au pouvoir d'achat des consommateurs (l'inflation les détourne des laits différenciés) et à l'évolution des aides.
  • La stratégie autonome est une tendance vraiment intermédiaire. Plus stable que la stratégie volume, elle rebondit mieux néanmoins que la stratégie valeur ajoutée. De la même façon, ses performances sont aussi intermédiaires : 6 400 litres/VL, 6 550 litres/ha SFP (22 % maïs et 1,44 UGB/ha), 304 000 litres/UMO. Peu affectée par la conjoncture économique, elle est en revanche très sensible au changement climatique, avec une surface en herbe importante, peu de maïs et souvent peu de cultures de vente. Le premier point d'attention est le coût de la mécanisation en proportion du lait produit, suivi de près par le coût du travail.

Évolution des revenus sur 10 ans

  • La stratégie volume entre 2014 et 2024 présente la plus forte volatilité de revenu. C'est elle qui plonge le plus au moment de la "crise du lait" de 2015-2016, mais c'est elle aussi qui rebondit le plus fort aussitôt après.
  • La stratégie valeur ajoutée, à l'opposé, est la plus stable dans le temps. Elle n'a presque pas souffert de la crise du lait, mais montre en revanche des signes d'essoufflement depuis la flambée des prix. La baisse de pouvoir d'achat des consommateurs due à l'inflation impacte fortement cette stratégie.
  • La stratégie autonome est une tendance vraiment intermédiaire. Plus stable que la stratégie volume, elle rebondit mieux néanmoins que la stratégie valeur ajoutée. Peu affectée par la conjoncture économique, la tendance autonome est très sensible aux changements climatiques.

En résumé, quand le prix du lait est faible, la stratégie valeur ajoutée est presque aussi payante que les autres ; quand le prix est élevé, la stratégie volume est très payante. La stratégie valeur ajoutée est la plus stable dans le temps, la stratégie volume la plus volatile.

Évolution des structures d'exploitation

  • La stratégie volume est une stratégie d'investisseur, aux résultats très volatils. Entre 2014 et 2024, le volume de lait commercialisé est passé de 650 000 litres à plus d'1 120 000 litres, soit une augmentation de 73 %. La productivité du travail a bondi de 400 000 à 500 000 litres/UMO (+ 25 %).
  • La stratégie valeur ajoutée, à l'opposé, est la plus stable dans le temps et la plus extensive. Entre 2014 et 2024, le volume de lait commercialisé n'a augmenté que de 23 %, de 390 000 à moins de 480 000 litres. La productivité du travail est restée presque stable à + 2,5 % (de 199 000 à 204 000 litres/UMO).
  • La stratégie autonome est une tendance vraiment intermédiaire. Entre 2014 et 2024, le volume de lait commercialisé a augmenté de 33 %, de 500 000 à moins de 670 000 litres.

La productivité du travail a augmenté de 14 %, passant de près de 270 000 à 304 000 litres/UMO.•

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