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Senalia qui rit, Senalia qui pleure

L'union de coopératives Sénalia a réuni professionnels et acteurs de la filière céréalière à Paris le 6 janvier. Le meilleur comme le pire sont arrivés ces deux dernières années...

La réunion d'information de Sénalia, organisée le 6 janvier à Paris, a permis aux 350 acteurs de la filière céréalière présents de faire un point sur les campagnes passées, à venir et sur le contexte mondial des marchés. Le directeur de l'union de coopératives tives, Gilles Kindelberger, prévient d'emblée : après une année record d'exportation de céréales avec 5,2 millions de tonnes en 2015/2016, Sénalia qui exploite les terminaux céréaliers du port de Rouen, connaîtra sa pire campagne, avec seulement 1,8 million de tonnes chargées prévues en 2016/2017. Avec une récolte de blé en chute de 30 %, les volumes expédiés par l'entreprise devraient dégringoler de 66 %, selon les estimations du groupe. « Des mois à 30 000 tonnes, je n'avais jamais vu cela », constate Gilles Kindelberger.

Record pour les orges
Pour les orges de brasserie et de mouture, Senalia a battu un autre record en 2015/2016 avec près de 1,9 million de tonnes expédiées. Quant à ses activités agro-industrielles, qui représentent 39 % du volume manutentionné (3,3 millions de tonnes), elles maintiennent leur niveau d'activité (cacao, sucre, bio-éthanol et trituration). Les principaux partenaires sont Barry Callebaut, Cargill, Saint Louis Sucre, Saipol et Tereos.
La récolte a été abondante et la qualité a permis de renouer avec des marchés exigeants. Ainsi, l'Algérie (32 % des exportations) et le Maroc (28 %) ont retrouvé les premières places, suivis par la Chine (17 %) pour de l'orge fourragère et l'Arabie Saoudite (5 %). A noter que l'Inde fait son retour avec les protéagineux.
En conclusion, Thierry Dupont, président de Sénalia, a annoncé que l'entreprise poursuit ses investissements dans les outils, dans les hommes et contribue, par sa participation active aux réflexions de la filière, à l'amélioration de la compétitivité des agriculteurs. « Il ne faut pas renoncer, mais il faut se donner les moyens de produire davantage, de monter en qualité, d'innover, d'investir, de sécuriser et de prospecter les marchés. »
En 2015/2016, les principaux investissements ont porté sur le démarrage d'un nouveau portique de chargement au silo de la presqu'île Elie, pour un coût de 2,5 millions d'euros. Un émotteur/épurateur a aussi été mis en place sur le site pour pré-nettoyer les céréales. Ces investissements ont été récompensés par un prix pour la protection de l'environnement, les IBJ Awards, en novembre dernier.

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Table ronde

L'agriculture, une arme politique ?

La table ronde organisée par Senalia lors de son assemblée générale a donné la parole à quatre experts de la mer Noire, de la Chine, de l'Inde et de l'Amérique du Sud. Ces régions du monde ont pour point commun d'avoir une production céréalière en développement, tant en qualité qu'en quantité. Jean-Jacques Hervé, conseiller pour l'agriculture au ministère des Affaires étrangères et expert de l'Ukraine, a témoigné sur la capacité de la Russie et l'Ukraine à investir massivement pour l'export, avec les technologies les plus avancées. La Russie a équipé un port sur les côtes du Pacifique, Vostochny, près de la frontière chinoise. En Ukraine, l'activité agricole a toujours été maintenue et le fruit de la récolte peut aller jusqu'à 550 euros l'hectare. Pour les deux pays, néanmoins, la question de la corruption est capitale. L'agriculture est souvent pour ces pays une arme politique. En Chine, l'agriculture reste une priorité, synonyme de puissance et de richesse, ainsi qu'un instrument pour bien gouverner le pays. L'Empire du milieu mise sur la sécurité alimentaire et souhaite devenir autosuffisant en produits stratégiques, dont le blé fait partie, comme l'a expliqué Jean-Marc Chaumet de l'Institut de l'élevage. Concernant l'Inde, l'intervenant Cédric Prévost, de l'ambassade de France, a souligné que ce pays était un géant agricole, mais un nain agroalimentaire. 46 % de ses stocks de blé ne parviennent pas jusqu'au consommateur. Quant à l'Amérique du Sud, Leandro Pierbattisti de la fédération argentine des négociants, note que de nouveaux pays comme l'Uruguay et le Paraguay font du volume et de la qualité et commencent à exporter. La France doit donc faire face à de nouveaux concurrents. « La planète blé bouge vite, et la France doit s'activer pour garder une place significative », pense ainsi Jean-François Loiseau, président d'Intercéréales, la discrète interprofession des céréales.

Intercéréales
Intercéréales est l'interprofession française représentative de la production, la commercialisation et la première transformation des céréales (blé tendre, blé dur, orge, maïs, avoine, triticale, seigle, sorgho et riz). Créée à l'initiative des organisations professionnelles du secteur céréalier, elle a été reconnue officiellement par les pouvoirs publics par arrêté du 19 décembre 2003. L'interprofession a pour objet de développer les filières céréalières en France. Elle finance Passion céréales dont le but est de promouvoir la filière, Arvalis à 50 % et France export céréales en totalité.

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