Quand les prix redonnent envie d'élever des moutons
Après des années à composer avec des charges élevées et des cours justes, l'élevage ovin retrouve de l'air. Le prix de l'agneau reste élevé, l'offre française se contracte et les importations reculent. Une équation qui redonne de l'intérêt à l'atelier, à condition de regarder de près le système de production.
Il aura fallu que les moutons manquent pour que leur prix remonte. La production recule, et cette rareté redonne de la valeur aux animaux. En 2025, le cheptel ovin français était tombé à 6,6 millions de têtes, soit 2,9 % de moins qu'un an auparavant et 4,9 % sous la moyenne 2019-2023, selon FranceAgriMer, le service statistique du ministère de l'Agriculture. Le troupeau reproducteur a perdu 11 % en dix ans. Résultat : les naissances d'agneaux ont encore reculé de 1,8 % en 2025 et les abattages d'agneaux issus du troupeau français de 4,2 %.
La rareté redonne de la valeur
La France manque d'agneaux... mais elle en exporte davantage. « En 2025, les importations d'agneaux vivants ont chuté de 41,4 %, à 79 000 têtes », indique FranceAgriMer. Leur part dans les abattages français n'était plus que de 2,8 %, contre 8 % en 2021. Dans le même temps, les exportations françaises ont bondi de 15,2 %, à près de 468 000 agneaux, leur plus haut niveau depuis dix ans. Une équation qui dit beaucoup de la tension sur l'offre européenne et du potentiel de l'élevage français.
C'est là que le marché devient intéressant. En début d'année 2025, l'agneau français avait atteint 10,64 €/kg carcasse en semaine 1, soit 1,80 €/kg de plus qu'un an auparavant. En 2026, malgré le repli saisonnier après Pâques, le niveau est resté élevé : 10,32 €/kg en juin selon Interbev. Début 2026, les importations d'agneaux vivants ont même chuté de 88 % sur un an, notamment avec le recul des flux espagnols. « Le marché français doit composer avec une offre disponible limitée », confirme la conjoncture de FranceAgriMer.
Le potentiel concerne aussi les brebis. Dans une filière qui manque de reproductrices, elles deviennent une ressource stratégique pour reconstituer les troupeaux. Les abattages de brebis de réforme avaient reculé de 6,3 % sur les onze premiers mois de 2025, signe d'une volonté de conserver davantage de femelles.
Bons prix, bons revenus ?
Reste une question : ces bons prix suffisent-ils à faire un bon revenu ? Les écarts entre systèmes ne sont pas anodins. Les références Inosys montrent des coûts de production très différents selon le mode d'élevage. Dans les systèmes étudiés dans le Centre-Ouest, le coût atteignait 17,90 €/kg de carcasse en bergerie, contre 17,20 €/kg en système mixte et 22,80 €/kg en système herbager. Le poste travail pesait 7,90 €/kg en herbager, contre 5 €/kg en bergerie*.
L'herbe ne signifie donc pas automatiquement "moins cher". Elle limite les achats d'aliments, mais demande davantage de foncier, de mécanisation et de temps. À l'inverse, la bergerie affiche une meilleure productivité de la main-d'œuvre dans ces références, mais dépend davantage de l'aliment acheté : 2,80 €/kg de carcasse contre 2,30 €/kg en herbager.
Nombreux leviers
Le bon système n'est donc pas forcément celui qui affiche le meilleur prix de vente, mais celui qui transforme le mieux ce prix en revenu. Les leviers sont nombreux : « productivité des brebis, autonomie alimentaire, valorisation de l'herbe, maîtrise des concentrés... », indique l'Institut de l'élevage (Idele). Celui-ci constate d'ailleurs que la conjoncture 2025 a globalement été favorable aux exploitations ovines, avec une hausse du prix des agneaux. Tous ces éléments indiquent que l'agneau français a une carte à jouer.•
12e Journées techniques ovines : rendez-vous les 14 et 15 octobre à Cesson-Sévigné (35)
Destinées aux techniciens et enseignants des filières ovines allaitantes et laitières, les JTO sont un temps fort pour partager les dernières références, confronter les expériences et échanger sur les évolutions du métier de technicien et des méthodes de conseil.
Ceux journées organisées à Cesson-Sévigné sont particulièrement riches. Elles permettront d'en savoir plus sur :
- la conjoncture des filières ovines viande et lait ;
- l'accompagnement au changement et le travail en élevage ;
- l'alimentation, l'autonomie fourragère et protéique ;
- la reproduction, l'agnelage, le parasitisme et les mammites ;
- le pâturage et les couverts végétaux ;
- l'agrivoltaïsme ovin ;
- les bâtiments et l'évolution des exploitations ;
- l'énergie, les outils numériques, la protection des troupeaux et l'utilisation du drone.
Le mercredi après-midi sera consacré au terrain, avec trois circuits de visites d'élevages autour de la sélection génétique, de l'autonomie fourragère et protéique et de l'évolution des exploitations.
Techniciens, conseillers, enseignants : inscrivez-vous sur https://eboutique.idele.fr/evenement/12e-edition-des-journees-techniques-ovines-jto
Les JTO sont organisées dans le cadre du programme Inn'ovin, avec l'ensemble des partenaires de la filière.
* Les indicateurs de coûts de production 2025 situent le prix de revient nécessaire à une rémunération de 2 Smic entre 10,40 et 13,14 €/kg de carcasse selon les systèmes.