Les méteils dérobés, une solution pour produire plus avec moins d’intrants
À Hestrus, dans le Pas-de-Calais, un dispositif expérimental autour des méteils dérobés a été présenté sur les terres du Gaec des Pierres Blanches, le 20 avril. L’occasion d’aborder l’adaptation des pratiques agricoles, la structure des sols et l’infiltration de l’eau.
À Hestrus, dans le Pas-de-Calais, un dispositif expérimental autour des méteils dérobés a été présenté sur les terres du Gaec des Pierres Blanches, le 20 avril. L’occasion d’aborder l’adaptation des pratiques agricoles, la structure des sols et l’infiltration de l’eau.
Si le foncier agricole se fait de plus en plus rare, la production de fourrage, elle, ne peut pas attendre. « Produire plus, mieux et avec moins de ressources », tel était l’enjeu d’une présentation sur les méteils dérobés au Gaec des Pierres Blanches à Hestrus, dans le Pas-de-Calais, le 20 avril. Cette expérimentation entre dans le cadre du programme agroécologie Canche-Authie, fruit d’une collaboration entre le Symcéa (Syndicat mixte Canche & Authie), le Geda (Groupe d’études et de développement agricole) du Ternois et la Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais.
Le méteil, une alternative au ray-grass
« Il comporte de nombreux avantages comme couvrir les sols en permanence mais surtout limiter l’érosion et le ruissellement », explique Dany Hennebelle, conseiller bovin et fourrage à la Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Ce mélange de céréales et de légumineuses serait une alternative au ray-grass, jugé gourmand en eau, dépendant en intrants et moins performant face à certaines conditions climatiques.
Au-delà de ses atouts agronomiques (limiter l’érosion et le ruissellement), le méteil répond à un enjeu central pour les éleveurs : l’autonomie alimentaire.
Mais au-delà de ses atouts agronomiques, il répond à un enjeu central pour les éleveurs : l’autonomie alimentaire. « Les céréales contiennent des glucides et les légumineuses contiennent des protéines. Le tout est de trouver un équilibre entre les deux qui répondra aux besoins des animaux », poursuit Dany Hennebelle, également animateur au Geda du Ternois.
Sur le terrain, les essais menés depuis trois ans sont prometteurs. Au cœur de la plateforme de 90 microparcelles, plusieurs plantations et combinaisons ont été expérimentées (seigle, vesce, féverole, trèfle, triticale, etc.). Parmi elles, le mélange seigle-vesce offre les meilleurs résultats.
Les observations ont montré un autre avantage du méteil : sa faible dépendance aux intrants. Contrairement au ray-grass, souvent exigeant en fertilisation azotée, le méteil peut être conduit sans apports chimiques importants. En parallèle, une expérimentation menée sur du ray-grass a d’ailleurs montré que l’augmentation des doses d’azote, de 0 à 200 unités, améliore le rendement jusqu’à un certain seuil. « À partir de 100 unités et au-delà, il n’y a pas de gain significatif. En revanche, la teneur en protéines continue d’augmenter avec les doses. C’est intéressant de savoir cela afin de réduire potentiellement sa consommation en intrants », précise Dany Hennebelle.
Des sols bien structurés, une priorité
Au-delà de la production fourragère, cette expérimentation s’inscrit dans une réflexion plus large autour de la gestion de l’eau. « Le sol joue un rôle d’éponge », rappelle Dominique Coquet, vice-président du Symcéa en charge de l’hydraulique douce. « Plus il est couvert, plus l’eau s’infiltre facilement et moins il y a de ruissellement. » Un enjeu loin d’être anodin dans un contexte climatique de plus en plus incertain. Les fortes pluies peuvent rapidement entraîner l’érosion des sols et dégrader les cours d’eau en aval. « Quand l’eau ruisselle, elle emporte la terre avec elle. Et ce qu’on perd ici, on le retrouve dans les vallées », souligne-t-il.
Pour illustrer ces phénomènes, plusieurs démonstrations ont été réalisées lors de l’après-midi. Parmi elles, le test Beerkan, « qui permet de mesurer la capacité d’infiltration de l’eau dans le sol », indique Laurent Salmon, agro-pédologue et conseiller référent pour la Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Le principe est plutôt simple : plusieurs apports d’eau sont réalisés sur une même zone afin d’évaluer la vitesse à laquelle elle pénètre dans le sol.
D’autres outils, comme le test à la bêche, le pénétromètre ou encore l’analyse de profils de sol, ont permis d’observer la structure en profondeur. « Sur cette parcelle, on voit que les sols sont globalement bien structurés, avec une bonne activité biologique, mais qu’ils peuvent rester fragiles en surface », explique Laurent Salmon.
Une meilleure infiltration de l’eau
Les observations sont encourageantes : les parcelles couvertes, notamment par des méteils, présentent une meilleure infiltration de l’eau et une résistance plus forte à l’érosion. À l’inverse, les sols nus ou peu protégés sont plus sensibles au phénomène de battance, qui limite la pénétration de l’eau et favorise le ruissellement.
Selon certains intervenants, dans ce contexte, la couverture hivernale des sols, imposée par la directive nitrates, apparaît « moins comme une contrainte que comme une opportunité ». « Il faut réussir à transformer cette obligation en avantage pour l’exploitation », soulignent-ils.
À travers cette expérimentation, l’objectif des divers contributeurs était multiple : « On voulait montrer que le méteil est une culture qui répond à plein d’avantages et surtout lever certaines contraintes agroéconomiques », conclut Florine Ducellier, chargée de mission agroécologie au Symcéa.•