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Le camembert ambitionne d’être la deuxième AOP fromagère

Lors d’une visite d’exploitation suivie d’une table ronde à Vimoutiers (61), les acteurs de la grande AOP ont renouvelé leurs engagements : six mois de pâturage, retour des normandes, troupeaux nourris sans OGM.



« La guerre est finie. Les derniers francs-tireurs, rangez vos outils. Nous levons la confusion : le camembert fabriqué en Normandie se transforme en camembert de Normandie AOP. Je me réjouis de la grande AOP, qui tire tout le monde vers le haut. Nous mettons le doigt dans l’engrenage de la qualité », a introduit Patrick Mercier, président de l’AOP camembert de Normandie, producteur fermier, lors de la présentation du projet aux élus de la Région le 25 janvier dans l’Orne. Les acteurs de la filière construisent le cahier des charges de la nouvelle grande AOP du camembert pour 2021. Celle-ci réunira deux niveaux de production : le véritable et le cœur de gamme.

Avancée sur l’étiquetage
Le véritable camembert de Normandie au lait cru, moulé à la louche, produit avec des troupeaux composés à 65 % et plus de vaches de race normande, pâturant six mois minimum, nourries sans OGM.
« Nous allons assister à une montée en gamme évidente du cœur de gamme, a poursuivi Bruno Lefèvre, membre de l’AOP et du syndicat des fabricants de camembert. Le cœur de gamme, qui autorise le traitement du lait, aura pour exigences 30 % de normandes minimum dans le troupeau, pâturant six mois, nourries sans OGM et avec 20 % d’herbe dans la ration toute l’année. » Bruno Lefèvre a également rassuré sur l’étiquetage des futurs fromages. « Le consommateur saura reconnaître du premier coup d’œil le véritable camembert et le cœur de gamme. Le traitement du lait sera marqué sur la face avant de la boîte, au même endroit sur les étiquettes, quelle que soit la marque. » S’il ne s’inquiète pas sur la fabrication, Bruno Lefèvre souligne qu’il « faudra trouver du lait et gérer son coût de collecte ».

La Région en appui
Clotilde Eudier, vice-présidente de la Région Normandie chargée de l’agriculture, annonce « 380 000 euros accordés le mois dernier par la Région pour mettre en place l’AOP. L’éleveur est au cœur du projet, il faut aller chercher les producteurs ». Des aides individuelles à la « normandisation » existent déjà : 460 euros par vache laitière normande ; 100 euros par génisse ; 100 euros par embryon. « L’an dernier, 250 000 euros ont été consommés. »
Marie Guittard, présidente de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) salue un « calendrier très exigeant. Trois ans, c’est court. Il faut le respecter pour la crédibilité de la démarche ».
Selon elle, la grande AOP va embarquer les producteurs dans une « résistance à la volatilité des cours mondiaux » et maintenir les exploitations dans « des conditions rémunératrices.
Les producteurs historiques ne doivent pas la redouter ». Et de conclure : « à Bruxelles et au Japon, vos travaux sont suivis de très près. Vous pouvez compter sur l’exigence du comité de l’Inao car, in fine, c’est lui qui va valider le cahier des charges ».

25 000 normandes supplémentaires
La grande AOP camembert de Normandie concerne 7 200 éleveurs potentiels.
« Nous souhaitons en faire entrer deux mille, espère Jocelyn Pesqueux, président de l’Interprofession laitière normande et producteur de lait à Allouville-Bellefosse (76). Si nous y arrivons, nous serons la deuxième AOP française, derrière le comté. » Il annonce aussi la mise en vente de 1 500 à 2 000 normandes, « en attente depuis quatre ou cinq mois ». En nombre de têtes dans le troupeau normand, ce serait « 25 000 vaches supplémentaires », annonce Benoît Duval. Le vice-président de l’Union des producteurs de lait en AOP et producteur de lait, voit là une opportunité de « se déconnecter partiellement des cours mondiaux du lait. Le prix sera calculé selon la valeur de nos fromages ».
Le retour de l’herbe dans la ration des vaches et six mois de pâturage répondent à une attente des consommateurs. Benoît Duval annonce un double impact : « l’amélioration gustative des produits et des bénéfices sur la santé humaine grâce à une diminution de l’utilisation de produits phytosanitaires ». Le cahier des charges prévoit l’implantation de haies dans le bocage. Idem : réponse aux attentes des consommateurs. Avec une action sur « le captage du carbone et le bien-être animal via une diminution des antibiotiques ».
Objectif : « redonner de la valeur ajoutée au paysage normand. La race normande repart à la conquête de son territoire pour sauver son terroir et ses paysans ».

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