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ANNE-MARIE DENIS, présidente de la FRSEA de Normandie
"L'administration ne répond pas à nos questions"

Unanimement, la profession agricole normande s'oppose à l'obligation de réimplantation des prairies édictée par la conditionnalité Pac. La présidente de la FRSEA s'explique.

Anne-Marie Denis, présidente de la FRSEA de Normandie
© FRSEA

Le couperet est tombé, la Normandie est sous le coup de l'obligation de réimplanter des prairies. Comment réagissez-vous ?

"Je suis en colère parce que l'administration ne répond pas à nos questions. Personne ne comprend ce calcul et on nous dit que tout est bordé, que rien ne peut changer. Même le ministre de l'Agriculture reconnaît à Alençon la semaine dernière des ''problèmes de dénombrement''. Mais il n'y a rien à faire, ni ses services centraux, ni ses services déconcentrés en région ne peuvent nous donner de précisions. On n'arrive pas à payer les aides Pac, des dossiers sont perdus, on se croirait revenu huit ans en arrière avec un outil informatique qui ne suit pas. Mais l'administration arrive à produire un ratio de prairies permanentes et maintient qu'il est fiable et immuable".

Vous contestez le calcul du ratio ?

"Évidemment. Beaucoup de prairies n'apparaissent plus dans les déclarations Pac, ce n'est pas pour cela qu'elles n'existent plus. Je pense aux agriculteurs de plus de 67 ans, à de nombreux éleveurs équins qui ne déclarent plus leurs surfaces. Impossible non plus d'obtenir des chiffres sur les terres urbanisées et boisées. Bref, des prairies n'apparaissent plus dans les statistiques et c'est aux agriculteurs qu'on le fait payer".

Maintenant, les agriculteurs vont se voir notifier l'obligation de réimplanter des prairies, comment cela va-t-il se passer ?

"J'imagine que 4 271 agriculteurs vont recevoir la notification de leur obligation de réimplantation. Cela devrait arriver pendant la période des fêtes, à un moment où la majorité des services est en congés. Qui va répondre aux agriculteurs ? Je ne suis pas certaine que les agents de l'administration annulent leurs vacances pour répondre aux questions des agriculteurs qui vont recevoir cette mauvaise surprise. Malgré cela, les délais vont être contraints et les demandes de dérogations seront à produire pour le 15 janvier".

2024 est-il une mauvaise année ou cette situation est-elle appelée à durer ?

"Elle est appelée à durer tant qu'on ne change pas les modalités du calcul. Je pense notamment que le ratio devrait être apprécié au niveau national. Cela permettrait une certaine péréquation car la raison de fond de la dégradation du taux de prairies permanentes, c'est le recul de l'élevage et cela ne va pas s'arrêter demain matin, par la grâce d'un arrêté du ministre de l'Agriculture. Donc oui, cela va continuer. D'autant que nous avons toute l'année pour réimplanter. Cela signifie que les déclarations Pac de 2024 ne prendront pas en compte toutes les réimplantations. Évidemment, j'encourage ceux qui doivent réimplanter à le faire dès ce printemps si c'est possible. L'objectif est de repasser sous un taux de dégradation de 5 % pour sortir du régime d'interdiction et l'obligation de réimplanter. Le challenge est majeur".

Maintenir les prairies permanentes, c'est aussi une bonne chose dans la lutte contre le changement climatique, non ?

"Sans doute, mais quand, dans le même temps, on nous demande de réduire le cheptel de ruminants pour le même motif, on fait comment ? Ces prairies, on va en faire quoi si l'élevage continue de reculer ? Décidément, on marche sur la tête et le ministère semble bien apprécier cette farce". •

Propos recueillis par Joël Rébillard.

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