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La majorité des fourrages sont déficients en minéraux et oligo-éléments

Des césariennes à répétition ? De mauvaises préparations au vêlage ? Des retournements de matrices trop fréquents ? Des non-délivrances ?  Des fièvres de lait ? Il est peut-être pertinent de revoir l'alimentation de son troupeau. C'est le travail d'Alexandre Tabesse qui reprend les caractéristiques de l'élevage et de la ration, et éventuellement la modifie en proposant une formulation personnalisée.

Alexandre Tabesse, ingénieur agricole chez AgriPerf.
Alexandre Tabesse, ingénieur agricole chez AgriPerf.
© AgriPerf

Alexandre Tabesse, ingénieur en agriculture, s'est formé à l'alimentation de la vache laitière. Il travaille chez AgriPerf, une marque de ClinicVet, qui fait du contrôle laitier, apporte du conseil en nutrition et propose différentes formulations de minéraux à la carte (formulations fabriquées chez Alliance Nutrition Animale à Doullens, dans la Somme), tenant compte des particularités du troupeau.

Les conduites actuelles ne couvrent systématiquement pas tous les besoins

" Beaucoup de pathologies, de troubles métaboliques sont dus à des déséquilibres dans l'alimentation. L'hypocalcémie dont la forme la plus grave est la fièvre de lait par exemple est typiquement alimentaire. Souvent négligée, la complémentation en oligo-éléments et vitamines des troupeaux bovins est un enjeu dans la bonne santé des animaux ". Quelques exemples : 

  • les carences ou excès en calcium et phosphore favorisent les fièvres de lait mais s'il y a trop de calcium à disposition dans l'organisme de l'animal, celui-ci n'en mobilise pas au vêlage, moment où il y a une grosse exportation ;
  • la vitamine E et le sélénium ont un rôle sur l'immunité ; la vitamine A favorise la nidification de l'embryon mais également l'expression des chaleurs ;
  • certains troubles cutanés viennent de carences en cuivre et zinc.

Les problèmes de santé chez les jeunes animaux sont parfois dus à des carences en oligo-éléments chez la mère : par exemple, la complémentation en sélénium limite les risques de myopathie, de mortinatalité et de diarrhée du veau. La biotine (à partir de 20 mg par jour) est efficace pour limiter les ongles mous, responsables de boiteries...

Les minéraux, oligo-éléments et vitamines jouent donc un rôle essentiel sur la santé des bovins, au niveau de la production, la reproduction, la facilité de vêlage et l'immunité. Mais dans ses diagnostics de ration chez les éleveurs, Alexandre Tabesse constate que les conduites alimentaires actuelles ne comblent pas tous les besoins des bovins qui n'ont pas de grosses capacités de stockage des oligo-éléments et des vitamines.

Il est en premier lieu utile de revoir le statut sanguin des animaux pour mettre en évidence d'éventuelles carences. Puis de faire analyser tous les fourrages de la ration qui sont souvent en déficit d'oligo-éléments et de minéraux.

Des fourrages de moins en moins riches en oligo-éléments

" En exportant leur fourrage, et en ne fertilisant pas forcément de manière raisonnée, certains éleveurs appauvrissent leur sol, et donc les plantes qui sont moins riches en oligo-éléments. Couvrir les besoins en oligo-éléments avec un apport quotidien dans les rations, c'est apporter ce que l'on ne trouve plus dans les fourrages. Il serait sûrement plus intéressant d'enrichir son sol plutôt que la ration. Mais ce n'est pas courant d'apporter des oligo-éléments sur ses cultures. Si l'oligo-élément était dans la plante, il serait mieux assimilé par l'animal qu'incorporé dans la ration ", explique Alexandre Tabesse qui a suivi une formation avec Christophe Sudraud, vétérinaire en Bourgogne sur l'interaction entre le sol, la plante et les animaux.

Amener le minéral sur l'herbe

Ce dernier met en avant l'importance de la construction d'un système fourrager permettant de rendre aux sols, et donc aux plantes, leur valeur nutritive en vitamines, oligo-éléments et minéraux. " La fertilisation des prairies est encore trop basée sur l'azote, alors qu'il faudrait surtout penser à couvrir les besoins des autres éléments ", ajoute Alexandre Tabesse.

Pour Christophe Sudraud, un dysfonctionnement du sol ne peut pas permettre une bonne nutrition de la prairie et des déséquilibres minéraux peuvent s'installer sur les vaches. Il donne l'exemple d'un pH faible qui va jouer sur la disponibilité du calcium pour les plantes, calcium dont les ruminants ont besoin quotidiennement. Autre exemple : un sol trop riche en potasse va induire une réduction de l'absorption du magnésium. La carence sévère en magnésium peut aboutir parfois à une tétanie d'herbe et parfois à la mort de la vache. " La complémentation permet de bien corriger les dysfonctionnements de l'herbe mais si on amenait plutôt le minéral sur l'herbe, on éviterait les carences et on aurait une prairie plus productive et pas carencée ", tient à préciser Alexandre Tabesse.

Bien gérer la Baca

Pour des vaches qui se préparent mal au vêlage, et ont des césariennes fréquentes, il est intéressant de revoir la ration et de corriger la Baca (balance anions-cations). Si elle est trop élevée, la vache ne mobilise pas et si la Baca est trop basse, elle exporte son calcium. " Avant le vêlage, le calcul de la Baca est intéressant pour voir si l'animal pourra mobiliser son calcium. Une Baca doit être entre 0 et 50 lors de la préparation au vêlage et une vache en lactation a une Baca de 230. Cette différence peut être comblée par un complément sous forme de chlorure. Un pH urinaire permet de gérer une Baca et, environ 3 semaines avant le vêlage, il est toujours possible de la corriger ", précise le conseiller d'AgriPerf qui met l'accent sur les risques d'une ration de préparation au vêlage à base d'herbe qui fait fortement monter la Baca.

La situation économique étant aujourd'hui plus favorable, Alexandre Tabesse constate que les éleveurs augmentent les teneurs en vitamines, oligo-éléments dans leur ration et ils s'aperçoivent que cela se passe mieux. " Prendre soin des sols, pour avoir du fourrage de qualité, et donc pour avoir des animaux en bonne santé est une idée qui est de plus en plus reconnue par les éleveurs ", conclut-il.

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