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Des hausses de prix excessives pour l'industrie du lin

Les Hivernales de l'AGPL proposent chaque année des rendez-vous d'échanges avec les adhérents liniculteurs de l'association. À cette occasion, le 16 janvier, Bertrand Gomart, son président, a fait le point sur la situation du marché du lin textile.

Les Hivernales de l'Association générale des producteurs de lin (AGPL) permettent aux liniculteurs de s'informer sur l'actualité du lin textile. En introduction ce 16 janvier, Bertrand Gomart a dressé un premier constat sur l'état du marché. " Lors de la crise sanitaire, l'AGPL avait conseillé aux producteurs de réduire leurs emblavements en lin. Mais le marché est reparti plus vite que prévu et aujourd'hui il peut absorber beaucoup plus que le plafond de 150 000 tonnes de lin teillé produites ces dernières années par les trois principaux pays producteurs, France, Belgique et Pays-Bas. Tout ce qui est produit est vendu, le stock est quasiment nul et la courbe des prix grimpe, prouvant que le marché est en demande "

Fin octobre 2023, le prix était arrivé à 5,94 euros le kilo de lin teillé. Depuis, l'AGPL a rencontré des clients chinois qui ont montré qu'ils étaient capables d'absorber beaucoup plus de lin. Ils agrandissent leurs filatures et installent encore beaucoup de broches. Ils sont donc demandeurs et, depuis octobre, les prix continuent de grimper. Ils sont de 8 à 9 euros en moyenne aujourd'hui, avec une fourchette qui varie de 10 euros à 6 euros pour ceux qui sont de moins bonne qualité.

Achat de fibres courtes pour baisser les coûts

Concernant les fibres courtes, les prix ont augmenté au fur et à mesure que les prix de la fibre longue grimpaient. Pour baisser le prix de fabrication du fil, certains filateurs préfèrent acheter de la fibre courte de qualité qu'ils intègrent dans leur process. 

" Nous sommes aujourd'hui à 1,04 euro de moyenne pour la fibre courte. C'était le prix de la fibre longue il y a dix ans ", a rappelé Bertrand Gomart qui a précisé que toutes les productions ont retrouvé des niveaux de prix d'avant Covid, sauf le lin et la betterave. " Le coton est également revenu à des niveaux de prix équivalents d'avant Covid. Aujourd'hui, en fibres longues, nous sommes décalés par rapport au reste du marché. Cela va payer notre mauvaise récolte 2023 mais sincèrement ce n'est pas raisonnable ni durable ".

Maintenir les surfaces et continuer d'investir

Tous les ans, les teillages européens informent sur leur plan de production : la prévision pour la campagne 2023-2024 est de 108 000 tonnes de lin teillé contre 150 000 tonnes pour la campagne 2022-2023. 

Puisque la Chine demande plus de lin que ce que l'Europe peut lui fournir aujourd'hui, elle s'approvisionne également en Égypte (16 000 tonnes). L'Inde commence également à aller chercher ailleurs qu'en Europe pour alimenter ses outils de transformation.

Le fil chinois se vend aujourd'hui autour de 20 dollars le kilo, et les entreprises de tissage ne sont plus capables d'absorber ces hausses de prix si brutales. " Il y a des tisseurs qui se détournent du lin ou qui vont en mettre moins dans leur collection. Ils font plus de mélanges. Aujourd'hui, l'ensemble des filateurs européens nous demandent de faire un effort sur le prix des fibres longues. Ils achètent entre 7 et 8 % de la production européenne "

De nouvelles zones s'intéressent au lin

À ce jour, pour la récolte 2023, le rendement moyen de pailles est estimé à 4,1 tonnes/ha pour la France, la Belgique et les Pays-Bas, avec une moyenne de 600 kilos à l'hectare de fibres. La Seine-Maritime est autour de 800 kilos. Dans la Marne et dans l'Aisne, c'est plutôt 400 kilos, et 600 kilos dans le Nord. Pour la Belgique et les Pays-Bas, c'est une catastrophe avec 300 kilos par hectare. Les meilleurs rendements se trouvent dans le Calvados grâce aux emblavements importants en lin d'hiver. Bertrand Gomart a précisé que 6 % des surfaces n'ont pas pu être récoltées en France. 

Sur le lin d'hiver, la progression des surfaces est importante : de 5 000 hectares en 2022, nous sommes passés à 30 000 hectares pour la récolte 2024. 

Avec les prix actuels du lin, de nouvelles zones s'intéressent au lin : c'est le cas de la Bretagne où il y a un projet de teillage et de filature. Des teilleurs belges essaient également de cultiver du lin près d'Édimbourg en Écosse.

En dehors de la zone euro, l'Égypte augmente aussi ses surfaces : dans le delta du Nil, les surfaces ont été multipliées par cinq avec des rendements d'environ une tonne de fibres longues par hectare. Pour le moment, la production en Russie et Biélorussie reste domestique mais les intentions pourraient changer avec l'ambition de développer la culture du lin…

" L'AGPL demande donc aux producteurs de maintenir leurs surfaces de lin et de continuer à investir dans du matériel spécifique pour produire et stocker du lin de qualité ", a fait savoir en conclusion Bertrand Gomart.•

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