Campagne 2025 : bilan jaunisse de l'ITB en Normandie
La qualité d'implantation, la date de semis et les aphicides bien positionnés ont été les trois facteurs pour limiter le risque jaunisse en 2025.
La qualité d'implantation, la date de semis et les aphicides bien positionnés ont été les trois facteurs pour limiter le risque jaunisse en 2025.
Lors du comité technique de l'ITB (Institut technique de la betterave) le 13 janvier dernier, Alexandre Métais, responsable régional de l'institut pour la Normandie et le Val-d'Oise, est revenu sur la campagne 2025 en ce qui concerne la jaunisse.
Les pucerons sont arrivés tôt
« En 2025, nous avons eu 90 % des parcelles avec moins de 10 % de jaunisse. Et sur ces parcelles, la gravité moyenne a été estimée à 2 %. Cela fait moins de 1 % de perte de rendement. Dans l'Eure et le Val-d'Oise, il y a quand même plus de 20 % des parcelles qui ont eu plus de 10 % de jaunisse », annonce Alexandre Métais.
Les pucerons sont arrivés relativement tôt, fin avril. Le seuil de risque était atteint et des vols de pucerons ont été constatés durant tout le mois de mai, jusqu'à la couverture du sol. C'est pourquoi les notes d'information ont conseillé trois interventions (25 avril ; 7 mai ; 19 mai).
La particularité de l'année 2025 est la présence très fréquente des pucerons noirs qui sont arrivés également très tôt (fin avril) et qui sont montés en puissance tout au long du printemps.
Une expérimentation a montré que le puceron vert est capable de transmettre tous les virus et que le puceron noir joue un rôle dans la dissémination du virus BYV (le virus le plus grave et le plus fréquent), mais seulement en cas de présence du puceron vert. En cas de cohabitation des deux pucerons, il a été constaté une amplification des symptômes de jaunisse.
Pour le BCHV, c'est le puceron vert qui est le plus dangereux en termes de dissémination mais en cas de cohabitation, il n'y a pas d'amplification de la gravité.
Au niveau des aphicides, « Teppeki et Movento sont efficaces mais ont une persistance d'action assez limitée quand on est sur des printemps avec des vols de pucerons réguliers.10 à 12 jours après l'intervention, il est souvent nécessaire d'intervenir à nouveau ».
Sur les parcelles très touchées, une enquête nationale a été réalisée en fin d'été 2025 pour essayer de voir s'il y a des facteurs communs à ces situations.
Qualité d'implantation
Le premier facteur à risque est la qualité d'implantation : le 22 mars, des orages sur le Vexin normand ont entraîné des problèmes de battance et de levée. Dans ces situations, il a été observé plus de jaunisse.
« Nous avons également constaté que sur les semis plus tardifs de début avril, des graines se sont retrouvées dans le sec, et il y a eu des deuxièmes levées. Sur ces deuxièmes levées, nous avons observé également plus de jaunisse. Ce phénomène avait déjà été constaté par le passé. L'objectif est donc d'avoir une levée homogène et d'arriver rapidement à la couverture du sol. La qualité d'implantation, c'est l'expertise de l'agriculteur sur le travail de son sol, la fertilité de sa parcelle et bien sûr le climat que l'on ne maîtrise pas ».
Application des aphicides
Le second facteur à risque est le positionnement et le nombre des aphicides. Les parcelles qui ont reçu un aphicide ou deux ont montré plus de jaunisse. « Aujourd'hui, les solutions aphicides que les producteurs ont à leur disposition ne permettent pas d'avoir zéro jaunisse. Dans nos essais, nous terminons avec trois aphicides à une gravité de 5 %. En moyenne sur ce type d'essai, en pluriannuel, nous sommes autour de 3 %. Pour raisonner au mieux les interventions du printemps, il est important de se tenir informé avec les outils à disposition : l'outil Alerte Pucerons et les notes d'information fournissant une analyse du risque ».
Ne pas hésiter à semer dès le 15 mars
Le troisième facteur de risque est la date de semis identifié. Le semis précoce (au 21 mars, qui est la date médiane pour 2025) a permis d'avoir une avance de végétation quand les premiers pucerons sont observés. On commence à protéger les betteraves fin avril sur des plantes à deux feuilles et on protège jusqu'à début juin à la couverture du sol. Dans ce cas, l'exposition au risque pucerons est de 37 jours.
Dans le cas de semis plus tardifs, autour du 15 avril, les betteraves sont déjà exposées aux pucerons dès leur levée. Plus la contamination est précoce, plus l'impact vis-à-vis de la jaunisse sera important. Dans cette situation, les betteraves doivent être protégées jusqu'à la mi-juin. Les plantes ont été exposées au risque pucerons sur 52 jours. « Semer précocement est un gage de productivité. Les très bons rendements de cette année s'expliquent en partie par une date de semis précoce mais c'est aussi un moyen de limiter la jaunisse ».
Le PNRI-C, où en est-on ?
Audrey Fabarez, coordinatrice des Fermes pilotes d'expérimentation du PNRI-C (Plan national de recherche et innovation consolidé qui a succédé au PNRI en 2024) à l'ITB, a présenté les quelques solutions qui sont testées dans ce plan :
- les plantes compagnes (avoine rude et orge de printemps principalement) semées en couvert avec les betteraves, et détruites au stade 4 feuilles des betteraves. Le stade de destruction est important pour éviter de s'exposer au risque de concurrence ;
- des phéromones sont positionnées dès la colonisation des pucerons dans la parcelle qui permettent de limiter de nouvelles colonisations et de circonscrire l'alimentation et la reproduction. Sont également testées des phéromones qui agissent sur les coccinelles en les attirant dans la parcelle ;
- d'un point de vue des auxiliaires, des essais sont également réalisés sur l'épandage de larves de chrysopes qui, en quantité suffisante, peut contenir les populations de pucerons ;
- des produits de biocontrôle sont étudiés, comme des champignons pathogènes et de l'huile de paraffine Illion, aujourd'hui homologuée, qui crée un film sur la surface de la feuille ;
Depuis les cinq années d'essais, les plantes compagnes montrent une efficacité plutôt intéressante (50 à 60 %), en complément des aphicides. Pour les autres solutions, les efficacités sont un peu plus hétérogènes mais la recherche va se poursuivre.
En toute fin de réunion, il a été rappelé la date du prochain comité technique ITB spécial jaunisse, fixé au 3 février à 9 heures, en visioconférence.•