Campagne 2025 : bilan désherbage de l'ITB en Normandie
L'ITB dresse un bilan de la qualité du désherbage de la dernière campagne en Normandie et formule ses conseils : observer ses parcelles de betteraves, adapter le programme en fonction de la flore et du climat et privilégier la combinaison des leviers.
L'ITB dresse un bilan de la qualité du désherbage de la dernière campagne en Normandie et formule ses conseils : observer ses parcelles de betteraves, adapter le programme en fonction de la flore et du climat et privilégier la combinaison des leviers.
Lors du comité technique de l'ITB (Institut technique de la betterave) le 13 janvier dernier, Alexandre Métais, responsable régional de l'ITB pour la Normandie et le Val-d'Oise, est revenu sur la campagne 2025 en ce qui concerne le désherbage.« Le niveau de propreté des parcelles de betteraves sucrières a été en retrait cette année par rapport à la moyenne 5 ans. Ce résultat s'explique par les conditions sèches du printemps, surtout marqué pour le secteur de l'Eure et du Val-d'Oise. En Seine-Maritime, les quelques passages d'eau ont facilité l'efficacité. Mais être efficace en condition sèche, c'est possible à condition de bien respecter quelques fondamentaux ». Notamment sur la cadence de traitement qui doit être encore plus importante en année sèche.
Efficacité en année sèche, c'est possible
« Cette année, la cadence de traitement a été bien maintenue jusqu'au T3 avec une maîtrise des adventices plutôt satisfaisante. En revanche, dans certaines situations, entre le T3 et le T4, des intervalles de 15 jours ont rendu les chénopodes de 2 à 4 feuilles plus compliqués à maîtriser. Il est donc important de bien observer ses parcelles jusqu'à la couverture du sol pour ne pas se faire déborder ».
La qualité de pulvérisation est également encore plus importante les années sèches : « Avec des produits de contact sur petites adventices, il faut une bonne surface de couverture et c'est la buse à fente la plus appropriée ».
Dans les fondamentaux, il est également important d'adapter son programme en fonction des conditions de l'année. Le chénopode reste une adventice assez compliquée à maîtriser sur betterave et encore plus les années sèches. Une synthèse de six essais réalisés sur le territoire national met en évidence que l'augmentation de la dose du BTGV permet d'aller chercher deux points d'efficacité. « Sur chénopode, c'est surtout l'augmentation des doses du Betanal, du Tramat et du Goltix qui permettent d'aller chercher de l'efficacité. Le meilleur des programmes est celui ou le Centium (dès le T1) a été introduit. C'est un très bon produit sur chénopodes et en année sèche ».
La ravenelle concerne surtout les parcelles de Seine-Maritime. « Cette adventice ne posait pas de souci quand les producteurs avaient la possibilité d'utiliser le Safari, mais il y a quand même moyen d'arriver à une efficacité satisfaisante. La pré-émergence n'a aucun intérêt. Le programme qui a présenté la meilleure efficacité dans les essais est celui où les doses de BTGV ont été augmentées (Betanal 1,2 l/ha ; Tramat 0,3 l/ha ; Goltix 0,5 l/ha ; Venzar 0,2 l/ha) ».
C'est surtout le Phenmédiphame (PMP) qui augmente l'efficacité, même les années humides. 1 litre de Betanal sur grosse pression ravenelle est donc nécessaire.
Technologie Smart, dans certaines situations
Alexandre Métais est revenu sur la technologie Smart qui arrive à sa 4e année d'utilisation. Cette technologie basée sur l'utilisation de variétés tolérantes à un herbicide de la famille des sulfonylurées (Conviso One) est à réserver dans une situation de betteraves adventices ou de forte pression ombellifère.
« Si le producteur désherbe facilement avec BTGV, il n'a pas d'intérêt aujourd'hui à s'orienter vers cette technique, sauf à aller chercher du confort pour réduire le nombre de passages. En prenant en compte le coût des produits, l'économie des passages, le coût des semences (surcoût pour Smart de 160 euros de l'hectare), et le delta de productivité, on arrive à un surcoût de 250-300 euros de l'hectare en défaveur de la technologie. J'ajoute qu'en présence d'adventices résistantes aux ALS, c'est une technique qu'il faut éviter ».
Le contrôle des ray-grass fait partie de la problématique dans beaucoup de secteurs et monte aussi en Seine- Maritime. « En présence de ray-grass résistant, l'association des deux DIM à pleine dose, Centurion et Stratos, avec de l'Isard (0,6 l/ha) et une double adjuvantation (huile 2 l/ha et actimum 1 l/ha) permet d'être le plus efficace, sans risque sur la sélectivité ».
Combinaison des leviers
« Nos herbicides ne sont pas efficaces à 100 %. Pour aller chercher de l'efficacité et limiter le développement de la résistance, il est nécessaire de combiner chimique et mécanique. Nous travaillons sur la combinaison des leviers avec un essai à Écauville, dans l'Eure, en situation de grosse infestation de ray-grass. Nous cherchions non pas à diminuer l'utilisation des herbicides mais à les complémenter ».
La modalité où il a été combiné un faux-semis de début mars après un labour de mi-janvier a permis de réduire de 50 à 60 % la quantité de ray-grass au mètre carré.
La modalité qui combine le faux-semis, le désherbage mécanique et la base chimique est la plus efficace : le passage de la herse étrille au stade 2-4 feuilles naissantes des betteraves a procuré une efficacité entre 20 et 25 % sur ray-grass. Le passage de bineuse au stade 10-12 feuilles de la betterave, après le désherbage chimique, sur des betteraves à 10-12 feuilles, est venu compléter l'efficacité sur la partie interrang.
« Malgré un gros programme herbicide, nous sommes passés d'une situation très insuffisante à une situation satisfaisante avec la combinaison de leviers. Le coût est élevé mais dans certaines situations, cela semble indispensable de baisser la concurrence vis-à-vis de la betterave et d'avoir de la durabilité pour les autres cultures à suivre ».•