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« Avant de parler de travail du sol, il faut d’abord tout le reste »

Agriculteur bio à Attichy (Oise) sur 250 ha, Xavier Piot cultive entre 10 et 15 espèces différentes chaque année. Sa vision du désherbage bouscule les idées reçues : le travail du sol n’est pas la première réponse aux adventices, c’est la dernière.

Xavier Piot, agriculteur bio, mise davantage sur l’agronomie pour se défendre contre les adventices.
© Agora

Quand on interroge Xavier Piot sur sa stratégie de travail du sol pour gérer les adventices, il repose d’emblée les termes du débat. « La gestion des adventices, ce n’est pas du tout une question de travail du sol. C’est une question de longueur de rotation, de changement de rythme des plantes dans les champs, de plantes compagnes qui empêchent les adventices de pousser. Le désherbage mécanique arrive en troisième ou quatrième position. »

Savoir identifier ces adventices

Une hiérarchie de leviers qu’il a construite sur 15 ans de progression agronomique, depuis la reprise d’une ferme épuisée par une rotation courte betterave-pomme de terre-blé pratiquée pendant 40 ans. « Les adventices ne sont pas là pour nous embêter. Elles nous disent dans quel équilibre bactéries-champignons se trouve notre sol. Un sol qui a un bon taux de fertilité ne va pas lancer beaucoup d’adventices. »
La première ligne de défense est donc agronomique : allonger les rotations, couvrir le sol en permanence, rééquilibrer la chimie du sol via des analyses Albrecht et des apports d’oligo­éléments ciblés. Mais c’est l’usage des ferments lactiques qui illustre le mieux son approche. Il raconte une expérience involontaire menée cette année sur deux parcelles au précédent et au labour identiques, semées le même jour, l’une en betterave, l’autre en lin. « Bêtement, j’ai oublié de passer les ferments lactiques avant les betteraves. Dans mes betteraves, j’ai un tapis de renouées et de chénopodes. Dans mon lin où j’ai appliqué les ferments juste avant le semis, j’ai quatre chénopodes au mètre carré. C’est quand même stupéfiant. Avant d’utiliser du fioul et de la ferraille, il y a d’autres leviers. »

C’est la herse étrille qui tourne le plus, deux à trois fois par parcelle.

Le travail du sol, un outil parmi d’autres

Lorsqu’il faut quand même « passer à la lutte », Xavier Piot dispose d’une herse étrille, d’une houe rotative, d’une bineuse à 25 cm et d’une bineuse à 50 cm. Mais la bineuse, présentée au départ comme le “pilier du désherbage”, ne s’avère utile que de façon occasionnelle – le lin, quelques passages sur les céréales en bordure. C’est la herse étrille qui tourne le plus, deux à trois fois par parcelle. « Depuis que je l’ai, je ne comprends même pas pourquoi nous n’en possédons pas tous dans nos fermes. Sur les 250 ha que fait la ferme, on arrive à avoir 80-90 % des parcelles propres. »
Les couverts végétaux, semés à la volée dans les céréales en mars et tout verts sous la coupe de la batteuse, jouent eux aussi un rôle central en empêchant les parcelles de se salir après la moisson tout en stockant du carbone de l’azote (entre 100 et 500 unités avec un trèfle blanc).

L’exemple du colza résume bien sa philosophie. Il sème simultanément des féveroles, du sarrasin, de la lentille et du trèfle blanc comme plantes compagnes. Résultat : « Je ne bine pas mes colzas, je n’y passe pas la herse. Je fais du colza à 30-40 quintaux sans fertilisation azotée (juste du souffre et du bore) ni désherbage. En fait, je fais de meilleurs colzas depuis que je suis en bio. »•
 

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