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Une rencontre pour établir un dialogue constructif avec ses voisins.

Les groupements féminins de Seine-Maritime ont proposé une journée de rencontre agriculteurs-non agriculteurs.

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Le sociologue Eric Birlouez encourage le monde agricole à ouvrir les portes des fermes et a présenter le métier avec simplicité et franchise.
© Catherine Hennebert

Dans leurs nombreuses actions, les groupements féminins de développement agricole et rurales ont toujours voulu être au coeur des préoccupations sociétales. Leur fédération départementale a organisé le 28 novembre à Yerville une rencontre agriculteurs-non agriculteurs pour partager les préoccupations et rétablir un dialogue constructif.

Cette journée animée par le sociologue de l'agriculture et de l'alimentation Éric Birlouez a connu un grand succès. La journée a commencé par des petites saynètes amusantes qui montrent du doigt quelques paradoxes : « acheter sa langue de boeuf qui vient de l'autre bout de la planète » ; « râler contre son voisin qui pulvérise son champ mais traiter son chien contre les puces » ; « le contrôleur qui demande à l'éleveur de détacher ses veaux pour le bien-être animal mais qui souhaite que le chien de la ferme soit en laisse pour protéger le laitier » ; « arrêter de manger de la viande pour protéger la planète et partir en avion à l'autre bout du monde... » Que du vécu !

 

Comprendre les inquiétudes de l'autre

Ce que l'on appelle aujourd'hui l'agribashing est en train de provoquer des fractures entre le monde agricole qui se sent rejeté et le reste de la société qui a des exigences de plus en plus affirmées en matière de protection de notre planète.

Les deux mondes ont du mal à se comprendre et à se parler. Les agriculteurs ne se sentent pas aimés et pourtant neuf Français sur dix ont une bonne opinion des agriculteurs, 74 % ont confiance en eux, 70 % de la population est prête à payer plus cher pour permettre aux agriculteurs d'avoir un revenu décent. « Les agriculteurs sont appréciés, c'est modèle agricole qui est remis en question aujourd'hui ».

Les principales questions des non-agriculteurs concernaient l'utilisation des pesticides bien sûr, la dépendance du monde agricole aux institutions ( l'Etat, les banques...), la disparition de l'élevage et des prairies, le bien-être animal, l'utilisation de matériels de plus en plus gros... Aucune agressivité mais beaucoup d'interrogations de la part de la salle.

 

Des questions légitimes

Pour Éric Birlouez, toutes les questions sont légitimes et le monde agricole doit entendre les questionnements. « Tout le monde a le droit d'avoir des opinions et l'agriculteur doit être à l'écoute de ses changements d'attitude. Mais cela ne veut pas dire tout accepter. Le grand public ne doit pas confondre la réalité scientifique et les opinions qui circulent sur les réseaux sociaux. Il ne faut évidemment pas non plus nier les scandales agricoles qui laissent des traces ».

Le sociologue explique que le lien ancestral agriculture/société n'existe plus : « l'industrialisation a fait évoluer la société française, le secteur tertiaire a pris le pas sur ce que l'on appelle le secteur primaire dont fait partie l'agriculture. Les agriculteurs représentent aujourd'hui 1 % de la population française, contre 40 % en 1911."

Ouvrir les portes des fermes

« L'urbanisation s'est accélérée, l'impact des médias et des réseaux sociaux est grandissant, l'alimentation s'est industrialisée, la filière alimentaire est devenue plus longue, plus opaque, déshumanisée, le consommateur ne sait plus comment cela se passe et quand il regarde des émissions comme Cash Investigation, il a peur. Ces changements importants et brutaux génèrent de l'anxiété car on n'y comprend plus rien. Le seul moyen de rétablir du lien est d'ouvrir les portes des fermes, des usines, des abattoirs, de proposer aux gens de venir voir pour ensuite construire un dialogue apaisé et constructif. Au niveau local, le plus important est d'entrer en contact avec ses voisins, chacun doit faire un pas vers l'autre. Tout le monde doit essayer de se mettre à la place de l'autre ». En fin d'après-midi, des témoignages ont été applaudis par l'assemblée : Françoise qui a choisi d'avoir une consommation qui a du sens, Josette qui fait découvrir les productions agricoles en proposant aux habitants une randonnée autour de leur village, Pauline du Civam qui témoigne des changements de pratiques qui amènent les agriculteurs à se sentir mieux dans leur métier, Thierry l'agriculteur qui explique son métier sur les réseaux sociaux.

Les non agriculteurs sont repartis très contents de leur journée. Ils ont posé des questions, exprimé leurs interrogations et leurs inquiétudes, ils se sont sentis écoutés et ont eu quelques réponses. Les agricultrices et agriculteurs sont également satisfaits car ils ont pu échanger de façon constructive sur leur métier. Chacun a vu l'importance de participer à des évènements de communication.

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