Une campagne historique
Cet article signe la fin de la campagne 2026 de l'Observatoire normand de la croissance de l'herbe. Revenons sur la croissance de l'herbe de cette année.
Un hiver doux et particulièrement arrosé
Rappelons l'hiver 2025-2026 : il a figuré, selon Météo France, parmi les dix hivers les plus arrosés depuis 1959 et s'est classé au quatrième rang des hivers les plus doux depuis 1900 à l'échelle nationale. En Normandie, il a été particulièrement doux (+ 1,9 °C) mais pas forcément plus pluvieux par rapport aux normales de la région (+ 9 %). Ainsi, Cherbourg a connu des températures printanières précoces dès le 25 février, avec 21,2 °C. Dès les premiers mois de l'année, 2026 s'annonçait sortir des normes.
Le printemps normand s'est caractérisé par une anomalie de température de + 2,2 °C et un déficit de précipitations de 30 %. La croissance de l'herbe s'en est ressentie rapidement : le pic de croissance, attendu habituellement autour de début mai, a peiné à arriver. Timide, il est apparu sous la forme d'un plateau autour de 50 kg de MS/ha/j et a duré d'avril à mai.
Des prairies mises à rude épreuve
Fin mai, le premier épisode caniculaire a marqué le départ du ralentissement de la pousse. Canicule après canicule, la dynamique de croissance a chuté drastiquement, atteignant des niveaux jamais enregistrés jusqu'alors. Déjà affaiblie par les trop faibles pluies printanières, l'herbe a tenté de survivre à l'été en se mettant en dormance. Les courbes ont frôlé la limite basse des graphiques.
Ce n'est qu'après la semaine de pluie de fin août que les prairies ont repris vie. La croissance a connu un rebond automnal pendant deux semaines (entre 40 et 60 kg de MS/ha/j) mais pas pour longtemps : plusieurs semaines de pluies régulières auraient été nécessaires pour recharger durablement les sols. Cela ne sera pas le cas. Ainsi, aussi rapidement qu'il est apparu, le rebond a de nouveau chuté jusqu'à fin septembre. Ce dernier sursaut a marqué la fin de la campagne, avec des croissances autour des moyennes recensées sur la même période.
Les prairies en ressortiront changées, tant par leur qualité que par la quantité. Dactyle et fétuque semblent être les espèces ayant le mieux résisté à l'été... tout comme certains indésirables. En termes de quantité, de nombreux éleveurs n'ont pu faire qu'une coupe de foin cette année. Plusieurs pistes d'adaptation à la production insuffisante sont envisageables : sacrifier des parcelles pour en préserver d'autres, s'intéresser à des fourrages alternatifs, semer des dérobées, diminuer le cheptel, mettre en place un pâturage tournant...
Préparer le printemps dès l'automne
Le printemps se joue dès l'automne et l'hiver, pendant lesquels, un jour de pâturage "en trop" va entraîner un retard de croissance d'une semaine en reprise printanière. Les prairies ne doivent pas être complètement rasées à l'automne mais disposées d'un couvert suffisant et ainsi de racines fonctionnelles.•