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Un nouveau carburant 100 % végétal, produit à Rouen

Le groupe Avril a annoncé le 8 novembre le lancement d'un nouveau carburant 100 % végétal, issu du colza français, assurant des performances identiques au gazole. Le déploiement est en cours auprès des flottes captives.


« Oleo100 est un carburant 100 % renouvelable, fabriqué à partir de graines françaises, dans des usines françaises. L'agriculture apporte une solution au développement durable et à la transition écologique, avec un carburant fait dans nos fermes ! » s'est réjoui Arnaud Rousseau, président d'Avril et agriculteur en Seine-et-Marne, lors du lancement d'Oleo100 le 8 novembre. Cette nouvelle énergie présente de nombreux atouts. Du point de vue économique, d'abord, elle permet de mieux rémunérer les producteurs de colza, en utilisant l'huile alors que la production française est excédentaire, le tout au même coût que le gazole, pour des performances équivalentes en matière d'autonomie, de puissance et de tenue au froid, précise Kristell Guizouarn, directrice Energies nouvelles chez Avril. Du point de vue environnemental, ce carburant permet de réduire d'au moins 60 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport au gazole fossile, pour un bilan carbone 2,5 fois meilleur. Il permet par ailleurs de réduire jusqu'à 80 % les émissions de particules fines et ultra fines, indique le groupe Avril. En assurant des débouchés complémentaires aux producteurs de colza, Oleo100 permet également de lutter contre les importations de biodiesel argentin ou de palme, incorporés dans les biocarburants français et beaucoup moins durables, tout en encourageant les co-produits du colza, à savoir les protéines végétales, alors que la France n'est pas autonome en la matière.

Une cible, les flottes captives en renouvellement
Oleo100 est la seule déclinaison française du B100, carburant normalisé au niveau européen, depuis 15 ans, et autorisé en France depuis le 29 mars 2018. Cette autorisation récente a permis le lancement d'Oleo100, à destination des flottes captives (transporteurs routiers, collectivités, bennes à ordure etc.) qui disposent de cuves de stockage. L'usine du groupe près de Rouen, dans l'usine de diester reconvertie de Grand-Couronne, peut actuellement produire Oleo100, mais trois ou quatre seront en capacité de le faire si nécessaire. Le nouveau carburant est donc immédiatement disponible pour les véhicules homologués B100, et seules quelques modifications sont nécessaires pour adapter les flottes existantes roulant au diesel et non homologuées. Avril, qui s'occupe pour la première fois de la distribution d'un produit, accompagne ses clients dans ce processus, et fournit même gratuitement une cuve de stockage supplémentaire quand les clients n'en ont qu'une seule et que seule une partie de leur flotte est adaptée à Oleo100. Le groupe vise essentiellement le déploiement de cette énergie lors du renouvellement des flottes, sachant qu'un camion a une durée de vie d'environ quatre ans, pour se développer dans les prochaines années à hauteur de quelques centaines de milliers de tonnes. « Pour le client, c'est l'assurance d'une énergie issue à 100 % de colza français, 100 % renouvelable, tracée, avec une devise : vous ne changez rien, mais ça change tout », notamment pour les producteurs, explique Jean-Philippe Puig, directeur général d'Avril. Le développement d'Oleo100 s'est fait avec le soutien du Gouvernement qui a autorisé le B100 au printemps et accordé une fiscalité équivalente à celle des énergies durables comme le gaz ou l'électricité. « Nous, on apporte le produit, à présent est-ce que politiquement, il y a une volonté d'accompagner le mouvement, c'est la question », indique Arnaud Rousseau.
Le groupe a fixé un objectif de 15 000 véhicules d'ici à 2022, au même prix que le gazole.
Quant à un éventuel développement pour alimenter les tracteurs et machines agricoles fonctionnant actuellement au gazole, « on aimerait bien », explique le président d'Avril, mais certains freins restent à lever, car il n'y a pas forcément de cuves de stockage dans les fermes, et le secteur agricole ne devrait pas être soumis aux taxes supplémentaires sur le gazole, prévues par le projet de loi de finances, ce qui limite donc la demande en matière de carburant alternatif.

Sébastien Windsor, vice-président de la Fop et d'Avril, agriculteur au Vieux-Manoir

"Le groupe Avril reste fidèle à son ADN"

Les débouchés des producteurs de colza français sont très menacés. Nous avons manifesté devant les usines du groupe Total en juin dernier parce que l'ouverture programmée de l'usine de la Mède (13) peut nous faire perdre plus de 20 % des débouchés pour nos colzas. Nous avons finalement obtenu de Total l'intégration de 50 000 tonnes d'huile de colza, soit 30 000 ha, dans cette usine. Nous avions un risque aussi très fort de subir une baisse des taux d'incorporation de biocarburants dans le diesel et l'essence, ce qui pouvait là aussi impacter le tiers de nos surfaces... La fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (Fop) s'est donc battue au niveau de l'Europe pour maintenir les taux d'incorporation à 7 % et limiter la production à base de palme. Mais il nous semblait important d'essayer de trouver de nouveaux débouchés en remplacement de ce qui pourrait tout de même être produit à la Mède ou importé. La Fop s'est battue auprès de Bercy et du ministère de l'Environnement pour une solution énergétique 100 % renouvelable, directement utilisable dans les poids lourds français, et obtenir les défiscalisations nécessaires au déploiement de ces solutions. En tant qu'administrateur du groupe Avril, nous avons demandé au groupe de s'emparer du sujet et je suis encore plus content de voir le groupe s'engager dans la production de ce carburant à partir de graines 100 % françaises avec des objectifs ! Cela prouve l'implication de ce groupe pour offrir des solutions et en l'occurrence des débouchés aux agriculteur français  ! C'est pour cela que le groupe a été créé et il continue ainsi à rester fidèle à son ADN... Et par la même occasion, il apporte aussi un peu plus de tourteaux de colza, limitant ainsi notre dépendance au soja OGM. Quant au carburant de seconde génération, à la Fop, nous avons expliqué aux députés européens que nous n'avons à ce jour pas d'alternative crédible et industrialisable pour produire du biodiesel - et donc pas d'alternative imaginable à grande échelle dans les 20 ans à venir -, et qu'il faut donc maintenir les niveaux de production de première génération. Nous avons aussi expliqué que cette première génération a permis de déployer à grande échelle une alternative pour les éleveurs français au soja OGM..., alternative qui correspond à une demande sociétale. Ces arguments ont convaincu et demain, l'Europe devrait faire une différence entre nos biocarburant durables et producteur de protéines et ceux issus du palme par exemple. En toute logique, l'Oleo 100, encore plus efficace sur la réduction des gaz à effets de serre (2,5 fois) et sur la production de protéine (12 fois plus qu'avec du B7), devrait donc trouver un soutien durable.

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