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ARNOLD PUECH D'ALISSAC, président de l'Organisation mondiale des agriculteurs (OMA)
« Faire rayonner autant que possible l’agriculture à travers le monde »

Polyculteur-éleveur en Seine-Maritime, Arnold Puech d'Alissac, membre du bureau de la FNSEA, spécialiste des questions agricoles internationales, a été réélu le 19 juin au poste de président de l'Organisation mondiale des agriculteurs (OMA) lors du congrès de cette organisation qui se tenait au siège de la FAO à Rome (Italie), là où elle est basée.

Arnold Puech d'Alissac
Arnold Puech d'Alissac
© D. R.

Rappelez-nous ce qu'est l'OMA. 

"L'OMA est une association reconnue par la FAO et les Nations Unies. Elle représente la voix des agriculteurs et plaide en leur nom dans tous les processus internationaux pertinents qui affectent leur présent et leur avenir, allant du dialogue mondial sur l'agriculture à la nutrition et la durabilité des systèmes et des exploitations. Elle rassemble 81 organisations nationales d'agriculteurs et des coopératives agricoles de 55 États. L'Europe y est très bien représentée, l'Afrique et l'Asie aussi".

Comment fonctionne- t-elle ?

"Très concrètement, nous démarchons les organisations dans les différents pays. Ceux qui nous rejoignent paient une cotisation. Les cotisations sont variables selon les pays, et représentent le tiers du budget de l'OMA. Les deux autres tiers étant des partenariats avec pour l'essentiel des fondations qui regardent ce que nous faisons et ont envie d'aider l'agriculture."

"Sur le plan institutionnel, nous avons un bureau restreint de 7 membres, un par continent (le continent américain est divisé, Amérique du Nord et Amérique du Sud NDLR), et nous avons une dizaine de groupes de travail permanents qui coconstruisent des solutions en rapport avec des thèmes choisis. Elles sont ensuite approuvées lors d'un vote en assemblée générale. Cette année nous avions deux sujets principaux, l'un sur la biodiversité, l'autre sur la sécurité alimentaire. Dans les deux textes nous avions un passage sur les pesticides. Le débat a oscillé entre le fait d'abaisser l'emploi des pesticides et celui d'abaisser le risque de l'usage des pesticides, ce qui est très différent. "

"Sur le terrain, nous sommes présents dans toutes les grandes conférences internationales telles que celles de l'OMC, de l'ONU, du Forum économique mondial (Davos) ou les Cop sur le climat. Lors de la dernière Cop, nous avons emmené 140 personnes. Nous y avons fait du lobbying dans les couloirs, à la rencontre des prescripteurs et négociateurs présents afin que du poids ou une part raisonnable d'aides soit donnée à l'agriculture dans les objectifs finaux (l'agriculture reçoit 3,3 % des aides consacrées à la lutte contre le changement climatique alors que les émissions du système alimentaire représentent 10 fois plus)".

Comment l'OMA vous semble-t-elle perçue ?

"Ce travail de lobbying n'est jamais facile car nous avons un petit budget de fonctionnement - 2 millions d'euros - et seulement 19 collaborateurs salariés. Mais nous sommes perçus sur la scène internationale comme sérieux, à l'inverse de certaines organisations internationales qui portent avant tout un étendard politique partisan et sont de ce fait hors-jeu. Notre propos est de défendre la voix des agriculteurs que nous représentons et elle seule."

Qu'avez-vous vu pu faire très concrètement avancer lors de votre premier mandat de 2 ans ?

"Nous avons travaillé sur les aliments de laboratoire, et pour tout dire, à l'image du film L'Aile ou la cuisse, la viande de synthèse de chez "Tricatel" nous n'en voulons. Nous avons aussi abordé le commerce, les questions de compétitivité, de protection des marchés et celle de l'autosuffisance en privilégiant cette dernière qui nous semble prioritaire. Par ailleurs nous sommes en train de faire un groupe jeunes au sein de l'association car nous avons dans tous les pays le problème du renouvellement des générations. Nous sommes fiers de nous y atteler. Enfin nous avons créé un fonds de solidarité pour aider certains pays à financer leur cotisation à l'OMA et par là même leur permettre d'avoir un droit de vote et d'être élu. Il a servi cette année à 10 pays".

Vous avez été réélu à la présidence de l'OMA. Sous quel signe placez-vous ce second mandat ?

"Ce second mandat sera le dernier comme le stipulent les statuts, ce qui permet le renouvellement et mon successeur ne pourra pas être européen. Nous allons tout d'abord amplifier le travail sur les jeunes. Le second dossier sera consacré à l'élevage qui est sous pression partout dans le monde alors qu'il fait partie du cercle vertueux de l'agriculture. Notre troisième dossier, très politique, portera quant à lui sur les femmes. Les Nations Unies ont acté que 2026 sera l'année mondiale des agricultrices. En Asie du Sud-Est, elles réalisent 70 % du travail agricole ; en Afrique 60 %. Or, dans de nombreux pays, elles ne peuvent ni être propriétaires, ni avoir de bail. Si le mari meurt, sa femme n'a rien, c'est inacceptable. Le quatrième dossier portera sur le foncier, le sol et le zéro artificialisation. En Afrique par exemple la question du foncier est primordiale. Il y a 46 pays sur 54 dans lesquels une personne ne pourra jamais être propriétaire de la terre qu'elle exploite et un bail à long terme est tout aussi difficile à obtenir. Comment alors peut-elle investir dans de l'engrais de fond, des bâtiments, de l'irrigation ou des plantations pérennes pour avoir des terres productives sans contrat à long terme ? C'est intenable. Et la question de la fertilité des sols pousse à d'autres pratiques, notamment en Afrique pour restaurer des sols dégradés et faire de la durabilité. Le cinquième et dernier dossier est d'augmenter notre nombre d'adhérents. Nous avons eu six associations de plus en deux ans. Il faut poursuivre."•

Propos recueillis par Laurence Augereau

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