BRUNO LEDRU, président de la FNSEA 76
« Si l'urgence est au court terme, il va vite falloir penser aux échéances plus lointaines
La violence de cet été caniculaire va nécessiter un accompagnement rapide des exploitations les plus en difficulté. La rentrée va aussi être marquée par le retour des grands sujets tels que la Pac 2027 ou la gestion de l'eau. Échanges avec Bruno Ledru, président de la FNSEA 76, mobilisée tout l'été pour faire face à la crise.
La violence de cet été caniculaire va nécessiter un accompagnement rapide des exploitations les plus en difficulté. La rentrée va aussi être marquée par le retour des grands sujets tels que la Pac 2027 ou la gestion de l'eau. Échanges avec Bruno Ledru, président de la FNSEA 76, mobilisée tout l'été pour faire face à la crise.
Nous venons de traverser un été pour le moins singulier, avec des conséquences notables sur l'agriculture départementale. Quel premier bilan peut-on faire de la situation ?
« L'été a commencé plus tôt que les autres années puisque nous avons débuté la moisson début juillet voire fin juin. Globalement, les rendements en céréales et en colza n'ont pas trop décroché. Il faut évidemment se méfier des moyennes car on sait que les écarts peuvent être importants. Les vagues de chaleur successives et la sécheresse persistante ont affecté nos cultures. L'herbe a particulièrement souffert, chacun a pu le constater mais le maïs, les pommes de terre et notamment le plant, les légumes de plein champ, les cultures maraîchères et dans une moindre mesure l'arboriculture connaissent ou connaîtront des pertes de rendement et de qualité conséquents. La betterave, en tout cas dans le département, semble épargner pour le moment. Les rendements conditionneront évidemment la disponibilité en pulpe. Idem pour le lin, pour lequel nous espérons que la pluie arrivée la semaine dernière nous permettra de rentrer la production dans les meilleures conditions. De même nous espérons que cette humidité revenue facilitera le semis des couverts qui pourraient être en plus utiles aux éleveurs en fin d'automne ainsi que les colzas. Je n'oublie pas les éleveurs et leurs animaux qui ont souffert, parfois très durement, de ces températures. On parle encore de 1976, il est probable qu'on se souvienne longtemps de 2026 même s'il est à craindre que nous n'ayons pas à attendre 50 ans pour connaître pareil été. »
Les prévisions laissent en effet à penser que ces étés caniculaires pourraient à très court terme, être la norme. Comment adapter notre agriculture à ces scénarios ?
« Ça fait longtemps que nous constatons que le climat change. On se rend bien compte que les moissons ne se terminent plus en septembre et que les précipitations sont inégalement réparties dans l'année. Cet été nous montre à quel point ce changement climatique peut être brutal et dévastateur pour nos exploitations. Il faut donc que nous accélérions nos transitions pour permettre à nos élevages, à nos cultures mais aussi aux femmes et aux hommes qui vivent et travaillent dans nos fermes de résister. Cela passera évidemment par de la recherche, par le développement de nouvelles filières, d'adaptation de nos bâtiments d'élevage, et que sais-je encore. Il nous faudra du temps et des mesures d'accompagnement. Stocker de l'eau, y compris en Seine-Maritime ne doit pas être un tabou. Il faudra donc que la population et les décideurs le comprennent et l'acceptent. Cela fait partie des freins à lever. La profession ne pourra pas s'adapter seule, il en va de notre souveraineté alimentaire. »
Au-delà de ces mesures de moyen et long terme, la situation a fragilisé l'agriculture départementale. Quelles réponses peut-on apporter à ceux qui en ont besoin ?
« Nous sommes évidemment mobilisés depuis le milieu de l'été pour tenter d'apporter des réponses. Nous avons ainsi mis en place un recensement des besoins et des disponibilités en fourrages. Le manque d'herbe a contraint les éleveurs à nourrir leurs animaux durant l'été et des volumes de maïs pourraient manquer, notamment en fin d'hiver début de printemps. J'appelle d'ailleurs tous les éleveurs à faire des bilans fourragers pour anticiper une éventuelle situation de crise, et d'éventuels besoins d'achat d'aliments. Nous avons aussi porté, en début de semaine, une série de demandes auprès du préfet lors du comité sécheresse réunit lundi 24 août. Des enquêtes pour déclencher l'ISN (indemnisation de solidarité nationale) dans plusieurs productions touchées devraient être lancées rapidement. Nous avons aussi réitéré nos demandes de dégrèvement de TFNB (taxe foncière sur les propriétés non bâties) et insisté pour que des leviers fiscaux soient créés, comme, la mise en place d'un crédit d'impôt pour l'achat d'aliment et de fourrages. Nous avons aussi appelé les organes de contrôle à faire preuve de souplesse et de discernement en cette période compliquée. Et puis, nous avons pris contact avec toutes les organisations professionnelles agricoles départementales. Elles ont évidemment pris la mesure de la situation et feront le nécessaire pour accompagner celles et ceux qui les solliciteront. Nous restons collectivement mobilisés pour apporter à tous, la réponse adaptée. »
En dehors de ces sujets conjoncturels, quelle est l'activité syndicale de la FNSEA 76 ?
« La gestion de cette crise va évidemment continuer à nous mobiliser. Nous avons par ailleurs toujours quelques grands dossiers à traiter. La concertation professionnelle sur la prochaine Pac va s'accélérer. Nos territoires de grandes cultures et d'élevage de plaine ont évidemment des attentes spécifiques à défendre. Le soutien à la production, et l'accompagnement aux investissements sont des points essentiels pour nous. Nous aurons aussi des demandes à formuler pour la prochaine loi de finances. Plus localement, la gestion de l'eau va nous occuper encore, tant pour défendre l'agriculture et la production dans le futur Sdage (schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux), que pour faire entendre notre voix dans les discussions plus locales sur la gestion des bassins d'alimentation de captage. Et puis, je n'oublie pas le travail mené par nos syndicats locaux pour défendre les agriculteurs au plus près de leurs préoccupations. Leur détermination a, par exemple, permis une avancée majeure dans l'indemnisation des propriétaires et des exploitants concernés par des passages de lignes RTE. Enfin, nous allons continuer de défendre nos adhérents, à les accompagner dans la gestion et la vie de leur entreprise, en leur proposant de réels avantages comme lorsque nous leur avons proposé une offre de luminaires gratuits et comme nous le ferons dans quelques jours avec un nouveau partenariat autour du stockage de l'électricité. Les chantiers ne manquent pas, notre détermination et notre ambition non plus. »