Aller au contenu principal

Pour Terre de lin, la récolte 2024 sera déterminante

Pour l'exercice 2022-2023, les liniculteurs vont approcher une recette de 7 500 euros de l'hectare. Mais cette situation exceptionnelle fragilise des maillons de la filière.

Le lin vit un contexte très différent des autres productions agricoles car les cours atteignent des niveaux jamais connus dans cette filière. Mais la coopérative Terre de lin veut rester prudente quant à l'avenir comme elle l'a fait savoir lors de son assemblée générale qui s'est tenue à Yvetot le 1er février, sous la présidence de Guillaume Hemeryck. 

Malgré des scores record en matière de prix, le directeur, Thierry Goujon, a expliqué aux adhérents pourquoi le conseil d'administration est très attentif à la situation géopolitique : " nous sommes prudents sur les acomptes car tout peut s'arrêter du jour au lendemain ".

Moyenne de 5,8 tonnes/ha de poids de paille pour 2022

80 % de la récolte 2022 est aujourd'hui teillée et devrait être terminée en mai prochain. C'est une récolte moyenne d'un point de vue technique : une moyenne de 5 850 kilos par hectare de poids de paille et de 1 220 kilos par hectare de poids de lin teillé. Pour Thierry Goujon, il est inquiétant de voir les poids de paille baisser tous les ans : " il se passe quand même quelque chose au niveau climatique ".

Malgré des résultats techniques très moyens, la hausse des cours permet aux liniculteurs d'avoir reçu au 31 janvier 2024 une recette moyenne de 6 642 euros de l'hectare. " Quand toute la récolte sera commercialisée, nous devrions être sur une base de 7 500 euros de l'hectare en roui non battu ", ajoute le directeur.

Sur l'exercice 2022/2023, Terre de lin a teillé 118 000 tonnes de paille, les mêmes quantités que l'exercice précédent, et a commercialisé 7 500 tonnes de semences. 36 800 tonnes ont été commercialisées par le biais de Comlin, un volume relativement stable.

Filiale de commercialisation de la coopérative, Tex Nord a un chiffre d'affaires plus élevé (235 millions de chiffre d'affaires pour un résultat de 770 000 euros) que celui de la coopérative, en raison essentiellement de la hausse des prix.

Quant à l'autre filiale de la coopérative, TDL technique, la situation est plus difficile car les marchés techniques sont très inquiets de voir des fibres à 8-9 euros le kilo.

Récolte 2023 inférieure à 5 tonnes/ha

Toute la récolte 2023 sera teillée fin septembre 2024. Elle s'annonce plutôt mauvaise, même si la Seine-Maritime s'en sort mieux que l'Eure où c'est la catastrophe, notamment en lin de printemps. À ce jour, la coopérative annonce un poids de paille légèrement inférieur à 5 tonnes et 900 kilos de fibres à l'hectare, avec de gros écarts, allant de zéro (lin de printemps du sud de l'Eure) à 2 tonnes (lin hiver du sud de l'Eure). Les fibres sont de qualité ordinaire. Au niveau européen, certaines zones sont encore plus touchées et la moyenne serait de 500 kilos de lin teillé par hectare.

" Ce manque de matière fait encore monter les prix. Nous espérons une récolte 2024 la plus correcte possible pour alimenter le marché et pour reconstituer notre report. Le report de la récolte 2022 nous permet de gérer cette crise de manque de matière. Il joue bien son rôle d'outil de gestion en permettant de maintenir les effectifs et les compétences ".

Tous les adhérents auront leurs semences

Pour ce qui est de la production de semences, la récolte 2023 est catastrophique. Le directeur rassure les adhérents, tout le monde sera livré dans les quantités demandées. Mais cela ne sera pas le cas pour tout le monde. La filière est inquiète car aujourd'hui, il y a des prévisions d'augmentation des surfaces de 15 % mais la disponibilité en semences n'est pas de cet ordre-là. Les stations de semences cherchent des solutions. " L'interprofession semences a pris une position intelligente pour assouplir les règles afin de pouvoir répondre aux besoins ".

Soutenir la filature européenne

Le lin reste bien sûr une fibre séduisante qui répond aux attentes des consommateurs mais si la répartition de la valeur se fait en faveur du producteur, il y a des maillons de la filière qui souffrent. " Aujourd'hui il manque 30 % de matière et cela veut dire que nos clients sont obligés de ralentir de 30 % leur activité par défaut d'approvisionnement ".

Cette situation provoque des tensions très fortes sur les prix, créant déséquilibres et guerres commerciales entre filateurs. Aujourd'hui, l'Europe est fortement concurrencée par la Chine. Terre de lin souhaite conserver des liens forts avec tous ses clients filateurs et les administrateurs se sont exprimés en faveur d'un soutien à la filière européenne. Car qui du rôle du lin dans la mode sans filature européenne ?

Les prises de position des marques seront déterminantes dans les mois qui viennent pour les collections 2025 et " tout dépendra de la récolte 2024. Nous n'avons jamais été à ce point dans une situation de dépendance. Une récolte normale permettrait de restabiliser les choses ", a conclu le directeur. •

 

" Un privilège d'avoir accompagné cette plante chargée d'histoire "

Jean-Paul Trouvé prend sa retraite. Lors de l'assemblée générale de Terre de lin, le sélectionneur de la coopérative a été très chaleureusement remercié par tous les adhérents pour son énorme travail de création variétale. " J'espère que vous avez senti que mon obsession était d'être à votre écoute. C'est votre écoute qui m'a donné la direction, pour tenter, par les variétés, d'apporter des solutions dans vos métiers ", a-t-il souligné très ému.

" Jean-Paul est un créateur "

" Beaucoup ne sont peut-être pas conscients du travail qu'a réalisé Jean-Paul durant ces 30 dernières années et l'impact de son travail sur l'amont de la filière lin. Il y a 30 ans, grâce à la réponse génétique qu'il a apportée avec Diane, première variété résistante à la brûlure, les liniculteurs ont pu continuer à cultiver du lin ", a tenu à préciser Thierry Goujon.

Citons quelques-unes de ses créations : Hermès, Alizé, Aramis, Bolchoï… Il y a 20 ans, il a créé Drakkar, une variété avec un très gros poids de paille. Cette variété a marqué les années 90 par sa productivité.

Mais il ne s'est pas arrêté là. Il a été le premier à faire entrer la résistance à l'oïdium dans le lin textile. On parle de résistance à la verse, de richesse en fibre avec deux autres variétés exceptionnelles, Eden et Elixir. 

Le lin textile d'hiver c'est Jean-Paul Trouvé également, avec notamment Olga.

" Jean-Paul est allé chercher la variabilité génétique par son travail, sa patience, l'observation et l'obstination. Aujourd'hui, la majorité des lins cultivés en Europe a été créée par Jean-Paul Trouvé. Personne n'a autant fait évoluer la culture du lin. Pendant sa carrière, les rendements ont été doublés, tout cela on lui doit. En interne, il a mis en place le laboratoire de pathologie, il a créé et certifié le laboratoire semences. Sur les plateformes, il a travaillé sur de nombreuses thématiques et s'est formé à la génétique moderne. Au niveau de Terre de lin, nous voyons partir un collègue mais le lin voit s'éloigner un grand homme "

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Jean Puech d'Alissac.
"JA 76 aura le plaisir d'accueillir les Terres de Jim en 2025"

JA 76 a remporté il y a quelques semaines l'organisation des Terres de Jim 2025. Jean Puech revient sur la candidature du…

Une chasse aux œufs à la ferme du Chêne

Samedi 30 mars aura lieu une chasse aux œufs organisée par JA 76 à la ferme du Chêne à Allouville-Bellefosse.

Les opérations de communication sont lancées.
Rendez-vous les 1er et 2 juin au Comice de Forges-les-Eaux

Le Comice agricole a choisi le thème de la pollinisation pour sa 150e édition.

Opération de jugement des agneaux par Pascal Canterel et Pierre Gomont.
Un beau succès pour le Forum des races à viande

Le concours dit « de Rouen » a eu lieu le lundi 18 mars. De nombreux éleveurs bovins et cinq éleveurs ovins…

Clémence et son père Luc Poussier sont site pilote depuis juin 2022. Des échanges permanents entre ces éleveurs du Calvados et GEA Farm Technologies permettent d’améliorer la machine en continue.
Le Dairyfeed F4500 distribue des rations précises et régulières

De façon tout à fait autonome, le nouveau robot d’alimentation Dairyfeed F4500 charge, pèse, mélange et distribue l’aliment…

Un atelier de sophrologie animé par Myriam Seck a permis aux jeunes d’être sensibilisés aux techniques de relaxation dynamiques.
Prendre soin de son mental

Journée de sensibilisation MSA Haute-Normandie à la santé mentale auprès des jeunes du lycée agricole d'Yvetot.

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole