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Plus de 10 000 agriculteurs européens à Bruxelles pour la souveraineté agricole

À l'appel du Comité des organisations agricoles de l'Union européenne (Copa), notamment de la FNSEA et de Jeunes agriculteurs (JA) ce sont plus de 10 000 agriculteurs qui se sont rassemblés à Bruxelles le 18 décembre. Avec l'espoir que la Commission européenne infléchisse ce que les syndicats agricoles qualifient de politique mortifère pour l'agriculture européenne.

Ursula von der Leyen, cible principale de la manifestation agricole qui se s'est tenue le 18 décembre à Bruxelles.
Ursula von der Leyen, cible principale de la manifestation agricole qui se s'est tenue le 18 décembre à Bruxelles.
© Léa Bauchet

Plus de 10 000 agriculteurs, dont 4 000 Français, venus de l'ensemble des 27 pays de l'Union européenne ont convergé le 18 décembre à Bruxelles (Belgique) à proximité du siège de la Commission européenne, gardé par un impressionnant service d'ordre. Ils sont venus protester contre plusieurs dossiers que l'exécutif européen a mis sur la table et qui sont sur le point d'aboutir.

En premier lieu, l'accord de libre-échange entre le Mercosur* et l'Union européenne que la présidente de la Commission veut signer "rapidement". Elle s'apprête d'ailleurs à s'envoler pour le Brésil et le signer le 20 décembre. Cependant des oppositions commencent à se faire jour, notamment sous la pression de syndicats agricoles.

Ainsi, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a demandé, lors de cette grande manifestation, au président de la République, Emmanuel Macron, de dire " clairement non au Mercosur ". Car cet accord dont les premières négociations remontent aux années 1990 est un " accord mal né, mal monté ". Il est surtout obsolète car depuis 30 ans, le contexte géopolitique et économique a totalement changé. Surtout la Commission européenne reste sourde aux demandes de la profession agricole... qui nourrit le sentiment légitime d'être " méprisée " pouvait-on entendre ici et là dans le cortège.

Pour Jérôme Volle, viticulteur en Ardèche et président de la Commission emploi de la FNSEA, ce traité de libre-échange " ne protégera plus le consommateur français alors qu'on ajoute sans cesse des contraintes au niveau européen. On veut nous entraîner dans un match de rugby avec des règles différentes pour les deux équipes ", a-t-il déclaré.

Cet accord dont les premières négociations remontent aux années 1990 est un " accord mal né, mal monté " dixit Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. Il est surtout obsolète car depuis 30 ans, le contexte géopolitique et économique a totalement changé.

" Dilués "

Autre point de crispation qui a fait descendre les agriculteurs européens dans la rue : le projet de réforme de la Politique agricole commune (Pac). Ce dernier prévoit non seulement une baisse du budget de 20 % mais aussi de fondre le budget de la Pac dans un seul et unique budget. Chaque pays membre se verrait ainsi attribuer une enveloppe agricole, à charge pour lui de définir les critères selon lesquelles il veut la dépenser en fonction de son plan stratégique national. Concrètement, le commissaire européen à l'Agriculture, Christophe Hansen, évoque une " réorientation " du budget, avec 80 % de celui-ci qui resterait commun et 20 % à organiser par les États membres en fonction de leurs besoins spécifiques.

Quels sont les risques que les agriculteurs français soient floués de ces 20 % ? Importants, surtout avec près de 3 500 milliards d'euros de déficit. Les syndicats agricoles crient, à juste raison à la " renationalisation ", à " la déconnexion des réalités économiques ", et au délitement de l'esprit communautaire, alors même que l'agriculture est, depuis la création de l'Union, la seule politique intégrée.

En plus de constituer tout ou partie du revenu des agriculteurs, les aides risquent de baisser, de dissuader des jeunes de s'installer et cette réforme si elle était appliquée en l'état, " créerait des distorsions de concurrence au sein même de l'Union européenne ". Les agriculteurs européens qui ont peur d'être " dilués ", selon l'expression de Franck Sander, chargé des questions européennes à la FNSEA, reprochent également à la Commission de n'avoir aucune ambition agricole quand ses principaux compétiteurs (Russie, Chine, États-Unis...) réarment leur agriculture, allant jusqu'à l'intégrer dans leur stratégie de défense. Alors même que la Commission clame haut et fort vouloir assurer la souveraineté alimentaire !

" Inconscience "

Les 10 000 agriculteurs européens ont également manifesté contre les mesures d'ajustement carbone aux frontières (Macf). Certes le commissaire européen chargé du marché intérieur et des services, Stéphane Séjourné, a indiqué le 17 décembre, veille de la manifestation bruxelloise, aménager cette taxe sur les engrais importés, afin d'éviter une hausse des prix dans une période de crise agricole. Mais c'est trop tard, et c'est surtout de " l'enfumage et du mépris ", estime Éric Thirouin, président de l'Association générale des producteurs de blé (AGPB). " Stéphane Séjourné nous présente comme un acquis une hausse de 25 % des taxes - au lieu de 35 % - sur les engrais, un poste qui représente 21 % de nos charges... C'est de l'inconscience. Si nous n'obtenons pas gain de cause, la colère des agriculteurs deviendra difficile à canaliser ", a-t-il averti.

En fin de manifestation vers 18 h, certains agriculteurs n'ont pas voulu attendre et se sont frottés aux forces de l'ordre. Quelques échauffourées ont éclaté dans les rues proches du Parlement européen. La police a chargé au moins trois fois autour de la place du Luxembourg afin de disperser le noyau dur des manifestants. Quelques blessés ont été dénombrés parmi les manifestants et la police a procédé à quelques arrestations.•

* Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay

UE/Mercosur : la signature de l'accord commercial reportée à janvier

Initialement attendue le 20 décembre au Brésil, la signature de l'accord commercial controversé entre l'UE et le Mercosur n'aura pas lieu d'ici la fin de l'année 2025, faute de soutien suffisant parmi les États membres. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a informé les chefs d'État et de gouvernement, le 18 décembre lors du sommet européen de Bruxelles, du report du dossier à janvier. Cette décision de dernière minute a été facilitée par un échange téléphonique entre la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni et le président brésilien Luis Inacio Lula da Silva. Selon son récit, rapporté par l'AFP, la cheffe du gouvernement italien lui a demandé de la " patience, une semaine, dix jours, un mois ", en lui assurant que son pays soutiendrait l'accord in fine. Ce report offre un court répit à la France et à Emmanuel Macron qui n'a de cesse de marteler que l'accord ne peut pas être signé en l'état. En revanche, il représente un revers important pour l'Allemagne et l'Espagne qui poussaient ardemment pour une signature dans les prochains jours. Il est surtout une défaite pour la Commission européenne et sa présidente Ursula von der Leyen, cible principale de la manifestation agricole qui s'est tenue le 18 décembre à Bruxelles.

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