Ovins lait : le pari de la transformation à la ferme
Installée depuis 2023 dans les Ardennes, Fiona Carré a fait le choix de transformer elle-même le lait de ses brebis. Après un démarrage marqué par les aléas climatiques et sanitaires, l'éleveuse aborde aujourd'hui une nouvelle étape de son projet, avec l'objectif d'augmenter progressivement son troupeau et sa production.
Installée à Chaumont- Porcien, dans les Ardennes, depuis septembre 2023, Fiona Carré est une éleveuse épanouie. Âgée de 32 ans, cette fille d'agriculteur, s'est orientée très tôt vers le monde de l'élevage. Après son Bac et un BTS agricoles, elle poursuit avec une licence en production animale. Une expérience de sept mois dans une ferme en Écosse va cependant faire naître une nouvelle vocation. Elle veut apprendre à faire du fromage. Elle se forme alors pendant un an à la transformation laitière, en Franche-Comté. Son apprentissage se poursuit dans l'Aube, dans la zone du chaource, puis dans les Vosges, dans la zone munster. Elle travaille comme salariée dans diverses exploitations fromagères puis cinq ans comme formatrice au lycée agricole de Saint-Laurent (Ardennes), sans perdre l'envie de revenir à la production.
L'opportunité se présente grâce à l'un de ses anciens employeurs, producteur de brebis laitières, qui arrête son activité au moment où la jeune femme souhaite s'installer. Elle reprend une partie du troupeau, du matériel et de l'activité de transformation.
Son installation bénéficie des aides à l'installation, de l'accompagnement de la Safer, et d'aides de sa communauté de communes. Pour limiter les investissements, elle privilégie le matériel d'occasion et avance étape par étape. " Au départ, la priorité, c'était le logement des animaux, produire le lait, le transformer et le vendre ", résume-t-elle.
La construction de son bâtiment connaît toutefois des retards. En janvier, les conditions météorologiques ne permettent pas de réaliser les travaux de terrassement. Son bâtiment tunnel, économique et fonctionnel, ne sera finalement achevé que fin 2024. Entre-temps, Fiona Carré poursuit son activité dans les locaux de ses anciens patrons à 20 km de là. Le démarrage est également marqué par la FCO, qui touche le troupeau en 2024. Les nombreux avortements qui ont fortement perturbé la production ont été difficiles à vivre. " Cela n'a pas été facile aussi psychologiquement ", confie l'éleveuse. Aujourd'hui, elle estime qu'elle attaque enfin sa première vraie année d'activité avec des animaux qui vont bien et des agnelages qui se sont bien déroulés.
55 brebis à la traite
Fiona Carré travaille avec la lacaune lait, une race ovine particulièrement développée en France et notamment utilisée pour le lait destiné au roquefort. Son élevage compte 55 brebis à la traite (80 avec les animaux de renouvellement), ce qui représente environ 70 litres de lait par jour à transformer durant sept mois de l'année. Elle vise progressivement 70 brebis à la traite. Cela permettrait à terme d'envisager l'embauche d'une personne à mi-temps.
Dans son atelier de transformation de 70 m², elle fabrique des yaourts, des fromages blancs, des fromages frais ou affinés comme de la tomme. La traite est effectuée le matin puis les journées s'organisent entre transformation, préparation des commandes, vente et travail avec les animaux. L'exploitante accueille ponctuellement des stagiaires et peut compter sur l'aide de sa famille. Les produits sont vendus dans des magasins de producteurs, ainsi qu'un peu en vente directe à la ferme, uniquement sur commande. Le renouvellement du troupeau est, lui, valorisé en viande avec la coopérative des Bergers du Nord-Est.
La clientèle répond présente. " Je n'ai pas besoin de démarcher. Je manque même de produits ", reconnaît Fiona. Une situation qui la conforte dans son objectif d'augmenter progressivement la production.
Avancer par étapes
Les brebis pâturent autour du bâtiment et une parcelle est réservée aux jeunes animaux. L'éleveuse produit également un peu de cultures de ventes, dont une partie est conservée pour l'alimentation du troupeau. Elle ne possède pas encore de bâtiment pour le fourrage, qui est actuellement stocké sur l'exploitation de son conjoint. Gagner en autonomie sur le stockage des aliments constitue donc l'un de ses prochains projets.
Cependant, pas question de brûler les étapes. Fiona Carré souhaite développer son troupeau et sa transformation en s'assurant de conserver des conditions de travail et d'élevage les plus satisfaisantes possibles.•