Osiériculteur vannier, retour sur un métier ancestral
Après 31 années passées au service de l'Office national des forêts (ONF), Raynald Delattre, 56 ans, a opéré un retour aux sources. Installé depuis mars 2025 sur une parcelle familiale à Roncherolles-sur-le-Vivier, il est aujourd'hui osiériculteur vannier.
Après 31 années passées au service de l'Office national des forêts (ONF), Raynald Delattre, 56 ans, a opéré un retour aux sources. Installé depuis mars 2025 sur une parcelle familiale à Roncherolles-sur-le-Vivier, il est aujourd'hui osiériculteur vannier.
"L'osier est le rejet annuel d'une pousse de saule, arbuste pérenne de la famille des Salicaceae (Salicacées)", précise en introduction Raynald Delattre, ancien technicien de l'ONF (diplômé initialement d'un BTS en productions forestières) désormais reconverti dans la production d'osier sur 5 000 m2 à Roncherolles-sur-le-Vivier.
Conduite de culture
"La production d'osiers s'installe par bouturage entre la fin de l'hiver et le début du printemps et se récolte tous les ans", ajoute l'osiériculteur vannier qui conduit sa culture comme toute culture végétale, avec quelques spécificités.
Après ameublissement du sol avec un motoculteur, et selon un itinéraire technique qui évolue au fil de ses essais, notamment en matière d'humidité du sol et d'enherbement, il explique : "J'implante les boutures à la main dans le sol tous les 15 à 20 cm sur le rang, avec un espacement de 60 à 70 cm entre chaque rang". "J'utilise désormais une toile de paillage qui permet de conserver l'humidité du sol en limitant l'évapotranspiration, ce qui réduit les besoins en eau".
" La production d'osiers atteint son plein rendement après 2 ou 3 années de plantation. L'investissement de départ s'inscrit donc sur le long terme", précise-t-il. "L'oseraie (le terrain planté de saules à osier) a une durée de vie de 20 à 25 ans". "Pour ma part, j'ai choisi de produire des brins d'osier (branches de saule d'un an) issus des variétés petite grisette, pêcher jaune, sainte-reine, rouge belge".
L'homme vise à planter assez densément car la densité oblige les tiges à monter vers la lumière sans qu'elles se ramifient, garantissant alors des brins fins et rectilignes, parfaits pour la vannerie. " J'utilise également l'ombrage des arbres environnants (tilleuls, châtaigniers) pour calmer la pousse et obtenir des brins plus fins ".
Pour entretenir la parcelle, Raynald Delattre a mis en place un système d'écopâturage avec un éleveur qui lui confie ses brebis en hiver après la récolte. Il y a également installé des poules pour valoriser son système : elles mangent les larves qui hivernent sous les feuilles et certains ravageurs, grattent le sol et limitent les adventices.
Un tri au tonneau
La récolte des brins d'osiers intervient durant l'hiver, lors du repos végétatif de la plante. Raynald Delattre effectue la coupe avec un motoculteur équipé d'une barre de coupe lui permettant de faucher au ras du sol. " Il faut compter un rendement d'environ 10 tonnes à l'hectare de récolte annuelle ". Une fois les brins d'osiers récoltés, ils sont calibrés. L'étape du calibrage est réalisée par la technique du tonneau, muni d'une échelle graduée. " On les met au fond du tonneau, on les tapote pour aligner les talons au fond, ce qui permet de les trier par taille grâce à une échelle graduée tous les 20 cm". Cela permet de constituer des bottes homogènes : les brins de petite grisette, de 80 cm à 1,80 m par exemple, seront destinés à faire de la vannerie fine (utilisée dans le secteur du luxe), et les plus grands (jusqu'à 2,60 m) serviront à faire de grandes boutures, tressées au moment même de leur plantation ("osier vivant") pour constituer par exemple des fascines de plein champ.
Le séchage
Les bottes liées sont ensuite entreposées à la verticale du sol ou à l'horizontale sur des établis en hauteur, mais impérativement à l'abri de la lumière directe pour préserver les pigments naturels des différentes variétés. Les liens des bottes ne sont pas trop serrés pour permettre à l'air de circuler et de sécher correctement les brins à cœur. Leur séchage va durer 4 à 5 mois.
L'osiériculteur vannier surveille alors leur stabilisation : " Je pèse mes bottes tous les mois. L'osier perd environ 10 % de son poids en eau chaque mois. À la fin, une botte de 4 kg de vert finit par peser 2 kg de sec ". Cette étape est cruciale pour deux raisons : elle garantit que l'ouvrage final ne subira aucune rétractation et le prix de vente au kilo de l'osier dépend du degré de séchage de la matière.
Tout l'art du tressage
Pour tresser, il faut tout d'abord réhydrater la fibre : " On n'utilise jamais d'osier vert en vannerie piquée. Si vous le faites, le panier va se détendre en séchant et perdra toute sa tenue au bout de trois mois ". L'osier brut est donc immergé dans des bacs à eau, puis conservé sous un drap humide. Dans son atelier, Raynald Delattre utilise une sellette de vannier qu'il a lui-même perfectionnée pour faire pivoter ses pièces et travailler plus aisément. "C'est un métier éprouvant pour les mains, il faut optimiser ses points d'appui".
Réhabiliter la "botte française"
Aujourd'hui il n'est produit en France que 200 ha d'osiers, contre 200 000 ha autrefois. Il y a donc pénurie pour la vannerie française. Un marché sur lequel Raynald Delattre se positionne clairement : "Mon objectif est de vendre de l'osier et proposer des stages de vannerie aux amateurs".
Quant à ses propres créations, il évite de les vendre sur les marchés généralistes, alimentaires : " Je vise des marchés spécifiques, comme le Festival de la vannerie de Vallabrègues (Gard), l'un des plus gros d'Europe, où les gens viennent chercher un patrimoine et une technicité ".
En maîtrisant l'ensemble de la chaîne, Raynald Delattre redonne une viabilité économique à cette culture de niche.•
Raynald Delattre propose des journées d'initiation à la vannerie.
Prochaines sessions : corbeille, le samedi 20 juin et panier zarzo, les samedis 6 juin et 4 juillet.
Programme de la journée :
horaires : 9 h - 17 h (accueil café à 8 h 30) ; tarif : 80 euros (matériel, outils et encadrement inclus).
À prévoir : votre sécateur et votre panier-repas.
Lieu : L'Oseraie du Vivier, 375, route de Darnétal à Roncherolles-sur-le-Vivier.
Contact : loseraieduvivier@gmail.com ou 07 82 12 23 29.