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« Notre métier c'est de produire »

En Seine-Maritime comme ailleurs, l'obligation de mettre des parcelles en jachère passait mal. Les mobilisations menées cet hiver ont largement exprimé cette incompréhension. Sa suppression est donc un soulagement pour les agriculteurs seinomarins. Témoignage.

Comme beaucoup d'agriculteurs français, Hervé Delaunay s'est mobilisé durant l'année 2024 pour réclamer la fin de la jachère. L'idée de faire de la jachère l'exaspérait au plus haut point. « Nous avons la chance d'avoir des terres de très bonne qualité, au potentiel de rendement important. Consacrer des hectares à de la non-production n'a aucun sens », explique-t-il. « Je me suis installé en 1989 et j'avais déjà très mal vécu la jachère que l'on nous a imposée en 1992 », se souvient l'exploitant. Mais malgré cette incompréhension, il a bien fallu se plier à la règle. « J'ai la chance d'avoir quelques linéaires de haies sur des terres arables. Je les ai donc valorisés comme la BCAE 8 le permet. J'avais quand même 3 hectares à mettre en jachère », explique Hervé Delaunay qui ajoute « trouver aberrant que les haies présentes sur les prairies ne soient pas comptabilisées ». Ne sachant pas quel serait le sort réservé à la jachère, l'exploitant avait anticipé et ciblé une parcelle destinée à celle-ci. L'exploitation comprend environ 130 ha de terres arables, consacrées aux cultures traditionnelles du département «  des céréales, du colza, des betteraves et du lin textile », résume-t-il et une trentaine d'hectares d'herbe destinée à son troupeau de vaches allaitantes. Hervé Delaunay est membre d'un groupement d'employeurs. Il accueille donc un salarié deux jours par semaine.

Changement d'assolement

Aussitôt l'acquis syndical actant la fin de la jachère jusqu'en 2027 tombé, il s'est empressé de revoir son assolement. « Les 3 hectares prévus en jachère ont été emblavés en betteraves et pour une petite partie en avoine », explique Hervé Delaunay. Naturellement, il se félicite de ce changement de cap opéré par la Commission européenne. Au-delà du gain financier que cela représente pour son exploitation, il considère surtout que la fin de la jachère est en phase avec sa vocation première qui est de produire. Il regrette cependant qu'il « ait fallu que nous nous mobilisions en France et en Europe pour faire comprendre à la Commission européenne que la jachère ne pouvait être une ambition pour son agriculture et son économie ». Il appelle d'ores et déjà les responsables politiques européens à « faire preuve de clairvoyance et de bon sens pour ne pas remettre, lors de la prochaine Pac post-2027, une mesure similaire ». Le message est passé.•


Daniel Couckuyt, vice-président de la FNSEA 76

" La jachère n'est pas compatible avec la souveraineté alimentaire "

Depuis que la Pac existe, la question de la jachère anime les débats.

Souvenons-nous, la Pac de 1992 rendait déjà la jachère obligatoire. Elle sera ensuite supprimée puis remise au goût du jour dans la dernière réforme. La BCAE 8 instaure en effet une obligation de maintien des éléments topographiques du paysage et donne la possibilité, pour y parvenir, de mettre en place de la jachère. Dans des territoires comme les nôtres, autant dire que la jachère devenait quasi-obligatoire pour qui voulait respecter cette BCAE et pour s'assurer des paiements pleins et entiers des soutiens de la Pac. Cette décision imposée par la Commission européenne a rapidement été condamnée par la FNSEA et localement par la FNSEA 76. Elle fut même au cœur des revendications portées durant toute l'année 2024. Comment concilier souveraineté alimentaire et mise en jachère des terres, parmi les plus fertiles d'Europe ? Comment se priver d'une capacité à produire de l'alimentation alors que la question de la faim dans le monde n'est pas résolue ? L'incompréhension était totale, et la mobilisation syndicale contre cette mesure à son comble et finalement payante. Car nos mobilisations syndicales ont permis de supprimer les 4 % de jachères jusqu'à la fin de la programmation en 2027. Cette victoire importante a même été totale car, alors que le ministère voulait que toutes les parcelles encore en jachères soient requalifiées automatiquement en prairies permanentes, le travail de la FNSEA a permis de maintenir en terres arables toutes les jachères de plus de 6 ans.

Concrètement, une jachère de plus de 5 ans peut continuer à être déclarée en jachère avec le code JAC et donc en terre arable si l'exploitant demande l'écorégime, quelle que soit la voie demandée, et s'abstient de toute valorisation de la jachère entre le 1er mars et le 31 août (ou entre le 15 avril et le 15 octobre pour les jachères mellifères) et n'utilise pas de produits phytosanitaires pendant cette période ou si l'exploitant engage sa jachère dans une Maec. La fin de la jachère est un acquis important du réseau FNSEA – JA qui se battra maintenant pour que la mesure ne figure pas dans les prochaines programmations.

Propos recueillis par Simon Huet

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