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Nathalie Gontard, chercheuse de renom et féministe engagée.

Nathalie Gontard, 56 ans, est directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement depuis 2011. Cette experte en sciences trans-disciplinaires des emballages, polymères et aliments a reçu des prix prestigieux. Elle coordonne de nombreux projets collaboratifs internationaux, est fréquemment sollicitée par les médias sur la pollution plastique et a contribué à la réglementation sur la sécurité sanitaire des emballages alimentaires et du recyclage des plastiques. Depuis le début de sa carrière, Nathalie Gontard s’est engagée en faveur des femmes et de leur légitimé dans la recherche. Rencontre.

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« L’une des missions les plus importantes, de l’expert(e) scientifique, l’un des défis les plus difficiles à relever aussi, est de savoir transmettre ses connaissances au plus grand nombre, et ce, jusqu’aux plus hauts niveaux, et de les positionner dans un ensemble beaucoup plus vaste de savoirs. »
© Marc Ginot

Comment vous êtes-vous tournée vers la recherche ?

Je suis issue d’une famille où l’on ne faisait pas d’études. Enfant, je n’avais pas d’ambition professionnelle. Je me suis orientée vers un Institut universitaire technologique (IUT) en génie biologique car je voulais travailler rapidement. J’ai alors rencontré des professeurs qui m’ont poussé à continuer en saluant mes très bons résultats. Ils m’ont inscrite en école d’ingénieurs, où j’ai été admise.

En dernière année d’école d’ingénieurs, j’ai décidé de m’inscrire en parallèle en Master en nutrition pour pouvoir m’orienter vers la recherche. Ce domaine m’attirait car j’aime aller au fond des choses et analyser en toute liberté.

Étant classée première de mon Master, j’ai obtenu une bourse du gouvernement qui m’a permis de choisir librement mon sujet de thèse. Dans les années 80, le plastique était omniprésent. J’ai eu le sentiment que c’était un matériau à la fois intrigant et révolutionnaire. Je me rendais compte que les emballages alimentaires étaient un sujet très important, mais on n’en parlait absolument pas.

C’est pourquoi, j’ai choisi de soutenir une thèse sur le développement d’emballages biodégradables en collaboration avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et une multinationale alimentaire française en 1991.

 


Vous avez fortement contribué à accroître la visibilité et la légitimité des femmes dans la recherche. Comment cet engagement est-il né ?

Étudiante, je souhaitais travailler en production agroalimentaire. Mais ce domaine étant réservé aux hommes, j’ai été orientée vers le laboratoire qualité. C’est lors de ce stage en entreprise que j’ai compris que j’allais devoir me confronter à bon nombre d’a priori.

Quand je suis arrivée à l’université de Montpellier en 1999 en tant que professeur, j’ai eu à cœur de créer un laboratoire exclusivement composé de femmes à ses débuts. Prendre soin des collègues et étudiantes que j’ai croisées aux quatre coins du monde a été un fil conducteur dans ma carrière. J’ai notamment concrétisé cela en créant des réseaux de jeunes chercheuses pour favoriser un terrain d’entraide et de soutien.

Au Japon, j’ai par exemple initié de jeunes chercheuses à la coordination de projets de recherche et à la recherche de financements. C’est un élément fondamental pour leur autonomie. Il est essentiel de donner confiance aux jeunes chercheuses et de les convaincre de leur légitimité à évoluer dans ce domaine.

J’ai également encouragé de nombreux jeunes chercheurs à accepter l’autorité d’une femme dans un laboratoire. Je souhaite vivement que l’on rompe avec cette idée fausse selon laquelle les femmes auraient des difficultés à prendre des responsabilités.

 


Quels sont vos projets pour l’avenir ?

L’une des missions les plus importantes, de l’expert(e) scientifique, l’un des défis les plus difficiles à relever aussi, est de savoir transmettre ses connaissances au plus grand nombre, et ce, jusqu’aux plus hauts niveaux, et de les positionner dans un ensemble beaucoup plus vaste de savoirs.

Je continuerai à m’investir dans les problèmes de pollution plastique et d’alimentation en intégrant une nouvelle dimension : les interactions entre sciences et sociétés. J’ai notamment effectué une formation sur ce sujet à l’Institut des hautes études pour la science et la technologie (IHEST).

Comment adopter une démarche d’intelligence collective pour construire des connaissances et des solutions pour aujourd’hui et demain, y compris sur le long terme, en s’appuyant sur une science pluri-disciplinaire ? Voilà un sujet qui me passionne.



La carrière de Nathalie Gontard en quelques dates.

1985 : Diplôme Universitaire de Technologies en Génie Biologique - IUT Montpellier

1988 : Diplôme d’Ingénieur en Sciences et Technologies Alimentaires - Polytech Montpellier

1991 : Thèse de Doctorat en Sciences des Aliments - Université Montpellier

1992 : Prix Européen sur la valorisation de coproduits céréaliers pour sa thèse

1993 : Maître de Conférences AgroParis Tech et chercheuse associée au CIRAD

1998 : Habilitation à Diriger des Recherches - Université Montpellier

2010 : Professeure à l’Université de Kyoto (Japon)

2016 : Lauréate de l’Académie Internationale des Sciences des Aliments

2017 : Lauriers INRA défi scientifique

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