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Miscanthus : « Nous avons fait le choix d’implanter 20 hectares d’un seul tenant »

L’EARL du Bellevent à Grigneuseville a implanté 20 hectares de miscanthus en 2022, avec le double objectif de se diversifier et de mieux gérer le temps de travail. La deuxième récolte en 2025 a donné 300 tonnes commercialisées principalement comme litière pour des éleveurs laitiers.

Voilà quatre ans que l’EARL du Bellevent (Pascal et Lætitia Dehosse) à Grigneuseville s’est lancée dans la production de miscanthus. Un choix fort et assumé. « Notre objectif, c’était la diversification, explique Lætitia Dehosse. Alors nous avons fait le choix d’implanter 20 hectares d’un seul tenant. Et sur une bonne parcelle. » Un pari gagnant. La démarche naît avec le départ coup sur coup des deux salariés. Pascal Dehosse, qui gère alors aussi une entreprise de travaux agricoles (ETA), se décide à recentrer son activité sur sa seule exploitation et cherche alors à résoudre son équation “temps de travail”. « Pour moi, continuer à faire de l’ETA ne servait à rien. Ça n’était pas rentable », se rappelle-t-il.
Le miscanthus apparaît alors comme une solution intéressante. Il ne nécessite que peu d’interventions après son implantation, en dehors de la récolte. Et celle-ci a le mérite d’être décalée dans la saison, permettant de lisser un peu les pics de travail. De plus, le miscanthus figurait déjà dans les options de diversification de l’exploitation. « Cela faisait peut-être cinq ans que je cherchais des débouchés », précise Lætitia Dehosse, qui avait bien repéré la diversité des marchés qui s’offrait.

Une production écoulée localement

C’est finalement le pragmatisme qui a conduit l’EARL du Bellevent à s’orienter prioritairement vers un débouché “litière”. Un marché qui présente bien des avantages : « On recherchait un débouché local, avec des volumes les plus importants possibles, et sans transformation ». Aujourd’hui, 98 % de la production de l’exploitation (300 tonnes lors de la récolte 2025) est commercialisée auprès d’éleveurs du secteur, principalement laitiers. Le reste est vendu pour du paillage, au secteur horticole ou à des particuliers. Principalement en vrac, mais aussi de manière très anecdotique, ensaché sous film plastique. Dans ce dernier cas, c’est l’entreprise Novabiom, basée en Eure-et-Loir, qui réalise l’ensachage.
Pour répondre à la demande des éleveurs, Pascal Dehosse s’applique à proposer un miscanthus bien calibré (10 à 15 mm) avec une tige suffisamment éclatée pour assurer la meilleure absorption possible. « Cela suppose surtout d’avoir des couteaux très bien aiguisés sur l’ensileuse, insiste l’agriculteur. Ensuite, cela se joue sur les réglages et la vitesse d’avancement. » La récolte se fait à 15 % d’humidité (maximum 17 %). Elle est directement valorisable, mais suppose d’être stockée. « C’est l’un des enjeux de cette culture. Il faut de grosses capacités de stockage, de l’ordre de sept mètres cubes par tonne. »
À l’EARL du Bellevent, la récolte était jusqu’ici stockée dans un bâtiment annexe. Mais le miscanthus pourrait bien, dès l’année prochaine, rejoindre le hangar principal qui dispose d’une ventilation. De quoi ajuster éventuellement le séchage. « Si on le peut, nous l’alloterons en fonction de la qualité, pour répondre au plus juste à toutes les demandes, et nous nous donnerons aussi la possibilité d’acheter des récoltes à d’autres producteurs », poursuit Pascal Dehosse. Preuve que le marché est bien là et que l’agriculteur est confiant dans son débouché. Il le fallait. Car avec un coût de l’ordre de 3 500 euros l’hectare, l’implantation du miscanthus ne doit pas se faire à la légère. 

L’implantation : le moment critique

La qualité du rhizome est primordiale. « Il faut le planter tout de suite. Ou en tout cas deux à trois jours maximums après la réception, insiste l’agriculteur. Nous, nous les avons mis dans un frigo à pommes de terre à leur arrivée car nous avions peur qu’ils se dessèchent. »
Pour réaliser les 20 hectares à Grigneuseville, il aura fallu quatre jours de travail complets à quatre personnes, de 7 heures à 21 heures. La planteuse 4 rangs, dont l’avancée est de l’ordre de 1,5 kilomètre par heure, est fournie par Novabiom, principal producteur de rhizomes en France. On compte 20 000 rhizomes plantés par hectare, avec l’objectif d’une densité finale de 17 à 18 000. « De notre côté, nous avons eu très peu de pertes », se félicite Pascal Dehosse.
L’implantation s’est très bien passée dans une parcelle qui était, depuis plusieurs années, conduite en ACS (agriculture de conservation des sols). Celle-ci sortait d’un couvert riche en protéagineux. La terre a été préparée comme pour des pommes de terre avec, en sus, un passage de rouleau. « Il est aussi conseillé de faire un insecticide de sol, notamment à cause des taupins. Vu le prix du rhizome, je l’ai fait, car le risque était gros, détaille l’agriculteur. Mais avec le recul, je le regrette. À la plantation, j’ai aussi fait un désherbage et trois passages de herse, car c’est une pièce à vulpins… ».

Plein rendement à partir de la quatrième année

En théorie, un désherbage de rattrapage est envisagé l’année suivant la plantation. Mais Pascal Dehosse n’en a pas eu besoin, préférant miser sur la couverture du sol. « Fin juin, j’ai semé un mélange de vesces, pois, féveroles et lentilles, au semoir à disques. Les miscanthus faisaient 50 à 60 centimètres. » Plus aucune intervention n’est nécessaire ensuite. En dehors bien sûr de la récolte.
La première a lieu à l’issue de la deuxième année de pousse. Avec un réel succès. L’EARL du Bellevent affiche en effet un rendement de 11 tonnes par hectare en 2024 et 16 tonnes en 2025. « En choisissant une bonne parcelle, conduite en ACS, nous avons quasiment gagné un an dans le cycle de production », se réjouit Pascal Dehosse. En général, en effet, la première récolte se fait avec un demi-rendement, aux alentours de 7 tonnes. Le plein rendement est atteint en quatrième récolte, avec une moyenne annuelle qui, selon Novabiom, oscille entre 10 et 20 tonnes par hectare.•

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