Méthanisation : la conversion vers l'injection, un nouveau défi économique
Après quinze ans de développement, la méthanisation agricole entre dans une nouvelle étape. Les premières unités en cogénération arrivent au terme de leurs contrats de vente d'électricité. Pour beaucoup d'exploitants, la question n'est plus de produire de l'électricité, mais de réfléchir à une conversion vers l'injection de biométhane. Un virage stratégique qui redessine progressivement la filière.
Lorsque les premiers méthaniseurs agricoles se sont lancés au début des années 2010, le modèle était presque toujours le même : produire de l'électricité grâce à un moteur de cogénération, tout en valorisant la chaleur sur l'exploitation. Les contrats d'achat garantis assuraient alors une visibilité économique sur plusieurs années.
Quinze ans plus tard, le contexte a profondément évolué. Les tarifs historiques arrivent à échéance et les prolongations proposées sont nettement moins favorables. Dans le même temps, les politiques énergétiques orientent désormais le développement vers le biométhane injecté dans les réseaux de gaz. "L'enjeu est de ne laisser personne sur le bord de la route", résume Étienne Adeline, représentant de l'Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF).
Une conversion qui demande anticipation et investissements
Pour les exploitants concernés, il ne s'agit pourtant pas d'un simple changement d'équipement. Convertir une unité implique de vérifier la capacité du réseau gazier, d'investir dans un système d'épuration du biogaz, de revoir les contrats de commercialisation et de composer avec des délais administratifs parfois longs. "Il faut vraiment anticiper. Deux ans d'avance ne sont finalement pas de trop", témoigne Mathieu Deschamps, éleveur installé à Cléville, qui a engagé la conversion de son unité.
Au-delà des aspects techniques, c'est tout le modèle économique de la méthanisation qui évolue. Les unités converties ne bénéficient plus des tarifs d'achat garantis. Elles devront commercialiser leur production via de nouveaux contrats, comme les certificats de production de biométhane (CPB), qui reposent davantage sur des relations de marché.
Un potentiel important, à nuancer
Cette évolution pourrait également transformer le paysage de la méthanisation. Selon Biomasse Normandie, la région compte encore 144 unités en cogénération. Si elles basculaient toutes vers l'injection, la production régionale de biométhane pourrait augmenter d'environ 67 %. Une perspective importante dans un contexte où le gaz renouvelable est appelé à prendre une place croissante dans le mix énergétique. Toutes les exploitations ne pourront cependant pas franchir ce cap. Les unités les plus modestes, notamment celles fonctionnant uniquement avec des effluents d'élevage, peinent souvent à atteindre la taille critique nécessaire pour rentabiliser les nouveaux investissements. La mutualisation entre plusieurs exploitations ou l'agrandissement des unités pourraient alors constituer des pistes d'avenir.
Une filière qui évolue
Au-delà de la technologie, cette évolution illustre surtout la transformation économique de la méthanisation agricole. Après l'ère des tarifs d'achat garantis, les exploitants devront davantage s'appuyer sur des contrats de marché et sur leur capacité à sécuriser des débouchés. Plus que jamais, l'anticipation et l'accompagnement technique et juridique deviennent des leviers essentiels pour pérenniser les projets.•
Trois nouveaux podcasts à découvrir sur la méthanisation
Les Chambres d'agriculture de Normandie proposent une série de podcasts spécialement conçus pour accompagner les agriculteurs dans la mise en œuvre de leur projet de méthanisation. Cette série a pour objectif de livrer des conseils et des témoignages d'agriculteurs et d'experts pour donner des clés de réussite concrètes aux futurs porteurs de projets.
Trois nouveaux épisodes rejoignent la série :
- “Méthanisation : et si le chantier tournait mal ? ;
- “Les Cives, l'atout cultures de l'agriculteur-méthaniseur” ;
- “Méthanisation : l'avenir des cogénérations ?”.