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L’industrie phytosanitaire provoque le débat entre agriculteurs et écologistes.

L’UIPP (Union pour la protection des plantes) ne se cache pas et veut« visiblement » débattre sur l’usage des produits phytosanitaires. Plusieurs rencontres sont programmées en France. L’une d’elles s’est déroulée au centre des congrès de Caen.

Deux représentants du monde agricole et une élue régionale écologiste réunis le 29 novembre en Normandie, dans le cadre du Siècle vert, l’opération de communication imaginée par l’industrie phytosanitaire.

« Pesticides, vraiment utiles ? », telle était la question posée. Pendant trois jours, un plateau TV mis en place par La Chaîne normande a permis d’enregistrer différents témoignages. Le débat était organisé en présence de trois invités : Caroline Amiel, conseillère régionale Normandie Ecologie – EELV, Alexandre Quillet, président de l’ITB l’ITB (institut technique de la betterave) et Arnold Puech d’Alissac, président de la FRSEA (fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles) de Normandie.

Deux hommes face à une femme.

Au milieu, un journaliste médiateur et animateur.Alexandre Quillet revendique pour son métier de pouvoir utiliser les produits phytosanitaires. C’est un peu comme l’eau de Javel, explique-t-il, il y a des « choses utiles à comprendre pour pouvoir bien les utiliser » mais il en a besoin pour ses cultures. C’est ce qu’il veut faire comprendre et il déplore les procès faits à la profession.Pour Caroline Amiel « il n’y a pas de procès ». Et de préciser dès le début du débat : « je ne veux pas qu’on parle d’agribashing ». Pour elle, c’est clair : « on ne veut plus de ces produits-là ».

Le décor est posé et l’on voit bien qu’il sera difficile de rapprocher les deux bords.

Arnold Puech d’Alissac se lance sur le chemin sensible du glyphosate et parle du protocole mis en place avec 38 agriculteurs pour expérimenter ce que représente une sortie de ce désherbant. Il parle aussi des « pisseurs volontaires » et des analyses menées par les associations écologiques dont les résultats diffèrent des tests « beaucoup plus fiables faits par les agriculteurs ». Pour lui il s’agit d’une opération de lobbying. Et de lancer sous forme de boutade : « S’il y avait un test de l’honnêteté intellectuelle dans les urines, je ne suis pas sûre qu’on en trouverait chez Yannick Jadot ».

Caroline Amiel riposte et défend pour sa part les Faucheurs volontaires de l’Ariège qui ont lancé la vague de recherche des pesticides dans les urines. « Si nous n’avons pas d’OGM en France, c’est grâce à ces faucheurs », lance-t-elle.

Décidément, difficile de trouver un terrain d’entente. Alors que Caroline Amiel milite pour « un autre type d’agriculture qui ne nous mette pas en danger », Alexandre Quillet veut faire passer le message que les pesticides contribuent à fournir une« alimentation de qualité, sûre et en quantité suffisante ». Il pose la question : « Si on mettait 100 % de bio demain, est-ce que l’équilibre économique durerait pour les agriculteurs ? Je pense que le marché s’écroulerait. »

 

Les produits phytosanitaires en lien avec la mondialisation

Arnold Puech d’Alissac enfonce le clou : « heureusement que nous avons des pesticides, même en agriculture biologique ». Et de rappeler l’intérêt du sulfate de cuivre et de l’historique bouillie bordelaise. « 25 % de nos pesticides sont autorisés en bio », rappelle-t-il encore.

On parle de santé, de risques de cancer, d’une étude épidémiologique Agrican (agriculture et cancer) menée par la MSA sur 180 000 personnes. Les représentants de la profession agricole rappellent que certaines molécules sont retirées du marché, au profit parfois de molécules moins efficaces. La représentante écologiste parle de « maladies professionnelles reconnues ».

Une heure et demie de débat ne suffira pas pour faire toute la lumière.

On parle de prix, de concurrence et de marché mondial aussi. Le président de la FRSEA assure qu’il y a un rapport de 1 à 3 entre les rendements en bio et en conventionnel. Pour les grandes cultures, le bio représente moins de 5 % du marché en France. Mais « il n’y a pas de demande de céréales bio à l’export », observe Arnold Puech d’Alissac. « Le défi démographique » ne permet pas de « perdre beaucoup en volume ». Pour lui « Le but, c’est d’assurer une récolte et qu’il n’y ait pas de résidus dans l’assiette du consommateur ».

Caroline Amiel, de son côté s’interroge : « c’est quoi les avantages de la mondialisation ? Est-ce que ce n’est pas ça qu’il faut remettre en cause ? » Elle en est persuadée : « l’agroécologie peut nourrir la planète ».

Le débat l’a bien fait comprendre, la question des pesticides ne s’arrête pas au bout du champ. Les trois intervenants s’accordent sur un point : il faut adapter les productions au dérèglement climatique.

Alexandre Quillet défend pour sa part l’idée qu’il est déjà dans une démarche de diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires. Il ne se considère pas comme un « pollueur ». Il parle du « contrat de solutions » mis en place par 43 partenaires du monde agricole. Pour aller dans ce sens, il compte aussi sur la génétique. Pour lui, il faut faire « place à la science et qu’on puisse l’écouter ».

Arnold Puech d’Alissac estime lui aussi que les professionnels de l’agriculture sont « engagés dans la transition ». Ensuite, « c’est un problème de tarif » avance-t-il, « il faut que ça s’adapte au niveau de la consommation ». Mais une chose est certaine « les agriculteurs ont envie d’être en phase avec la société ».

Siècle vert

L’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) a créé le « Siècle Vert », un outil de communication vers le grand public. Il s’est fait remarquer lors du dernier salon de l’agriculture à Paris avec un stand sur l’utilité et l’impact des pesticides dans le quotidien des Français. L’opération continue en régions avec une série de rencontres entre différents interlocuteurs, pour provoquer des débats.

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