Lin : les producteurs saluent l'importance du collectif
Les producteurs de lin textile, membres de l'AGPL, se sont réunis en assemblée générale le 2 juin dans le Calvados. Objectifs : maintenir la structuration de la filière lin, anticiper pour garder de la visibilité, se différencier par la qualité et être reconnus.
La nouvelle présidente de l'AGPL (Association générale des producteurs de lin), Lucie Morgand, a voulu placer cette journée sur le thème du collectif. Ce sens du travail en interconnexion permanente entre tous les partenaires de la filière a d'ailleurs été salué par le ministère de l'Agriculture en ce début d'année. "Notre objectif principal est de nous nourrir les uns les autres pour atteindre nos choix stratégiques, principalement pour montrer et prouver que nous faisons du lin de qualité".
Un barème socle à revaloriser
Parmi les dossiers en cours, celui de l'assurance aléas climatiques est suivi depuis 2019. "En 2019, l'AGPL a obtenu la revalorisation du barème socle de 30 %. Aujourd'hui ce barème est encore trop bas. Cette année, le ministère redistribue les cartes sur une moyenne triennale. Nous allons continuer à nous battre sur la revalorisation du barème en nous appuyant sur le coût de production. Nous avons rencontré les leaders de l'assurance pour leur expliquer nos problématiques. Ce dossier est capital et stratégique pour l'avenir", a précisé Franck Jubert, administrateur à l'AGPL et liniculteur en Seine-et-Marne.
"Notre objectif sera de proposer à tous les producteurs une caisse à outils bien complète pour assurer correctement son lin", a ajouté la présidente.
L'AGPL travaille depuis des années avec Cerfrance sur le coût de production. Ce coût de production a augmenté d'un peu plus de 25 % depuis 2020 et concerne tous les postes.
"Le collectif est un mot lourd de sens en ce qui concerne le dossier semences", a poursuivi Lucie Morgand qui rappelle qu'une section semences a été créée au niveau de l'AGPL.
"Nous avons aujourd'hui un ratio d'un hectare de semences pour 4 hectares de fibres mais, malheureusement, les rendements et la qualité ayant été impactés par les conditions climatiques de 2025, la production de semences reste insuffisante. La demande de dérogation a concerné des tonnages particulièrement élevés cette année, 80 000 quintaux, et l'administration semble devenir de plus en plus frileuse à délivrer ces dérogations", a ajouté Xavier Boisard, liniculteur et multiplicateur engagé dans la Somme.
Ce dernier a remercié les teilleurs car leur travail a permis aux liniculteurs de semer leur lin 2026 mais l'objectif est maintenant de trouver des solutions pérennes.
Des surfaces 2026 record
Pour 2026, les producteurs de lin ont semé 200 000 hectares de lin, dont 60 000 hectares de lin d'hiver en 2025. C'est un record.
Pour les trois principaux pays producteurs européens (France, Belgique et Pays-Bas), ce sont 226 000 hectares qui ont été semés contre 200 000 hectares en 2025. À noter de nouvelles surfaces semées en Europe, environ 2 000 hectares, au Royaume-Uni (Angleterre et Écosse).
"Le marché réagit positivement à la production record 2025 de 200 000 tonnes de fibres longues. Entre janvier 2025 et mars 2026, le prix moyen est passé de 3,30 euros pour tendre vers 6 euros. Les ventes dépassent la production. Nous vendons tout ce que nous produisons et le marché n'est pas encore fourni. La fibre courte suit la même dynamique car les Chinois ont appris à la travailler", a expliqué Christophe Chopin, vice-président de l'AGPL et liniculteur dans l'Eure.
Les Chinois s'installent en Égypte
Damien Durand, directeur économique à L'Alliance a fait un petit focus sur la production égyptienne de lin. "L'Égypte a produit 42 000 tonnes de fibres longues en 2025, ce qui n'est pas rien. La fibre de lin égyptien est moins chère de trois que la fibre européenne certifiée. Les Chinois investissent de plus en plus dans ce pays et ouvrent prochainement une filature sur le delta du Nil où au moins 30 % de lin travaillé sera égyptien".
L'Alliance suit également l'évolution au Royaume Uni où l'ouverture d'un teillage est annoncée en 2027. Au Canada, il y a une ambition affichée de 12 000 hectares d'ici 3 à 5 ans et en Amérique du Nord il y a une structuration en cours de la North American Linen Association.
Protéger le lin européen certifié
L'Alliance a participé pour la première fois au salon Fiers&Yarnis à Mumbai du 16 au 18 avril. L'Inde est un gros challenge pour le marché européen car les Indiens ont des aspirations tournées vers la durabilité. Ce pays dont l'âge moyen est inférieur à 30 ans a dépassé la Chine en nombre d'habitants. Le lin est à la mode et la fibre de lin certifiée "Masters of Flax fibres" représentait 95 % de la production en 2025 dans ce pays.
Comparativement à la Chine, il y a peu de filatures en Inde mais elles sont beaucoup plus grosses (120 000 broches en Inde/850 000 broches en Chine/49 000 broches dans Union européenne).
Mais Pascal Prévost, président de la promotion de l'Alliance, a alerté sur l'émergence de fibres moins qualitative : "Pour ceux qui ne sont pas convaincus, la concurrence va exister. Il nous faut protéger nos matières le plus vite possible".•