Les éleveurs bovins dénoncent des baisses de prix injustifiées
Dès 4 heures du matin, mardi 28 juillet, près d'une centaine d'agriculteurs venus de tous les départements normands ont bloqué l'accès de l'abattoir Socopa de Gacé (Orne), à l'appel de la Fédération nationale bovine et du réseau FDSEA-JA. Une action destinée à dénoncer la baisse de prix des viandes payées aux producteurs et orchestré, selon les syndicats, par le groupe Bigard.
Le marché bovin subit « une baisse continue et injustifiée des cotations », lance Philippe Sellier, membre du bureau de la FNB et éleveur dans l'Eure. Face à cet amer constat, une mobilisation régionale coordonnée d'une centaine d'agriculteurs s'est organisée mardi 28 juillet devant les abattoirs du groupe Bigard. Objectif : se faire entendre. « Nous avons choisi cet abattoir Bigard car le groupe est le leader français, précise Philippe Sellier. Depuis plusieurs semaines, nous constatons une baisse des prix payés aux éleveurs sans raison valable. Car, d'une part, la consommation de viande stagne avec - 0,6 % sur les six premiers mois de l'année ; d'autre part, il y a une baisse de production. Ces circonstances devraient donc tirer les prix vers le haut mais c'est le contraire qui se produit ».
« Les groupes courent eux-mêmes à leur perte »
La colère chez les éleveurs français est telle qu'une quinzaine d'actions similaires ont eu lieu simultanément devant des abattoirs Bigard en France ce 28 février. Et pour cause. La baisse des prix intervient dans un contexte où la sécheresse inquiète les éleveurs. Au vu de l'état des récoltes, « beaucoup se demandent comment ils vont nourrir leurs animaux cet hiver et, par conséquent, ils en réduisent le nombre pour ne pas manquer de fourrages », déplore Sylvain Delye, président de la FDSEA de l'Orne. Pour rappel, le cheptel français a perdu un million de vaches en dix ans. « Rien que sur le premier semestre 2026, on compte 100 000 veaux de moins et les perspectives de baisse sont les mêmes sur le second semestre », concède Philippe Sellier.
Bien évidemment, la question sous-jacente du devenir de la filière et de l'installation des jeunes se pose. « Sans prix, il n'y aura plus d'installations, souligne Valentin Lecœur, président JA de la Manche. Personne ne démarre un projet de vie en sachant qu'il travaillera sans réussir à en vivre décemment. Il faut que les groupes se rendent compte que, à force de baisser les prix, il n'y aura plus d'éleveurs et donc plus d'abattoirs. Ils courent eux-mêmes à leur perte ».
Arborant son gilet orange floqué de la FNSEA 76, François-Xavier Quemin, polyculteur-éleveur de charolaises à Morville-sur-Andelle, acquiesce en ce sens et précise : « si on veut des éleveurs et des abatteurs dans 10 ans, il faut sortir de cette mécanique de prix et de fonctionnement. »
Abel Vigreux, polyculteur- éleveur allaitant de blondes d'Aquitaine à Paluel, n'a pas hésité non plus à faire le déplacement à Gacé pour défendre l'élevage. « Moins d'animaux, c'est moins de prairies car les haies sont supprimées pour faciliter la production de grandes cultures. Cela entraîne donc plus d'érosion et d'eau polluée... Je suis aussi là parce que je veux garder mes prairies ». L'éleveur qui détient 80 mères a constaté une baisse d'1 €/kg de carcasse en quatre mois. « Le calcul est simple : sur une bête de 500 kg, le manque à gagner est de 500 € ». L'éleveur concède qu'il ne tiendra pas ainsi économiquement très longtemps.
Une copie à revoir pour assurer la pérennité du métier
« Nous voulons que les éleveurs vivent de leur métier, martèle Anne-Marie Denis. L'année dernière, les élevages bovins étaient à environ 1,5 Smic/UTH. Pour autant d'heures de travail, c'est le minimum. Aujourd'hui, les exploitations allaitantes sont entre 500 € et 1 000 €/UTH ». « Il y va de la pérennité de l'élevage français et plus largement de la souveraineté alimentaire de notre pays », conclut-elle.•