Les Consultations jeunes consommateurs pour éviter de tomber dans la dépendance
Les Consultations jeunes consommateurs (CJC) est un dispositif d'écoute et de soutien pour les jeunes ayant une consommation d'alcool excessive, mais également pour leur entourage qui s'inquiète.
La Consultation jeunes consommateurs (CJC) est un dispositif d'accueil, d'écoute et d'accompagnement crée en 2006, destiné aux jeunes qui s'interrogent sur leur consommation de substances psychoactives (alcool, cannabis, tabac, autres drogues) ainsi qu'à leur entourage. Portée par l'Œuvre normande des mères (ONM), la CJC permet de faire le point sur ses usages, de recevoir des conseils personnalisés et si nécessaire, d'être orienté vers un accompagnement adapté.
Ne pas fermer les yeux et exprimer son inquiétude
« Je rencontre des jeunes qui ont des consommations excessives d'alcool mais également de tabac, de drogue, de jeux vidéo... Cela touche tous les milieux. Mon objectif est de faire le point avec eux et de leur éviter de rentrer dans la dépendance », explique Valentin Chavignon, qui est psychologue à l'ONM.
« L'entourage qui suspecte quelque chose d'anormal ne doit pas fermer les yeux mais il est important de ne pas faire culpabiliser le jeune. Mon conseil est de choisir le bon moment pour en parler, et surtout pas quand la personne est alcoolisée ».
Pour le psychologue, il ne faut pas être dans le jugement mais il est important d'exprimer son inquiétude de voir le comportement de son enfant ou de son ami(e) changer.
Gratuit et anonyme
« Derrière une consommation excessive, il peut y avoir plusieurs raisons. C'est pourquoi le premier rendez-vous est important. Toutes les consultations sont gratuites et anonymes » : Cela peut être pour faire comme les autres, pour gérer un stress, ou pour rechercher la convivialité à l'occasion d'une soirée. « Une personne introvertie peut s'alcooliser pour s'aider à mieux s'intégrer dans le groupe ».
L'addiction peut également être la conséquence d'un traumatisme. « Nos jeunes ne vont pas bien. Il y a beaucoup de sources de stress et nous vivons dans une société anxiogène. Les réseaux sociaux sont la porte ouverte à des discussions très violentes, des moqueries, des insultes, du harcèlement ».
Une consommation ponctuelle mais importante
Valentin Chavignon donne quelques-uns des signes qui doivent alerter l'entourage : une consommation de plus en plus fréquente et de plus en plus importante, une personne qui finit les bouteilles, qui parle beaucoup et fort... Un jeune irritable, qui change d'humeur souvent, qui est toujours fatigué, qui a des difficultés scolaires, qui a des troubles de la mémoire doit interpeller. Cela peut également être une consommation solitaire. « Retrouver une bouteille sous le lit est bien sûr un signe d'alerte ».
Souvent, chez le jeune, il ne s'agit pas d'une consommation quotidienne mais plutôt ponctuelle, par exemple uniquement les week-ends mais de façon très importante.
« Au début le pote fait rire tout le monde, ensuite, il devient une larve sur le canapé ou est agressif. Il n'est plus invité et se retrouve isolé ».
L'entourage, les parents et/ou les amis peuvent donc demander de l'aide s'ils repèrent un problème de leur enfant ou ami avec l'alcool.
Pas de jugement
Mais il ne faut pas devenir un "policier thérapeute" mais rester un "adulte repère" qui aide son enfant à trouver le professionnel adéquat. « Je vois que ton comportement change et je m'inquiète pour toi. Je pense que tu as besoin d'aide et il existe des professionnels qui peuvent t'aider. »
« Quand un parent vient nous voir pour nous demander de l'aide, nous essayons de le faire monter en compétences, pour l'aider à parler avec son jeune plutôt des faits et sans jugement, l'aider à communiquer son inquiétude sans chercher à contrôler. Il ne faut surtout pas rompre le lien de confiance qui existe. Le parent a souvent tendance à culpabiliser, et a parfois des réactions incohérentes ».
Doctolib a facilité l'accompagnement
Il est essentiel de garder le lien et la confiance pour lui donner envie de rencontrer quelqu'un qui peut l'accompagner et l'aider à ne pas devenir dépendant. « Depuis qu'il est possible de prendre rendez-vous sur Doctolib, j'ai plus de visites. Les rendez-vous sont anonymes, confidentiels et gratuits. La personne peut prendre un pseudo. Je peux également me déplacer si nécessaire ».
« Quand le jeune accepte le premier entretien, je lui explique que son cerveau est devenu une cocotte-minute : ses soupapes ne fonctionnent plus (soucis au travail, relations familiales compliquées, plus de moments de plaisirs dans sa vie) et le cerveau cherche une soupape artificielle qui peut être l'alcool, le tabac, le cannabis... pour se soulager. L'environnement et le contexte de la visite doivent être pris en compte pour mettre en place un protocole personnalisé. Le but est que la personne comprenne comment elle en est arrivée là. En moyenne, cinq consultations sont nécessaires. »
Cinq territoires principaux en Normandie
L'Œuvre normande des mères est une association loi 1901 basée en Seine-Maritime. Elle aide les femmes, les mères, les enfants et les familles en difficulté. Elle propose un logement, un accompagnement social et de l'aide à la parentalité. L'association intervient sur cinq territoires principaux en Normandie : Rouen, Canteleu, Elbeuf, Dieppe et Yerville. Son action de prévention s'articule principalement autour de la santé, des addictions et de la protection de la jeunesse en Normandie.
Concernant l'addictologie, via ses structures dédiées (comme les CSAPA* et CAARUD**), l'ONM propose des actions de prévention, de soins et de réduction des risques liés aux addictions avec ou sans produits (alcool, drogues, écrans).•
* CSAPA : Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie.
** CAARUD : Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues.