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Les champignons, indicateurs de bonne santé des sols

Pour revitaliser les sols cultivés, l'équilibre entre champignons et bactéries est toujours à rechercher. La présentation de l'agronome Francis Bucaille lors de la rencontre Agronomie et Innovations de Noriap le 4 février dernier donne de nombreuses pistes de réflexion.

Pour la vitalité des sols cultivés, un bon compromis entre champignons et bactéries est nécessaire. Un équilibre est essentiel pour la robustesse des sols car ces deux grandes familles ont des comportements différents : les bactéries ont un métabolisme très actif et rapide. À partir de 100 molécules de carbone, elles en respirent 85 % sous forme de gaz carbonique et en stockent 15 % dans le sol. La respiration des champignons est différente : à partir des 100 molécules de carbone, les champignons en respirent 50 et en stockent 50.

Fertilité biologique : un bon ratio bactéries/champignons

« Les bactéries vivent en colonies et quand elles ont épuisé leur environnement immédiat, elles se mettent en dormance. Si on bouge le sol, elles se remettent en activité car on remet à leur disposition des nutriments auxquels elles n'avaient pas accès. Le mycélium a l'avantage de pouvoir aller chercher de la nourriture à 5 ou 10 cm de distance, contrairement aux bactéries. Dans l'histoire de l'agriculture, les champignons ont souvent été dérangés en travaillant énergiquement les sols ».

Les champignons sont capables de prospérer sur des matériaux qui ont des C/N très élevés (1 000 ou 2 000 ou 3 000). S'ils sont présents, ils digèrent sans problème des C/N de 80. «  Même si on ne voit plus les champignons dans son sol, il faut savoir qu'ils peuvent résister durant des décennies et reprennent leur place dès que les conditions redeviennent favorables. C'est une chance ». « De plus en plus d'analyses le montrent : détruire un couvert végétal jeune permet de lutter contre l'érosion et de récupérer des nitrates mais pas de stocker du carbone ».

Fertilité physique : rétablir le ratio calcium/magnésium

Les bactéries sécrètent des colles bactériennes (polysaccharides) qui, face aux phénomènes de tassement, provoquent une inclusion sous résine. Le sol ne reprend pas sa place. Les champignons, quant à eux, produisent la glomaline, une colle qui lie les particules terreuses, retient l'eau et les nutriments. Elle joue le rôle de mémoire de forme derrière le passage des engins lourds.

Le calcium et le magnésium sont deux cations divalents capables de faire un pont entre l'humus et l'argile qui donne de la stabilité. Le calcium a un effet structurant et aérateur, le magnésium a un effet structurant et cohésif. « Avec un ratio de 68/12, le producteur a les moyens de régler le comportement physique structural de ses sols ».

Fertilité chimique : attention à l'acidification de surface

« En situation de non-travail du sol, on constate des pH de surface qui dégringolent. La bonne moyenne que l'on trouve à 25 ou 30 cm de profondeur ne reflète pas toujours ce qu'il se passe dans les 2-3 premiers centimètres. Le calcium peut migrer en profondeur et ce phénomène de décalcification peut passer inaperçu jusqu'à devenir vraiment sévère. La solution peut être le labour à 60 cm de profondeur pour remonter les carbonates et les argiles. »

Le calcium, en présence de champignons qui produisent de l'acide oxalique, se retrouve sous forme d'oxalate de calcium dont la solubilité est pratiquement nulle. Quand il y a des champignons il n'y a pas de décalcification de surface.

Fertilité hydrique : ne pas surdoser le phosphore

En situation de stress hydrique, les champignons, s'ils sont présents, ont encore un rôle important : la glomaline fabriquée par les mycorhizes favorise l'agrégation du sol, le maintien de sa porosité, son aération et sa réserve utile, permettant à la plante de tenir quelques jours supplémentaires sans souffrir en attendant la pluie suivante. Mais pour que les mycorhizes fonctionnent bien, il ne faut pas d'abondance de phosphore : « rien ne sert d'aller au-delà de 40 à 50 ppm en Olsen. Au- delà de ces doses, les plantes n'envoient plus les signaux d'alerte à leur environnement pour demander de l'aide et se privent de la collaboration des mycorhizes. Si la plante est obligée de mendier les quelques éléments dont elle a besoin, elle évapotranspire en attendant d'être nourrie. Quand la nutrition est équilibrée, le coefficient d'utilisation de l'eau est beaucoup plus élevé  ».

Les formes d'azote ont une importance : quand une plante absorbe des nitrates, ces derniers sont chimiquement réduits par la nitrate réductase pour arriver à la forme finale NH2. Cette transformation coûte de l'énergie à la plante qui est obligée d'évapotranspirer davantage.•

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