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Les bonnes pratiques pour un compostage de qualité

Le compostage du fumier a de nombreux intérêts agronomiques et pratiques pour l'éleveur mais quelques règles de conduite sont à respecter.

Le compostage stabilise la matière organique.
Le compostage stabilise la matière organique.
© Catherine Hennebert

Stabilisation de la matière organique, libération progressive des éléments nutritifs en fonction des besoins de la culture, réduction du lessivage, réduction des graines d'adventices et destruction d'une partie des pathogènes, le compostage de son fumier est intéressant s'il est bien géré.

La Chambre d'agriculture de Normandie et l'ETA des Trois Rives, basée à Auffay, ont organisé le 12 mars une démonstration de compostage de fumier à Bourdainville sur l'exploitation de Benoît et Sébastien Bourgeois. Pour cette journée d'échange, l'ETA a mis à disposition sa machine de compostage de marque Menart SP-60 avec buse à lisier. Anne Fréger, chargée de mission à la Chambre, David Duval, dirigeant de l'ETA, et Loïc Bordier, spécialiste du compostage, ont répondu aux questions des agriculteurs présents.

Benoît et Sébastien Bourgeois avaient sorti leur fumier sur leur plateforme une semaine avant le passage de la composteuse. C'est le délai conseillé (8 à 10 jours) avant le premier retournement.

Répartition homogène des éléments fertilisants

Anne Fréger a rappelé quelques obligations : « le site où est déposé l'andain doit posséder un sol plat, stabilisé et peu filtrant. Il ne doit pas présenter de risque de pollution de l'eau, respecter les distances d'éloignement, être accessible pour le retournement ».

Les andains doivent faire idéalement entre 1,5 et 2 mètres de haut et entre 3 et 4 mètres de largeur pour assurer une bonne aération.

Certains éleveurs souhaitent couvrir leur compost. Cela permet de maintenir une bonne humidité au sein de l'andain. Un taux d'humidité satisfaisant favorise la dégradation de la matière organique, limite les pertes d'azote par dégagement gazeux et évite le lessivage des nutriments par la pluie. L'andain peut être bâché avec du géotextile ou une bonne couche de paille de 10 cm.

Une bonne préparation du fumier est nécessaire : il doit contenir suffisamment de matières riches en carbone (paille) pour équilibrer le C/N qui doit être entre 25 et 35. Son taux de matière sèche doit se situer entre 40 et 50 %.

Le broyage peut faciliter sa décomposition. Dans ce cas, il est possible de passer le fumier à l'épandeur en poste fixe.

Trois phases de compostage

Le fumier mis en andain se réorganise et colonise le milieu par les micro-organismes. Après 8 à 10 jours de repos, il est retourné une première fois puis une seconde 20 jours plus tard. Les retournements servent à éviter le tassement, oxygéner et homogénéiser le milieu.

Il est important de contrôler la température qui doit être maintenue au-dessus de 50 °C pendant 6 semaines ou au- dessus de 55 °C durant 2 semaines (test avec un thermomètre à enfoncer dans le tas à 40 cm de profondeur). Durant cette période, les matières organiques facilement dégradables sont oxydées par les bactéries (fermentation).

Ce compost jeune obtenu va ensuite se transformer en humus (maturation) grâce aux champignons qui le recolonisent et s'attaquent aux matières organiques restantes plus difficiles à dégrader. Cette phase s'accompagne d'un refroidissement de la matière, entre 25 et 35 °C. Cette étape de maturation dure 1 à 2 mois supplémentaires en fonction du produit souhaité. Le compost est prêt quand le volume de l'andain a diminué, que la matière a pris une couleur noire, que des filaments blancs sont présents et qu'il dégage une odeur de sous-bois. Il peut être épandu ou stocké encore plusieurs mois. Plus le temps de maturation est long, plus l'azote est présent sous des formes stables.

Engrais de fond

« Le fumier agit comme un engrais de fond sur la culture. L'azote, principalement présent sous forme organique, sera minéralisé et utilisé par la plante sur plusieurs années (5 à 10 % disponibles la première année contre 15 à 20 % pour un fumier). Le potassium et le phosphore sont quant à eux tout de suite mobilisables, comme pour un engrais minéral », précise Anne Fréger.

Au niveau des avantages pratiques, le compostage réduit le volume d'environ 30 %, limitant le transport et le temps d'épandage. La matière étant plus homogène, on peut dire que l'épandage est plus précis, optimisant la distribution des éléments fertilisants sur les parcelles.

Selon la gestion du tas et l'humidité, il peut néanmoins y avoir perte d'azote. Un mauvais compostage peut perdre en valeur. C'est pourquoi il est important de suivre rigoureusement l'évolution du tas, son retournement et la gestion de l'humidité. Un suivi rigoureux de la température est nécessaire pour un compost de bonne qualité.

D'un point de vue réglementaire

Si le compostage a lieu sur l'exploitation, il doit être réalisé sur une aire étanche avec récupération des jus.

Si le compostage a lieu sur une parcelle agricole, le sol doit être apte à l'épandage. Les fumiers ne doivent pas être susceptibles de s'écouler et avoir été stockés au moins 2 mois sous les animaux ou sur une fumière. La durée totale de stockage et de compostage ne doit pas dépasser 9 mois et un nouveau dépôt sur un même emplacement ne peut pas avoir lieu avant 3 ans. Le tas doit respecter les distances d'isolement : 100 m des habitations, 35 m des cours d'eau, 10 m des voies de communication.•

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