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Les belles promesses du chanvre textile

La sécheresse et les fortes chaleurs n'ont pas eu raison de la croissance du chanvre durant ce début d'été 2026. Ce constat a été posé lors d'une visite d'essais, le 28 juillet, à Moulins-en-Bessin (Calvados). L'association Lin et chanvre bio (LCBio) a testé neuf variétés, dont trois étrangères, sur une parcelle d'un hectare.

L'association Lin et chanvre bio (LCBio) poursuit son travail de fourmi. En collaboration avec les semenciers et avec le soutien de l'agence de l'eau Seine-Normandie, l'organisme s'évertue à évaluer, sur des cycles longs (trois ans), le potentiel textile des variétés de chanvre. Se renseigner, semer, observer, mesurer, faucher, récolter, puis évaluer la qualité textile... Autant d'étapes que mènent les acteurs de cette filière émergente, mais prometteuse. Mardi 28 juillet, à Moulins-en-Bessin (14), une porte ouverte a permis de mettre en avant les premiers retours concernant les essais conduits en 2026.

Culture prometteuse

« Pour le chanvre textile, on a validé jusqu'à présent trois variétés, quand le lin textile compte 39 variétés inscrites », constate Nathalie Revol, technicienne chez LCBio. Pas de quoi arrêter le train mis en marche depuis 2017 et les premiers essais locaux. Au contraire : après 10 ha implantés en 2021, le compteur est grimpé à 2 000 ha en 2026 pour le bassin, de Bayeux à Dunkerque. « L'avantage est que la fibre de chanvre textile passe sur toutes les machines à lin », revendique Henri Pomikal, l'hôte du jour. Ce mordu de lin est convaincu que le chanvre textile a, lui aussi, toute sa place dans les usines de teillage. « On passe du chanvre quinze jours à trois semaines par trimestre au nord de Caen. Le marché est là, à condition de faire du bon travail », s'exclame-t-il.

Le semis est primordial

Pour faire du bon travail, tout commence par une parcelle de bonne terre, une variété adaptée et un semis de qualité. « C'est une graine fainéante qui peut perdre en vigueur. Le semis est la clé de voûte de la réussite de la culture », martèle Henri Pomikal. « Une fois la levée réussie, le chanvre ne nécessite aucun désherbage, ni aucun traitement phytosanitaire », complète Nathalie Revol. On évitera les sols trop humifères ou les retours d'herbage, trop riches en azote. Cela risquerait de faire baisser le rendement en fibres longues et de retarder le fauchage. Sur le secteur, la fourchette pour semer est préconisée entre le 1er et le 20 mai.

À Moulins-en-Bessin, le type de sol est un limon profond. L'agriculteur conseille de « choisir sa parcelle dès septembre. Passez le fissurateur, apportez du fumier et semez un couvert pour la biomasse ». En février, la destruction du couvert intervient, « de préférence mécaniquement. Il faut préparer le sol en surface pour être prêt au semis », avec une vigilance tout de même sur le labour. « Je n'ai jamais fait de chanvre en labourant. Si vous semez dans de la farine, ça ne prendra pas. Le chanvre préfère les terres non labourées et un semis dans la fraîcheur », dit-il. Une analyse d'azote entre 8 et 10 jours avant de semer est nécessaire pour ajuster au mieux la dose. Ici, les besoins de la culture ont été de 80 unités d'azote, 150 unités de potassium et 60 unités de phosphore.

La Polonaise fait forte impression

Côté variétés, « nous avons de la chance : l'Uso 31, qui n'était pas une variété initialement travaillée pour le textile, donne de bons résultats en Normandie », remarque Nathalie Revol. Cette année, neuf variétés ont été testées, dont une chinoise, une canadienne et une polonaise ; chacune sur 1 ha, à raison de 500 grains/m2. Cette dernière, la Bialobreski, est semée pour la première fois en Normandie. « C'est une ancienne variété au passé textile en Pologne », indique-t-elle. Depuis 2026, elle est travaillée sur le sol français. Chez Chanvre service, en Mayenne, « 1 000 ha sont en multiplication, confirme Pierre Foulon, son dirigeant. La variété Tigra est aussi à venir ». Dans le Bessin, LCBio a enregistré une densité de 318 pieds à la levée. Pour une pleine floraison vers le 4 août, « elle est plaisante à regarder. Elle est vraiment fine aux pieds. Pour l'instant, c'est très satisfaisant », relève Henri Pomikal. « Elle est très homogène », commente un participant.

Sécheresse, mais résilience

Si le chanvre est encore « trop vert à l'heure actuelle » (au 28 juillet, NDLR), avec les fortes chaleurs, « on s'attendait à avoir les chanvres bloqués, mais ils poussent quand même. Ça ne les a pas arrêtés », indiquent les semenciers présents. « Le chanvre montre une grande résilience dans les sols profonds, malgré ces températures extrêmes et cette sécheresse dans la durée », constate Nathalie Revol. « On n'a pas de recul sur des conditions météo aussi extrêmes pour le chanvre textile. On a encore beaucoup de choses à découvrir sur cette plante », admet Henri Pomikal. Le teillage sera un moment important pour apprécier la qualité des fibres.•

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