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« Le vin normand, il faut l’inventer ! »

« Que le vin coule à flot ! » Ce dicton deviendra peut-être une vérité ces prochaines années dans les plaines normandes. La viticulture et la vinification sont de plus en plus scrutées par les agriculteurs comme par les porteurs de projets non issus du milieu agricole (Nima), lesquels sont une quarantaine à avoir adhéré à l’association Vignerons de Normandie. Côté Chambres d’agriculture aussi, la filière se structure. Guillaume Mesnildrey, chargé de projet filières à la Chambre régionale d’agriculture de Normandie, répond à nos questions.

Comment expliquer ce nouvel engouement pour la production viticole ?

« Depuis quelques années, de plus en plus de personnes se manifestent en Normandie pour planter des vignes et produire du vin. Il y a plusieurs raisons à cela : le réchauffement climatique, mais il n’est pas arrivé du jour au lendemain, et il y a aussi une opportunité réglementaire. »

Laquelle ? 

« À la suite des négociations engagées dans le cadre de la réforme de l’Organisation commune du marché (OCM), il a été introduit au niveau européen un nouvel outil de gestion du potentiel de production viticole à compter de 2016, basé sur un nouveau système d’autorisations de plantation. Cette procédure a été élargie à la Normandie, qui n’était pas reconnue, avant, comme une région viticole et où l’on pouvait difficilement avoir des droits de plantation. Il y a eu une opportunité pour les gens qui s’intéressaient à la vigne de faire ça dans un cadre professionnel. Devant la quarantaine de porteurs de projets ces dernières années, la Région a souhaité que ce soit coordonné et qu’il y ait une structure qui représente la viticulture en Normandie. […] La mission a été confiée au pôle filières des Chambres d’agriculture de Normandie. »

Depuis, que s’est-il passé ?

« Une dizaine de réunions ont été animées par la Chambre, avec des porteurs de projets et des néo-vignerons, pour préciser le cadre collectif que l’on pouvait mettre en place. Ça a abouti à l’assemblée générale constitutive de l’association Vignerons de Normandie, le 18 janvier 2022. »

Quel est son rôle ?

« L’idée de l’association, c’est de pouvoir proposer à tous ses adhérents, qu’ils soient en première réflexion ou qu’ils aient déjà planté, un programme de montée en compétences et de conseils selon leurs besoins. »

Comment y parvenir ?

« Les porteurs de projets ont besoin de formations techniques, administratives et réglementaires sur la viticulture. Il y a des formalités propres à ces pratiques. Ce n’est pas une agriculture comme les autres. »

Comment cela s’organise-t-il côté Chambres justement ? 

« Nous nous sommes organisés pour accompagner ces porteurs de projet, avec l’appui de nos collègues des Chambres d’agriculture voisines où la viticulture est présente, le temps de notre montée en compétences. Et nous avons déjà des œnologues pour la production cidricole, qui peuvent eux aussi suivre les vinifications. »

Quel sera le vin normand de demain ?

« Il faut surtout que les gens n’essaient pas de reproduire un vin qu’ils auraient apprécié dans une autre région. Le vin normand, il faut l’inventer ! Il n’existe pas. Il faut faire avec ce qu’on a, c’est-à-dire le sol et le climat. Les sols sont très diversifiés selon les secteurs. Le climat a une incidence car il faut que la vigne puisse faire son cycle de fructification entre les derniers gels d’avril et l’automne. Il faut des cépages qui n’aient pas besoin d’une somme de températures trop importante, qui ne débourrent pas trop vite au printemps au risque de geler. » 

Avec ces conditions, à quoi peut-on s’attendre ? 

« On sait qu’iI y aura majoritairement du vin blanc, tranquille [sans bulles à l’ouverture de la bouteille NDLR.] ou effervescent, mais pour le reste c’est trop tôt pour le dire. Et on ne peut pas généraliser entre des productions de la côte ouest de la Manche, de la vallée de Seine ou du Perche. » •

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