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Le Caméléon : un couteau suisse qui sème, bine et fertilise

Semis direct et binage tardif… Deux exploitations seinomarines testent depuis l’automne le Caméléon, un semoir à dents associé à une bineuse, qui pourrait apporter des solutions en semis direct ou en bio.

Avesnes-en-Bray, mercredi 21 mai… Un drôle d’engin, mêlant semoir et bineuse, progresse dans un champ de blé en bordure de la route de Gournay-en-Bray. Au volant du tracteur : Thomas Fourdinier, qui, devant une trentaine de personnes, parfois venues de loin, réalise la première démonstration en France d’un outil joliment nommé le Caméléon. Avec Victor Leforestier, agriculteur à Sainte-Colombe, ils sont allés chercher cette drôle d’idée en Suède. Avec comme objectif une meilleure gestion du désherbage mécanique des cultures.
« Nous sommes en bio depuis 2020 et nous avions des problèmes de salissement, de gestion de la fertilité et de structure du sol, raconte Thomas Fourdinier, exploitant à Avesnes-en-Bray. Et on trouvait que les outils de désherbage mécanique comme la herse étrille ou la houe rotative n’étaient pas assez satisfaisants. » Le binage à faible écartement semble alors être la solution. « Mais cela n’avait pas d’effet significatif sur toutes les cultures de la ferme, poursuit l’agriculteur. Alors on a cherché des systèmes avec des écartements plus importants. »

Un binage précis sans guidage RTK

Un constat partagé par Victor Leforestier, qui, revenu à une conduite conventionnelle de ses cultures après une conversion en bio, cherche toujours à développer le désherbage mécanique, tout en privilégiant le semis direct. « Je cherche un outil précis, qui nous permettrait de fiabiliser des itinéraires qui, dans mon contexte, me paraissent vraiment intéressants. Il s’agit, par exemple, de sous-semer des légumineuses dans des céréales, pour anticiper une partie des couverts. » Les deux agriculteurs se retrouvent sur la polyvalence du Caméléon, une machine croisée sur un salon. 
Son principal intérêt est de permettre un binage tardif peu impactant pour la culture, y compris dans les céréales ou même le lin. Et ce, sans guidage RTK, mais à la condition expresse de semer avec le Caméléon. La partie semoir ressemble à un semoir à dents classique. Le semis se fait en bandes de 8 à 12 centimètres, écartées de 22,5 à 33 centimètres. La machine est semi-portée et dispose d’une largeur suffisante (8 mètres pour celui testé en Normandie) pour assurer un bon débit de chantier.

Décalage automatique sur l’inter-rang

Une fois le semis fait, c’est le passage de roues qui sert de repères pour toutes les interventions suivantes, notamment le binage. « On ne décale jamais le tracteur, insiste Thomas Fourdinier. Il y a un vérin hydraulique sous le châssis qui va décaler les pattes d’oie de la bineuse sur l’inter-rang. » Les dents sur parallélogramme sont larges (18 centimètres) et très rigides, assurant une bonne efficacité du binage.
Le tout est piloté par une caméra qui va aussi adapter le décalage en fonction du stade des cultures. L’essieu, lui, est dirigé aussi par un capteur d’angles garantissant une bonne gestion des courbes. Quant à la profondeur, de binage ou de semis, elle est gérée avec précision grâce à une roue de jauge.
Le Caméléon peut aussi apporter de l’engrais aux cultures. Soit sur le rang avant le semis ; soit dans l’inter-rang pendant le binage. Impossible en revanche de gérer en même temps le semis et la fertilisation.

Trois ans de tests en Seine-Maritime

L’outil rencontre un certain succès en Scandinavie, d’où il est originaire, et où sont allés Victor Leforestier et Thomas Fourdinier pour rencontrer l’agriculteur qui a conçu l’outil. Sur une exploitation en bio depuis 1974, l’homme cherchait (un peu en désespoir de cause) une solution contre les chardons. « Il était prêt à abandonner le bio. Mais, aujourd’hui, il récolte 100 % de sa surface sans scalper », s’émerveille Victor Leforestier. 
Le prototype date de 2005. Et, depuis sa commercialisation en 2009, 300 machines ont été vendues, essentiellement dans le Nord de l’Europe. Le prix catalogue pour une largeur de 8 mètres, a de quoi impressionner. « Il est affiché à 190 000 euros prix de base, souffle Victor Leforestier. Il cumule le prix d’un semoir et celui d’une bineuse… » Quant aux pièces d’usure, mieux vaut anticiper leur remplacement. « Toutes les pièces ont entièrement été conçues par le constructeur, insiste Thomas Fourdinier. On ne trouve pas de pièces ailleurs, donc il faut prévoir leur remplacement un peu à l’avance. »
Reste à vérifier l’efficacité et la pertinence de l’outil en sol normand. Une expérimentation de trois ans est lancée, explorant les options du Caméléon dans les différents contextes pédologiques et agronomiques, offerts par les exploitations d’Avesnes-en-Bray et Sainte-Colombe.•

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