L'art de tresser l'or des moissons
Dans le cœur de Jean Bauchet, 90 ans, la terre a toujours dicté le rythme des saisons. Agriculteur de métier, ce retraité passionné n'a jamais vraiment quitté ses champs. Portrait et savoir-faire.
À l'heure de la retraite, là où d'autres choisissent le repos, Jean Bauchet a décidé de prêter ses mains expertes à une seconde vie créative. En octobre prochain, il fêtera ses 90 printemps. Loin de s'en laisser conter, c'est avec curiosité et fraîcheur qu'il façonne, depuis des années, de magnifiques bouquets de blé et de lin. Un art qu'il a appris tout seul, guidé par l'amour du geste.
Le secret du calendrier : de la terre au séchoir
Pour Jean Bauchet, installé à Saint-Aubin-Celloville, la création commence dès le mois de juin. À cette période précise, il se rend dans les champs pour couper du blé. Rien n'est laissé au hasard, le timing est une science exacte ! Il se met donc en quête :
d'une paille verte avec un épi droit pour garantir la tenue esthétique de ses bouquets ;
d'un blé cueilli au stade laiteux, lorsque le grain est encore gorgé de "lait". C'est le grand secret de Jean : « cueilli à ce stade, le grain restera solidement ancré dans son épi, même après le séchage ».
Une fois coupé, le blé est suspendu, la tête en bas, pendant plusieurs semaines dans son atelier. C'est à ce moment-là que le calendrier de la nature s'accélère : en écho aux agriculteurs de la région, Jean Bauchet procède à l'arrachage du lin. En parallèle, il veille sur son jardin où il a semé des fleurs immortelles, de petites touches de couleur destinées à rehausser ses futures compositions.
Juillet : la magie du tressage
Lorsque vient le mois de juillet, la salle à manger de cet artisan amateur se transforme en véritable ruche artistique. Pour assouplir la matière, il a sa méthode : faire tremper le blé et le lin toute une nuit dans l'eau. Le lendemain, la paille est devenue souple, flexible, prête à être tressée sans jamais rompre.
Sous ses doigts agiles - bien qu'abîmés par quelques erreurs de manipulation d'engins agricoles durant sa jeunesse -, les brins prennent vie et se déclinent sous plusieurs formes traditionnelles ou poétiques : en bouquets droits, classiques et élégants ; en clés de sol, pour les amoureux de musique ; en cœurs ou en spirales, symboles de générosité et de mouvement.
Chaque jour, il cueille ses fleurs immortelles fraîchement écloses pour venir embellir ses œuvres. C'est une création purement guidée par la passion, où chaque geste rend hommage à la terre nourricière.
La tradition jusqu'au bout
Une fois l'été achevé et la collection de l'année terminée, l'homme s'en va célébrer la fin des travaux des champs. Lors de la traditionnelle messe de la moisson à Boos, il apporte l'ensemble de ses bouquets pour les faire bénir, bouclant ainsi le cycle de la saison.
Une curiosité restée intacte
À bientôt 90 ans, Jean Bauchet refuse de s'enfermer dans la routine. Toujours curieux d'explorer de nouveaux horizons, il a récemment diversifié ses créations. À l'aide de lin et d'un fin fil de fer pour maintenir les formes, il confectionne désormais des étoiles suspendues, des cœurs simples et épurés ainsi que des lettres de l'alphabet en écriture script.
Par quoi a-t-il commencé ? Par l'amour qu'il porte à sa famille bien évidemment. Ce sont donc les initiales de ses enfants et de ses petits-enfants qui ont essuyé les plâtres de sa nouvelle technique.
À travers ses bouquets et ses sculptures végétales, Jean Bauchet ne fait pas que tresser de la paille : il conserve sa passion du métier et de la terre en célébrant la beauté dorée de l'été.•