Lait : les producteurs réclament transparence et cohérence
Réunie à Caen (14) lundi 9 février, la section lait de la FRSEA a consacré sa journée aux négociations du prix du lait et à la structuration commerciale des volumes. Pour les responsables départementaux et les représentants d'organisations de producteurs présents, l'enjeu principal est d'obtenir plus de transparence dans les formules de calcul et de valoriser les excédents de production.
Réunie à Caen (14) lundi 9 février, la section lait de la FRSEA a consacré sa journée aux négociations du prix du lait et à la structuration commerciale des volumes. Pour les responsables départementaux et les représentants d'organisations de producteurs présents, l'enjeu principal est d'obtenir plus de transparence dans les formules de calcul et de valoriser les excédents de production.
Dans un contexte de négociation des contrats avec les industriels laitiers, de hausse de la collecte en Europe et de tension sur les marchés, les responsables laitiers normands étudient la manière dont les producteurs pourraient reprendre la main sur leur production et son prix de vente. Ils pointent des indicateurs « biaisés », exigent de la transparence industrielle et proposent, en réponse, la création d'une société par actions simplifiée (SAS) portée par la FRSEA.
« Les indicateurs utilisés sont décorrélés des marchés de nos transformateurs. Cela manque de transparence, notamment sur le volet statistique des industriels. »
Indicateurs contestés
« Le producteur est depuis trop longtemps la variable d'ajustement du prix du lait », alerte Jean-Baptiste Radigue, président de la section lait FDSEA 61. À l'aube de l'élaboration de nouveaux contrats-cadres entre industriels et producteurs, les négociations restent compliquées, tout comme les indicateurs utilisés pour le calcul du prix du lait. Le tout dans un contexte de baisse des prix attendue de 3 à 5 %.
Les indicateurs comme le PGC (Produits de grande consommation) export repose sur les cotations Gouda-Edam, largement fabriqués en Allemagne, alors que ces références ne correspondent pas à la réalité de notre marché. Même constat pour l'indicateur beurre/poudre, indexé sur le beurre "cube", un produit standard qui n'est presque plus fabriqué dans l'hexagone et qui ne nécessite pas de dépense pour le conditionnement ni pour la R&D car il concerne des gros volumes. « Les indicateurs utilisés sont décorrélés des marchés de nos transformateurs. Cela manque de transparence, notamment sur le volet statistique des industriels », estime Benoît Gavelle, secrétaire général de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) et président de la section lait de la FNSEA 27.
« La productivité de nos élevages n’a fait qu’augmenter [...] mais nous ne gagnons pas plus pour autant. La valeur créée ne nous est clairement pas redistribuée. »
Les éleveurs pointent également des co-produits comme la matière grasse et protéique qui sont insuffisamment valorisés et la décarbonation des élevages, mesurée via des outils comme CAP2ER, qui devrait être rémunérée. « La productivité de nos élevages n'a fait qu'augmenter, grâce à l'alimentation et plus récemment à la robotisation, mais nous ne gagnons pas plus pour autant. La valeur créée ne nous est clairement pas redistribuée », déplore Philippe Marie, président de la section lait de la FDSEA 14.
« Chaque producteur resterait adhérent de son OP, qui pourrait vendre une partie des volumes excédentaires à cette nouvelle structure. »
Structurer l'excédent
Face à l'augmentation des volumes et les opportunités de marchés observés - Novandie et Danone semblent chercher du lait - Benoît Gavelle a proposé une réponse collective. « Je pense qu'il faut saisir l'opportunité tant que le marché n'est pas saturé sur le territoire et que nous ne sommes pas au pied du mur », avance-t-il.
L'idée serait de créer une SAS, portée par la FRSEA et composée des OP (organisation de producteurs) volontaires. « Chaque producteur resterait adhérent de son OP, qui pourrait vendre une partie des volumes excédentaires à cette nouvelle structure », détaille Benoît Gavelle.
La SAS deviendrait donc un client supplémentaire, chargé de massifier l'offre et d'éviter la mise en concurrence des OP entre elles. « Il ne faut plus que chaque OP négocie seule dans son coin », martèle-t-il.
« Cette structure pourrait nous redonner du pouvoir dans la gestion des volumes et des prix. »
L'objectif est double : répondre aux besoins ponctuels d'industriels en recherche de lait et limiter les pénalités en cas de dépassement pour les producteurs. « Cette structure pourrait nous redonner du pouvoir dans la gestion des volumes et des prix », souligne le président de la section lait de la FNSEA 27. Reste bien sûr à définir la gouvernance, la méthode de fixation du prix au sein de la SAS, un éventuel plancher d'excédent de production par exploitation... Des groupes de travail pourraient voir le jour afin d'éclaircir ces points et une réponse est attendue de la part des OP d'ici la fin mars.•
Tuberculose : une urgence sanitaire et économique
La question sanitaire en élevage bovin ne concerne pas seulement la FCO, MHE ou encore la DNC. Il y a malheureusement, toujours et encore, la tuberculose bovine qui persiste notamment à la frontière entre l'Orne et la Calvados. " C'est invivable l'ambiance dans notre coin en ce moment ", témoigne un éleveur d'Athis-Val de Rouvre (61), où 1 300 bovins ont été abattus rien que cette année.
Si le lait reste consommable après thermisation, certaines laiteries refusent de le collecter, bien souvent par peur d'altérer leur image aux yeux du grand public. " Avec l'abattage partiel, ce n'est pas si simple… Économiquement, cela ressemble parfois à un abattage total déguisé comme bien souvent le lait n'est pas payé. Et c'est sans compter sur la charge mentale et le travail supplémentaire à fournir pour tester le cheptel régulièrement ", estime Jean-Baptiste Radigue, président de la section lait de la FDSEA 61. Les responsables alertent aussi sur la fiscalité des indemnisations qui pose toujours problème. La question de la vaccination d'un secteur sensible comme à Athis-Val-de-Rouvre – cœur de la zone tuberculose de la région – a été évoquée par les responsables des sections lait départementales en raison des quatre cas recensés fin 2025. Mais, au-delà des exploitations touchées, l'enjeu est national puisque la perte du statut " indemne " menacerait les exportations de lait et d'animaux vifs dans d'autres pays.